Dominic Ricard et Samuel Fortier veulent offrir les outils aux entraîneurs et aux parents afin de rendre le hockey mineur plus agréable pour tout le monde.

Violence dans les arénas: pour voir au-delà du guide

TROIS-RIVIÈRES — Hockey Québec a publié, récemment, un guide pour raisonner les parents et contrer la violence dans les arénas. Les spécialistes de l’entreprise de Trois-Rivières Optimize Sport croient, de leur côté, qu’il faut éduquer et mieux outiller les entraîneurs ainsi que les parents pour éviter les dérapages.

Depuis deux ans, Samuel Fortier, Dominic Ricard et leur association de consultants spécialisés dans le coaching sportif travaillent à mieux encadrer, grâce à un projet pilote, les intervenants du hockey mineur. Ils misent sur l’expertise de professionnels de la psychologie sportive, d’entraîneurs de la LHJMQ ainsi que d’autres spécialistes de l’encadrement parental.

Optimize Sport offre des services de mentorat ainsi que des conférences pour aider les personnes ressources du hockey mineur dans leurs tâches qui, souvent, sont exécutées à titre bénévole. «C’est facile d’offrir ses services pour diriger une équipe, par exemple dans le pee-wee B. Tu arrives, on te donne un cartable qui explique comment enseigner une sortie de zone aux jeunes. C’est très technique, mais on oublie de leur montrer comment communiquer et intervenir au sein d’une équipe de hockey. Et mieux ils sont formés, plus ils auront un impact positif sur les parents», fait valoir Samuel Fortier.

Pourtant, les besoins diffèrent pour chacun de ces enfants. «Tu as 20 personnalités différentes devant toi et autant de membres de diverses familles, certaines recomposées. Il faut apprendre à gérer tout ce monde et ça, ce n’est pas enseigné. On ne le dira jamais assez, mais un entraîneur risque d’avoir un impact majeur dans le développement et le cheminement d’un jeune. C’est pourquoi on désire mieux conseiller les entraîneurs.»

Selon Dominic Ricard, environ 80 % des tâches d’un entraîneur, dans le hockey mineur, sont liées aux interventions émotionnelles. Il y aurait trois conflits majeurs par équipe, dans chacune des associations. D’où l’importance de savoir comment réagir.

«J’ai eu la chance, dans mes jeunes années de coaching, d’apprendre aux côtés de personnes comme Pierre Villemure et René Perron. Tout ce temps, j’ai cru que mes pairs avaient bénéficié de ces outils pédagogiques, mais j’ai réalisé plus tard que ce n’était pas le cas. J’ai pris conscience que des Villemure et des Perron, il n’y en a pas beaucoup», mentionne le Shawiniganais d’origine, un ex-directeur général des Voltigeurs de Drummondville toujours impliqué activement dans le monde du hockey québécois.

«Notre hockey n’est pas malade, c’est ce qui l’entoure qui l’est. Le problème ne vient certainement pas du jeune de 7 à 13 ans. Mais ce jeune-là, par contre, il n’a pas toujours les outils autour de lui pour s’épanouir dans cet univers.»

Ricard reconnaît, comme plusieurs autres, que la structure de Hockey Québec a tendance à fonctionner «à l’envers».

«Plus tu montes les échelons, plus les entraîneurs sont qualifiés. Pourtant, c’est entre 7 et 13 ans que tu as le plus besoin des ressources. Nous, on veut aider ces entraîneurs des niveaux novice et atome pour qu’ils puissent ensuite mieux encadrer les jeunes. On sait que la très grande majorité d’entre eux ont de bonnes intentions.»

Les parents aussi

Samuel Fortier avoue en avoir vu de toutes les couleurs. Un jour à l’aréna, pendant un match midget Espoir, un parent a décidé de sortir son jeune de la patinoire. Celui-ci venait d’écoper d’une mauvaise pénalité. Devant les recruteurs, l’entraîneur le confinait au banc après son geste.

«Le coach avait raison. Dans 90 % des cas, les parents surévaluent leur enfant et dans un autre 5 %, ils les sous-évaluent. Ça m’arrive d’entendre un père ou une mère parler au Je, à la première personne, en parlant de leur enfant. C’est une pression inutile», est d’avis Fortier, en ajoutant qu’il a vu des atrocités ailleurs qu’au hockey. «Pas plus tard qu’aux Jeux du Québec à Thetford, l’an passé. Ce n’est pas exclusif au hockey, les débordements dans les gradins. Ça survient souvent avec des parents qui n’ont pas ou peu de modèles sportifs dans leur entourage. Nous, on leur offre de se responsabiliser.»

Le mentorat et les conférences ont été testés auprès de l’association sportive Drummondville Olympique. Les résultats s’avèrent encourageants et des associations de hockey mineur auraient déjà manifesté leur intérêt à rencontrer les gens d’Optimize Sport. «On va y aller région par région, mais la Mauricie fait partie des territoires qu’on souhaite explorer dès le début», convient Dominic Ricard.