Luc Mathieu, président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).
Luc Mathieu, président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

Infirmières et infirmiers: profession de cœur...et d’expertise

Il y a maintenant 42 ans que Luc Mathieu a obtenu son diplôme d’infirmier. Il détient également un doctorat en administration des affaires qui lui a notamment permis d’accéder au domaine de l’enseignement universitaire. Ainsi, la moitié de sa carrière se déroule dans le domaine de la santé et l’autre dans celui de l’éducation. En novembre 2018, Luc Mathieu est élu à la tête de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). Entrevue avec le premier homme à occuper cette position.

Q  Qu’est-ce qui vous a amené vers le domaine des soins infirmiers?

R  J’hésitais entre deux domaines qui n’avaient pas beaucoup de rapport l’un avec l’autre. Je voulais devenir ingénieur forestier ou aller dans le domaine des soins infirmiers. De mémoire, c’est la veille de l’inscription que j’ai choisi. Les deux choses qui m’ont fait choisir les soins infirmiers, c’est le fait qu’on pouvait voyager et aussi le fait qu’on peut faire toute sorte de choses dans ce domaine. On peut agir comme clinicien, on peut faire de l’enseignement, de la gestion et de la recherche. On peut avoir beaucoup de mobilité tout en restant dans la profession d’infirmière ou d’infirmier. Et, bien sûr, j’ai toujours aimé travailler avec les gens et auprès des gens.

Q Comment vivez-vous le fait d’être le premier homme président de cet ordre professionnel majoritairement féminin?

R  Je pense que mes collègues m’ont élu pour les idées que je mettais de l’avant et la vision que j’avais pour l’Ordre. Je ne sens pas une responsabilité particulière, mais tant mieux si le fait que je suis à la présidence de l’Ordre peut inciter plus d’hommes à intégrer la profession. Dans ma carrière, cela a toujours été aidant d’avoir une mixité des sexes, mais aussi des idées. Avec des points vus différents, on peut faire avancer les idées. C’est vrai que c’est majoritairement des femmes dans la profession d’infirmière et qu’il y a des enjeux féministes au sein de la profession. Parfois, on pense qu’être infirmière ou infirmier va de soi, que prendre soin des gens est inné, alors que oui ces qualités de cœur sont importantes, mais les infirmières sont aussi des scientifiques qui ont développé des compétences et une expertise.

Q  Comment la crise de la COVID-19 vous a-t-elle affecté?

  Je suis en télétravail de chez moi depuis la mi-mars. Depuis le début, je siège au Comité directeur clinique de la COVID-19. Mon quotidien a été marqué par cette réalité et par beaucoup de collaboration avec les autres ordres professionnels. On s’est mis tout de suite à collaborer pour faire en sorte que la contribution des infirmières et des infirmiers soit la plus optimale possible dans le contexte de la pandémie. Nous avons transmis des demandes à l’Office des professions qui les a transmis au ministère de la Santé et au ministère de l’Éducation pour alléger certains règlements et enlever des contraintes pour qu’on utilise davantage les infirmières. Entre autres, nous avons fait une demande pour permettre aux infirmières et infirmiers de procéder au test diagnostique de la COVID-19 sans ordonnance. Nous avons aussi collaboré avec nos partenaires afin que les étudiants qui sont en train de finir leur session puissent venir donner un coup de main dans le réseau de la santé, tout en favorisant leur diplomation.

Q Comment croyez-vous que la crise actuelle soit susceptible de transformer la profession d’infirmière et d’infirmier?

R  Je pense que les gens vont découvrir que les infirmières et infirmiers sont des gens de cœur, dévoués, mais aussi que ce sont des gens qui ont une expertise et des compétences dans leur domaine. Ça, c’est une chose. L’autre chose, c’est la situation dans les CHSLD. Il y a une réflexion collective qui va devoir se faire sur comment on donne les soins dans ces milieux. Et au-delà de ça, c’est de tout revoir les soins aux personnes âgées à partir du domicile jusqu’en CHSLD. Parfois les gens pensent que pour travailler en CHSLD, ça ne prend pas beaucoup de compétence ou d’expertise, alors qu’au contraire ça prend beaucoup d’expertise pour travailler comme infirmier dans ces milieux. C’est une leçon que j’espère qu’on retiendra après la pandémie, même si on entend souvent dire ces temps-ci qu’on a besoin de «bras». Oui, on a besoin de bras, mais avec les compétences et l’expertise nécessaire. On ne s’improvise pas soignant. Ça prend une solide formation.


« Oui, on a besoin de bras, mais avec les compétences et l’expertise nécessaire. On ne s’improvise pas soignant. Ça prend une solide formation. »
Luc Mathieu, président de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ).

Q  Quels sont les dossiers et les réalisations qui marquent votre premier mandat  à la présidence de l’OIIQ?

R  Quand j’ai été élu, je me suis impliqué dans l’élaboration de notre nouveau plan stratégique 2020-2023 qui a été rendu public en février dernier. Cela m’a permis de mettre d’avant certaines idées. Dans les dossiers qui m’animent beaucoup, il y a celui qui vise à faire du baccalauréat une norme d’entrée pour pratiquer comme infirmière au Québec.

Un autre dossier sur lequel j’ai travaillé concerne la pleine occupation du champ d’exercices. C’est-à-dire, que les infirmières puissent pratiquer en fonction de tout l’étendu que leur permet le cadre réglementaire. Souvent, ce n’est pas le cas pour toute sorte de raisons.

Un dossier qui me tient particulièrement à cœur a été de rétablir et de solidifier des liens avec nos différents partenaires. Dans le nouveau plan stratégique, on veut que l’Ordre devienne un acteur incontournable. Avant de me présenter à l’Ordre, je trouvais que l’Ordre n’était pas nécessairement suffisamment connecté avec ses partenaires et la population. Au cours de la dernière année, j’ai donc entrepris une tournée de toutes les régions du Québec.

Une autre chose dont je suis très content, c’est un énoncé de positions sur l’impact des changements climatiques sur la santé des populations et sur la profession qui a été rendu public en novembre dernier. L’idée est de sensibiliser nos membres et de les inciter à développer des compétences pour faire face à ces impacts.