François Cantin, chargé de projet chez Coarchitecture de Québec

La biophilie ou les effets bénéfiques du bois

MATANE — La notion de biophilie est de plus en plus présente dans la conception des maisons, des bureaux et des commerces. Formée à partir de la racine grecque «bio» (vie) et du suffixe «phile» (qui aime), la biophilie consiste à aimer ce qui est vivant. En 1984, Edward O. Wilson a été le premier à avancer l’idée que les êtres humains avaient une propension innée à s’entourer de ce qui est naturel. En architecture, la biophilie consiste à concevoir ce qui se rapproche ou qui ressemble à un environnement naturel.

Les professionnels du domaine de l’architecture comprennent l’utilisation que font les gens de leurs bâtiments, la manière dont ils s’y déplacent et comment ils s’y sentent. François Cantin, chargé de projet chez Coarchitecture de Québec, est l’un de ceux-là. «Pour moi, le confort a toujours été très important en architecture, souligne-t-il. La biophilie, c’est une prolongation du concept de confort et la manière dont l’architecture est capable de nous mettre en contact le plus possible avec le monde extérieur et celui qui nous entoure. C’est la satisfaction d’un besoin inné qu’on a en tant qu’être humain.»

Pour François Cantin, cela passe, entre autres, par l’utilisation du bois. «La majorité des gens aiment être en contact avec le bois, estime-t-il. Si on leur demande pourquoi, ils vont nous dire que c’est parce que c’est chaleureux et naturel. La biophilie, c’est ça. C’est le besoin inné d’être en contact avec la nature.»

«Travailler pour les humains» est l’aspect que le chargé de projet de la firme d’architectes préfère par-dessus tout. «Les gens nous demandent ce qu’est le style de Coarchitecture, raconte M. Cantin, qui est également bénévole au Conseil du bâtiment durable du Canada depuis dix ans. Notre signature est le confort de nos clients. On est là pour comprendre leurs besoins. Pour amener la biophilie dans le projet, ça demande une réflexion particulière.»

Ubisoft: du bois pour plus de chaleur

François Cantin a travaillé comme chargé de projet pour les réaménagements intérieurs d’Ubisoft dans le quartier Saint-Roch à Québec. «Le client avait l’idée d’amener les environnements intérieurs le plus chaleureux possible, indique-t-il. L’objectif d’Ubisoft était que les gens se sentent à l’aise, tout en allant chercher un look quasi-résidentiel.»

Chez Ubisoft, le bois est intégré aux différents espaces afin de transmettre de la chaleur.

Par conséquent, l’équipe de Coarchitecture a proposé toutes sortes de finis de bois. «On a joué avec les contrastes, décrit M. Cantin. Dans certains espaces, on avait des panneaux architecturaux travaillés par des ébénistes, une finition très pure et contemporaine et, dans d’autres espaces, on avait un bois qui était plus rugueux, plus naturel. On n’a pas cherché à faire un spectacle avec le bois. On a cherché à l’intégrer pour qu’il vienne transmettre sa chaleur aux différents espaces.»

Creaform: du bois qui participe à l’ambiance

Le siège social de Creaform, une entreprise spécialisée en technologies de mesure 3D, a été construit dans l’Innoparc de Lévis. Le bâtiment repose sur une structure hybride. Le bois a été concentré dans la toiture de l’étage supérieur. En plus d’avoir une fonction structurale, le bois participe à l’ambiance et à l’animation des espaces. «On a travaillé la stratégie d’éclairage à l’intérieur, de sorte à magnifier le plafond», souligne le chargé de projet chez Coarchitecture.

L’Innoparc de Lévis est bordé par une forêt. Or, les fenêtres de l’une des façades de Creaform sont situées à 6 mètres de cette forêt. Pour M. Cantin, voilà un bel exemple de biophilie: un contact privilégié avec l’extérieur où les occupants sont projetés dans la forêt grâce à une fenestration généreuse et où ces mêmes occupants sont en contact avec du bois à l’intérieur. «Dans ce contexte particulier, la biophilie prend vraiment tout son sens», estime le chargé de projet.

Eddyfi: une utilisation du bois «jazzée»

La construction du nouveau siège social d’Eddyfi, situé au coeur de l’Espace d’innovation Michelet à Québec, a permis à l’équipe de Coarchitecture d’aller un peu plus loin dans l’intégration du bois à la structure de la toiture, avec des poutres disposées en angle. «Malgré le fait que ça ait l’air plus «jazzé», il n’y a pas eu plus de bois d’utilisé que si on l’avait faite de manière conventionnelle», mentionne François Cantin.

On y retrouve beaucoup de murs blancs afin de s’assurer que le plafond de bois rayonne et puisse occuper la place qui lui revient. De tous les projets pour lesquels François Cantin a oeuvré, c’est celui d’Eddyfi qui, selon lui, «est allé le plus loin en termes d’intégration biophilie-confort de l’occupant».