Yvon Michel n’a rien à reprocher à Mikaël Zewski depuis le début de leur association. Il dit toujours les bonnes choses, fait son travail sur le ring. Le temps est venu de lui fournir de vraies opportunités de grimper dans les classements mondiaux.

Zewski a-t-il fait le bon choix?

CHRONIQUE / Dans un mois jour pour jour, Simon Kean va tenter de prendre sa revanche sur Dillon Carman dans un Centre Gervais Auto qui risque d’accueillir encore une fois plus de 3000 personnes. Sans faire trop de promotion, Eye of the Tiger Management et les Cataractes ont écoulé jusqu’ici plus de 2000 billets.

Ce sera la troisième fois en un peu plus d’un an que Kean sera la tête d’affiche d’une carte présentée devant ses partisans en Mauricie. Et sa neuvième finale depuis 2017. Clairement, EOTM en a fait l’un de ses ténors. Camille Estephan dit d’ailleurs de Kean qu’il est devenu le meilleur vendeur de billets au Québec. Bien sûr, la défaite face à Carman en octobre dernier incite à une dose d’humilité dans le camp de l’olympien, comme elle place beaucoup de pression en vue de son combat le 15 juin. Mais au moins, Kean est à l’avant-plan et monnaye ses efforts.

Malheureusement, on ne peut pas en dire autant de Mikaël Zewski, qui a décidé de faire sa route avec GYM après s’être débarrassé de ses obligations contractuelles aux États-Unis. Après sa seule défaite en carrière, Zewski et son gérant Cameron Dunkin ont eu des discussions avec EOTM et Yvon Michel, et c’est avec ce dernier que Dunkin a choisi de travailler.

À la base, c’est loin d’être un mauvais choix: Michel est un promoteur crédible, reconnu, avec des contacts partout sur la planète. Il a essuyé bien des tempêtes depuis qu’il a quitté le gymnase trifluvien de Jim Girard pour voler de ses propres ailes, et il a toujours réussi à rester debout. La boxe canadienne lui doit énormément.

Mais dans le cas de Zewski, l’association tarde à rapporter. Il a fait cinq combats avec GYM, toujours en sous-carte. Ça fait un bout qu’il demande à assurer une finale, il n’a jamais été exaucé. Michel n’arrive pas non plus à lui faire réaliser son rêve de boxer dans son patelin, malgré certaines discussions avec le milieu. Bon, il a quand même eu la chance de mettre la main sur un titre mineur il y a un an mais depuis, il n’a fait qu’un seul combat, en décembre, face à un faire-valoir mexicain bien plus intéressé par le chèque de paie que par la bagarre.

C’est mince comme tableau de chasse pour un gars de 30 ans avec 32 victoires au compteur chez les pros, qui avait connu au préalable une très belle carrière amateur et qui crie sur tous les toits qu’il boxe pour obtenir une chance face aux meilleurs de sa division.

Ça commence à presser

Les carrières sont courtes en boxe. Les années où ta notoriété te permet de mettre des sous en banque pour tes vieux jours, tu ne dois pas les laisser filer. Or, Zewski est actuellement dans cette fenêtre, et les mois s’écoulent sans coup d’éclat.

Le plan de Michel était de se servir de la notoriété de ses trois champions du monde pour obtenir une grosse opportunité pour Zewski. Le hic, c’est qu’il a perdu ses trois champions coup sur coup. Après une dispute qui s’est ramassée devant les tribunaux, GYM et Artur Beterbiev ont convenu de se séparer. Eleider Alvarez a perdu son titre face à Sergey Kovalev, tandis qu’Adonis Stevenson est passé à un cheveu d’y rester après un percutant K.-O. subi face à Oleksandr Gvozdyk. Disons que cette cascade prive Michel d’une grosse partie de son pouvoir de négociation.

Depuis, le vétéran promoteur a choisi de mettre à l’avant-plan Marie-Ève Dicaire plutôt que Zewski. Il a sûrement ses raisons. Mais j’imagine que le Trifluvien doit se poser des questions depuis quelques mois… Bien sûr, il va garder ça pour lui si c’est le cas. Zewski est un gentleman. Il dit toujours les bonnes choses, il fait toujours les bonnes choses. Sauf que lorsqu’il soupe en tête-à-tête avec sa belle Sabrina, je ne serais pas surpris qu’il se questionne à savoir s’il a choisi la bonne écurie.

L’herbe n’est pas toujours plus verte chez le voisin, c’est vrai. Mais impossible de nier que les Lemieux, Kean, Ulysse, Butler ont eu droit à de bien plus belles opportunités sous l’égide d’EOTM ces dernières années.

Même si son entente avec GYM se résume à une poignée de main, Zewski est resté fidèle et patient. Les Cataractes l’ont invité sur leurs cartes l’an dernier, il a poliment refusé. Encore cette année, il a eu un appel de courtoisie, et il n’a pas bronché. GYM lui avait fait miroiter la possibilité d’affronter le jeune espoir Alexander Besputin, rendez-vous qui ne s’est finalement pas matérialisé.

Il se concentre maintenant sur sa présence à un gala à Montréal le 28 juin. Encore en sous-carte. À six semaines de l’événement, il ne connaît pas encore l’identité de son adversaire. Pas sûr que GYM va investir beaucoup pour amener un gars qui pourrait lui permettre d’avancer dans les classements mondiaux. Tout ce qu’on peut lui souhaiter, c’est que les choses s’accélèrent par la suite. Zewski a rompu ses liens avec Top Rank il y a quelques années, fatigué des promesses qui n’aboutissaient jamais. Par moment, il doit avoir l’impression de jouer dans le même film…