Isolé dans les montagnes, le site des compétitions de ski de fond se trouve à 90 minutes de route de Sotchi. Yves Bourque a eu l'occasion de le fouler depuis son arrivée, lundi.

Yves Bourque: en Russie comme à la maison

S'il n'avait pas pris connaissance de la situation tendue entre la Russie et les pays occidentaux par le biais des réseaux d'information, avant de quitter pour Sotchi, Yves Bourque ignorerait tout de la crise en Crimée, de ses répercussions en Ukraine et partout dans le monde. Arrivé sur l'un des sites des compétitions des Jeux paralympiques tôt dans la journée de lundi, le skieur de Bécancour assure qu'aucun indice ne laisse présager qu'une importante joute diplomatique se déroule dans cette région mouvementée. Les athlètes s'en tiennent à l'entraînement et abordent les Jeux avec enthousiasme... du moins pour l'instant.
Les épreuves de ski de fond se tiennent en montagne, près de Krasnaïa Poliana, à environ 90 minutes de Sotchi. Là-bas, les fondeurs ont déjà commencé à apprivoiser les parcours. Et on ne jase aucunement de politique internationale. «Vrai que nous sommes un peu isolés par rapport aux athlètes qui se produisent sur le site principal de Sotchi», admet Bourque, qui s'est entretenu avec Le Nouvelliste mardi.
«Si je me promenais un peu plus, peut-être que je serais conscient d'un certain malaise, mais jusqu'à présent, l'ambiance est à la fête. Même à l'aéroport, je n'ai pas senti que nous étions plus fouillés qu'à l'habitude.»
En fait, les gens sont plutôt accueillants. «L'hôtel se trouve à cinq minutes du centre de ski de fond et les bénévoles accomplissent du bon boulot, bien qu'ils ne soient pas tous bilingues. On se sent comme à la maison!»
Yves Bourque fait partie d'un contingent de 11 Canadiens, inscrits aux épreuves de ski de fond paralympique. Sur sa luge, qu'il a adaptée à son handicap au cours des dernières années avec un collègue du Centre InterVal à Trois-Rivières, le Nicolétain d'origine tentera de se classer parmi les 15 premiers, un défi de taille pour un vétéran de 48 ans qui devra batailler avec plusieurs «durs».
«Je suis parmi les plus vieux et du talent, il y en a ici. On joue dans la cour des grands! Je ne connaissais pas les Ukrainiens, qui récoltent pourtant de bons résultats sur la scène internationale. Ils n'ont pas l'air ultra sympathiques d'ailleurs...»
Qu'à cela ne tienne, Bourque n'a pas fait tous ces sacrifices pour se créer un nouveau réseau d'amis. Il devrait assister à la cérémonie d'ouverture vendredi dans la ville hôtesse, puis il regagnera les montagnes, où la première course, celle du 15 km assis, aura lieu deux jours plus tard. Mercredi prochain, les fondeurs s'attaqueront au 1 km sprint assis (qualifications, demi-finale et finale), puis Bourque complétera ses Jeux avec une participation au 10 km assis, le 16 mars, dans le cadre de la dernière journée des activités.
Un parcours technique
Il faisait autour de 20 degrés Celsius mardi à Krasnaïa Poliana, une différence d'environ 45 degrés par rapport aux conditions dans lesquelles les athlètes canadiens ont l'habitude de pratiquer à Canmore. S'il n'est pas le plus difficile, le parcours des Jeux paralympiques n'en demeure pas moins technique, avec de bons virages.
«Ça ne ressemble pas beaucoup à ce qu'on voit dans les Coupes du monde. La température douce nous donne une neige très molle. En piquant les bâtons, on a l'impression de skier dans de la sloche! Il faudra se montrer vigilant: les bâtons peuvent pénétrer jusqu'à cinq ou six pouces dans la neige pendant les montées, les risques de blessures aux épaules sont donc amplifiés.»
Bourque prévoit que les conditions se détérioreront lors du 15 km. Pendant cette épreuve, une quarantaine d'adeptes parcourront cinq boucles de 3 km. «La piste va être maganée à la fin de la compétition!»
Rien cependant ne viendra gâcher ou assombrir cette belle aventure. «J'ai reçu un bon coup de main des gens de la région, je vis une superbe histoire et je compte bien en profiter.»
Il compte surtout partager ces moments avec les personnes de sa communauté. Le drapeau de la ville de Bécancour, qu'il a traîné dans ses bagages à Sotchi, témoigne de cette fierté.