Laurence Vincent Lapointe
Laurence Vincent Lapointe

Vitesse sur la rivière Saint-Maurice: Laurence Vincent Lapointe craint pour la sécurité des jeunes

TROIS-RIVIÈRES — La recrudescence de plaisanciers sur la rivière Saint-Maurice amène son lot d’inquiétude au Club de canoë-kayak de vitesse de Trois-Rivières, qui ne veut pas attendre le pire avant d’agir.

Quelques amateurs d’embarcations à moteur sèment la peur sur l’eau et font fi de la présence de jeunes enfants. La situation devient de plus en plus inquiétante selon la multiple championne du monde de canot, Laurence Vincent Lapointe.

«C’est le gros bon sens, ce sont des enfants, certains ont seulement six ans. Ce n’est pas rare de voir passer des motomarines au fond à seulement quelques pieds des jeunes qui tiennent de peine et de misère sur leur embarcation.»

Considérée comme l’une des meilleures canoéistes au monde, Laurence Vincent Lapointe a pratiqué sur de nombreux cours d’eau au fil des ans et elle a admis avoir rarement vu un tel manque de respect.

«Certains font des zigzags, tournent autour du monde et font volontairement des vagues. On le sait, un accident est vite arrivé, qu’est-ce qu’il va arriver s’ils perdent le contrôle», s’est-elle questionnée.

Tous s’entendent quant à un flagrant manque d’autorité sur la rivière Saint-Maurice.

«À mon avis, c’est semblable à mettre plein de signalisation sur la route, mais s’il n’y a pas de policiers pour les faire respecter, ça ne change rien. Il y a très rarement des patrouilleurs ici, voire jamais», a expliqué l’entraîneur-chef du Club de canoë-kayak de vitesse de Trois-Rivières, Sébastien Bettez.

Manque de communication

«Les gens ne sont pas nécessairement mal intentionnés. La plupart du temps, lorsqu’on explique aux personnes concernées qu’il s’agit d’un club de kayak, qu’on a de jeunes enfants, ils comprennent. Par contre, en raison du bruit des moteurs, on n’a pas la chance de le mentionner à tous les plaisanciers. Le fait qu’il y a très peu de signalisation, notamment à la descente de l’autre côté, pour ceux qui arrivent et qui ne connaissent pas le coin, c’est là le danger», raconte Marc-Alexandre Gagnon.

De son côté, le pilote de l’équipe nationale, Mathieu Pelletier, rappelle qu’il s’agit en quelque sorte d’une école et qu’il y a la présence d’enfants âgés de seulement six ans.


« Ce n’est pas indiqué et on voudrait que ça le soit. C’est comme une école, il devrait y avoir un semblant de zone scolaire sur l’eau. On ne laisserait jamais personne rouler à 120 km/h devant une école, c’est un peu la même chose ici. C’est simple, ça prend plus de réglementation. »
Mathieu Pelletier, entraîneur de l'équipe nationale

«Ce n’est pas indiqué et on voudrait que ça le soit. C’est comme une école, il devrait y avoir un semblant de zone scolaire sur l’eau. On ne laisserait jamais personne rouler à 120 km/h devant une école, c’est un peu la même chose ici. C’est simple, ça prend plus de réglementation.»

La goutte qui fait déborder le vase

«Ça arrive tous les jours, surtout lorsqu’il fait beau et chaud, c’est l’enfer. Le vendredi après-midi, lorsque les gens commencent à faire le party, ce n’est vraiment pas sécuritaire», a renchéri l’entraîneur adjoint du club, Marc-Alexandre Gagnon.

Les athlètes souhaitent pouvoir exercer leur passion, et ce, sans devoir se méfier des plaisanciers.

«Les gens ne sont pas respectueux, ils tournent autour de nous comme si on n’existait pas. On ne veut pas qu’ils partent, on veut juste se faire respecter», a ajouté un jeune groupe d’athlètes, sortis de l’eau depuis quelques minutes à peine.

La problématique est bel et bien existante depuis quelques années, mais cette fois, c’est du jamais-vu aux dires des entraîneurs.

«Est-ce en raison de la COVID-19 et parce que les gens restent ici et profitent de la rivière? Peut-être, mais je n’ai jamais vu autant de monde sur l’eau, depuis très longtemps. J’ai aussi l’impression que certains plaisanciers ne connaissent pas nécessairement les environs et de là l’importance d’indiquer qu’il y a la présence de jeunes et un club», selon Mathieu Pelletier.

Piste de solution

«C’est simple, il faut plus de sécurité, mais surtout avec de l’autorité», a affirmé Laurence Vincent Lapointe.

L’entraîneur de l’équipe nationale, Mathieu Pelletier, croit bon d’instaurer différentes zones afin que tous puissent en bénéficier.

«En délimitant des zones, on diminue le danger en lien avec nos jeunes débutants qui n’ont parfois pas totalement le contrôle de leur embarcation. C’est aussi ça le danger.»

La Ville a déjà été contactée à ce sujet et des bouées ont été ajoutées sur la rivière Saint-Maurice.

«C’est beau de mettre des bouées, mais il n’y en a pas assez et de deux, les gens doivent savoir ce qu’elles veulent dire», a conclu M. Pelletier.

Pour sa part, la Ville de Trois-Rivières assure qu’il y a patrouille nautique de la Sécurité publique et que de la sensibilisation a été faite avec les plaisanciers sur la rivière Saint-Maurice. Les autorités municipales soutiennent qu’il n’y a pas eu de plainte en lien avec ces débordements sur l’eau.

Entre le pont Duplessis et la plage du parc Vivian-Dober, sur la rive ouest de la rivière, un sentier est balisé sur une distance de trois kilomètres. Ce couloir a pour but de permettre aux amateurs de canot et de kayak de pratiquer leur sport en toute sécurité. La zone de passage est délimitée à l’aide de bouées jaunes éloignées à tous les 50 mètres afin de créer l’illusion d’un tracé.