Les retombées de l'aménagement forestier durable sont incontestables sur le plan de la main-d’œuvre et des activités de plein air.

Pour une forêt plus performante

MATANE – La forêt québécoise représente un cinquième du territoire forestier canadien et 2% des forêts du monde. L’aménagement forestier durable constitue le pain et le beurre de plus de 200 municipalités du Québec. Ses retombées sont incontestables sur le plan de la main-d’œuvre et des activités de plein air. Au-delà de certains mythes qui ne voient que la coupe d’arbres, l’aménagement forestier se préoccupe avant tout de la santé de la forêt pour assurer sa pérennité, mais aussi pour la rendre plus performante.

«Au Québec, on a des normes très précises, stipule la directrice de l’Association forestière du sud du Québec, Amélie Normand. On récolte des arbres, mais pas n’importe où et n’importe quand! Il y a des façons de faire, des procédés, des mesures d’atténuation. On protège la forêt en fonction des utilisateurs et de l’environnement.»

«Si on ne fait que prélever purement et simplement, il est évident qu’on va manquer de ressources par rapport à la demande et aux besoins qu’on a aujourd’hui dans l’économie, prévient le président de l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, François Laliberté. On essaie de faire produire plus que ce que la nature nous donne, mais aussi et parfois plus en qualité. On essaie d’activer les processus, tout en respectant les capacités du milieu.»

Selon l’ingénieur forestier, il est d’autant plus important de faire de l’aménagement forestier puisque la population augmente. «Ça met de la pression, reconnaît-il. Il faut qu’on produise plus!» M. Laliberté croit également que la forêt et les produits du bois sont une merveilleuse façon de remplacer une foule d’autres produits, dont plusieurs sont nocifs pour l’environnement. «Ca nous prend donc du bois, insiste-t-il. Une plantation devrait produire mieux et plus qu’un peuplement laissé à lui-même naturellement.»

Pour le président de l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, François Laliberté, l’aménagement forestier est de plus en plus important puisque la population augmente.

Tous les travailleurs qui font de l’aménagement forestier gardent constamment en tête qu’ils oeuvrent avec du vivant. «Comme on travaille avec du vivant, ça change, c’est très variable, soulève François Laliberté. On doit toujours s’adapter à des conditions différentes, surtout avec les changements climatiques qui accélèrent les processus. L’ingénieur forestier doit avoir une perception à court, moyen et long termes. Il est formé pour comprendre ce qui va se passer dans 10, 15, 20, 50 ou même 100 ans. Il doit faire le suivi des interventions qu’il prescrit pour pouvoir s’ajuster.»

À la forêt Montmorency, qui appartient à l’Université Laval à Québec, le modèle de développement durable passe par l’aménagement écosystémique. Celui-ci repose sur trois sphères: l’environnement, l’aspect social et l’économie. Cependant, l’environnement prime sur les deux autres, selon le directeur des opérations de la forêt Montmorency, Hugues Sansregret. «Dame Nature, avant qu’on commence les coupes forestières industrielles, elle faisait comment pour régénérer sa forêt?, interroge-t-il. À la forêt Montmorency, on parle d’épidémies d’insectes et de coups de vent qui font tomber des arbres. Une fois qu’on connaît ces modes de perturbations naturels, l’objectif est de les imiter le mieux possible.»

Pour le directeur des opérations de la forêt Montmorency, Hugues Sansregret, l’objectif d’aménagement consiste à imiter le mieux possible la nature.

M. Sansregret croit aussi qu’un réseau de chemins forestiers bien entretenu contribue à un bon aménagement durable. À son avis, c’est la clé de voûte du succès de la forêt Montmorency. «Un chemin forestier bien entretenu te permet d’aller où tu veux, quand tu veux», indique-t-il.

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) épouse parfaitement l’une des volontés du Forestier en chef, Louis Pelletier, qui souhaite que la production forestière augmente au fil des ans. «Pour ça, ça va prendre de l’aménagement plus intensif, avec des aires d’intensification où on va produire du bois là où c’est correct d’en produire, idéalement plus près des villes, là où il va coûter moins cher à récolter», estime le maire de Senneterre, Jean-Maurice Matte, qui est aussi membre du comité forêt de l’UMQ.