Parmi les stratégies d’adaptation aux changements climatiques, le comité dirigé par Évelyne Thiffault examine la possibilité de faire davantage de coupes partielles dans la forêt Montmorency, au lieu des coupes totales telles qu’illustrées ici.

La forêt Montmorency: un modèle pour la lutte aux changements climatiques

MATANE – La forêt Montmorency, située au nord de Québec, sert de modèle pour tester les moyens de lutte aux changements climatiques. Ceux-ci peuvent servir d’exemples aux forêts du reste du Québec, du Canada et du monde. «C’est le concept d’une «foresterie intelligente» face au climat», avance Évelyne Thiffault.

«Comment fait-on pour adapter une forêt aux changements climatiques, interroge la responsable du comité scientifique et d’aménagement de la forêt Montmorency. Quelles sont les actions concrètes à prendre? Il y a une littérature scientifique qui se développe autour de ce sujet. On l’apprivoise et on l’adapte aux conditions du Québec et de la forêt Montmorency.»

L’aménagement de cette forêt s’inspire d’un modèle développé aux États-Unis. Celui-ci s’articule autour de trois stratégies d’adaptation aux changements climatiques: résistance, résilience et transition.

«Avec un climat changeant, il va y avoir moins de précipitations et des températures moyennes plus élevées, explique la professeure adjointe du département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval. Certaines espèces vont avoir de la misère à pousser ou à se reproduire. Dans une stratégie de résistance, on veut réduire ces impacts et essayer de maintenir les conditions actuelles. Or, la forêt Montmorency est dominée par le sapin baumier. Ainsi, dans une optique de résistance, on va tout faire pour maintenir la dominance du sapin baumier dans le paysage.»

La stratégie de résilience consiste, quant à elle, à accepter quelques modifications. «Le sapin baumier pourrait dominer, tout en acceptant qu’il y ait certaines espèces, qui vivent présentement plus au sud, qui s’installeront», donne comme exemple Mme Thiffault.

Puis, la stratégie de transition favorise l’accélération de la venue d’espèces qui auront du succès dans le futur. «Soit qu’on fait de la migration assistée, soit qu’on installe des espèces qui s’installeraient de toute façon», explique la scientifique. Dans le cas de la forêt Montmorency, il s’agira d’espèces qui remplaceront le sapin baumier parce qu’il aura plus de difficulté à survivre dans un climat plus chaud.

«En 2100 ou en 2200, les conditions climatiques moyennes vont être différentes, reconnaît Évelyne Thiffault. On regarde l’espèce qui sera la mieux adaptée.» Ainsi, l’érable à sucre, qui est très présent dans le sud du Québec, mais absent dans la forêt Montmorency, pourrait donc y trouver un terreau fertile. «Ça va changer la composition du paysage forestier, prévient l’experte. Donc, les forêts boréales conifériennes matures qui dominent notre paysage seront probablement moins présentes dans le futur.»

Comme autre stratégie d’adaptation aux changements climatiques, le comité dirigé par la professeure Thiffault examine la possibilité de faire davantage de coupes partielles dans la forêt Montmorency, au lieu des coupes totales.

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«Avec un climat changeant, il va y avoir moins de précipitations et des températures moyennes plus élevées», explique Évelyne Thiffault, professeure adjointe du département des sciences du bois et de la forêt de l’Université Laval.

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La forêt Montmorency est l’endroit qui reçoit le plus de neige et de pluie au Québec. C’est une forêt boréale humide. «Ce n’est pas une zone où on se soucie des feux de forêt, admet Mme Thiffault. Le dernier feu de forêt a eu lieu il y a 3 000 ans. Mais, on observe des périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes, ce qui n’était pas le cas il y a 30 ou 50 ans.» Par conséquent, les périodes de sécheresse pourront favoriser les feux de forêt. 

Ces perturbations naturelles peuvent aussi contribuer à l’apparition inhabituelle d’insectes. «À la forêt Montmorency, on a eu une attaque d’arpenteuse de la pruche, raconte la responsable du comité scientifique. C’est une espèce qui se tient plutôt dans les zones maritimes. Une des hypothèses, c’est le fait qu’on ait des hivers moins rigoureux.»

Les scientifiques appréhendent également que les forêts puissent devenir moins productives. La forêt Montmorency n’y échappera probablement pas. «Elle est liée à la quantité d’eau, explique Évelyne Thiffault. Avec les changements climatiques, on envisage une baisse des précipitations ou sinon, elles vont tomber d’un coup, au lieu d’être réparties tout au long de l’année. Donc, le territoire ne sera pas capable de retenir cette eau.»