Le «laboratoire» mis sur pied par Denis Francoeur pour développer les habiletés individuelles des joueurs de hockey a livré des résultats très intéressants dans les derniers jours. De cette cuvée de joueurs nés en 2003, cinq ont fait partie de l’équipe du Québec qui a remporté la médaille d’or aux Jeux du Canada.

Une recette… disponible!

Le récent triomphe du Québec aux Jeux du Canada en hockey masculin n’a pas fini de faire jaser. Faut dire qu’une disette de 32 ans, c’est long!

Hockey Québec présente cette belle grosse médaille comme le fruit des réformes mis en place il y a quelques années pour solidifier sa structure réservée à l’élite. C’est légitime.

Impossible quand même de nier l’impact d’un petit programme scolaire de la Mauricie, qui a formé cinq joueurs dans le lot.

Le gardien William Rousseau, les défenseurs Jacob Guévin et Guillaume Richard, et les attaquants Zachary Bolduc et Anthony Bédard, font en effet partie de la fameuse première cuvée de Denis Francoeur, qui a mis sur pied son «laboratoire» il y a une décennie. À l’époque, il sortait du junior majeur après une douloureuse expérience à Bathurst, il voulait enligner sa carrière autrement. Il a pris sous son aile une vingtaine de débutants, après avoir fait le tour des arénas du coin. Trois ans plus tard, une douzaine d’entre eux ont été les pionniers du programme des Panthères du CMI. Cinq ont abouti dans l’équipe pilotée par Martin Laperrière et Frédéric Lavoie, qui a connu un tournoi sans faille à Red Deer. Pas pire ratio merci, surtout pour une petite région comme la Mauricie!

«C’est sûr que c’est une belle source de fierté pour le programme. Ce n’est que le point de départ, on va en entendre parler pas mal de nous dans les prochaines années, car d’autres bons joueurs s’en viennent», souligne le grand manitou du programme qui a fusionné avec le Vert et Or du Séminaire de Trois-Rivières l’an dernier.

Francoeur se souvient avoir entendu des moqueries quand il avait lancé son programme. Le côté tactique, il le laissait aux autres. Il préférait mettre l’emphase sur le développement individuel. «Certaines personnes se demandaient où je m’en allais avec mes cônes. Mais moi, je savais très bien où je m’en allais. Ce programme, c’est le fruit de 30 ans passés dans le hockey. Trente ans de discussions, d’expériences, d’études comment les autres procédaient. Quand j’ai amorcé le programme, j’avais une vision très claire et cette vision-là guide encore nos actions. Il y a eu des ajustements en cours de route, mais la vision est la même.»

Il accepte volontiers de livrer sa recette. «Les gens disent que nous développons les skills mais c’est beaucoup plus que ça. Bien sûr, on veut garnir le coffre d’outils de nos joueurs. Ça prend ça pour réussir les jeux à haute vitesse. 80% de nos entraînements sont axés sur la rondelle, son contrôle et son mouvement. Mais ce qu’on fait ici d’abord et avant tout, c’est développer l’intelligence au jeu de nos joueurs», fait valoir Francoeur. «Ça tombe bien, c’est la qualité numéro un maintenant recherchée dans le hockey. Ensuite, on travaille les skills, puis l’attitude de nos joueurs. On cogne sur le clou, encore et encore. Pour arriver à de bons résultats, ça prend du volume. Et de la patience.»

On parle de 130 pratiques par année à partir du M-12. En ajoutant les matchs, ces jeunes mangent de la glace à profusion. «Au Québec, personne ne pratique autant que nous. Quand j’étais dans le junior, nous étions contents si on arrivait à 100 pratiques dans l’année. Plus tu répètes, plus tes chances de succès augmentent.»

Pour le reste, pas trop de carcan. Les joueurs sont invités à évoluer autant à l’attaque qu’en défense, particulièrement dans les premières années. Les concepts d’équipe sont rarement abordés. Le jeu de puissance, par exemple, n’est presque jamais pratiqué! «On ne cherche pas la victoire à tout prix, même si on gagne notre large part de matchs. On cherche le développement à tout prix. Ça implique de placer les joueurs dans toutes sortes de situations. Bien sûr au début, ça m’a pris un ajustement. Dans le junior, tu fais tout pour gagner, tu établis des systèmes en conséquence. Et c’est très enivrant! Ici, on laisse les joueurs aller. Je suis devenu davantage un développeur qu’un entraîneur.»

Qui mise ses billes sur l’offensive d’abord et avant tout. Ce qui est paradoxal, car à ses belles années dans le junior, Francoeur était réputé pour être un entraîneur défensif! «C’est Marc Lachapelle (journaliste au Journal de Montréal) qui m’avait collé cette étiquette et c’était complètement faux. J’ai dirigé la dernière équipe qui a atteint le plateau des 375 buts. Personne n’a retouché à ce plateau en presque 20 ans! On avait de bons résultats défensifs, car on avait souvent la rondelle. Oui, j’avais des attentes pour mes joueurs quand nous étions dans notre zone. C’est normal. Mais l’accent a toujours été mis sur l’attaque.»

Francoeur n’a pas de championnat à son actif dans le junior, mais il a aidé beaucoup de joueurs à atteindre la LNH. Dont certains étaient complètement hors du radar des dépisteurs avant de tomber entre ses mains. Des gars comme Alexandre Burrows, Pascal Dupuis, Marc-André Bergeron lui doivent beaucoup et ils sont les premiers à le reconnaître.

Malgré ces succès, Francoeur n’a jamais été sollicité par Hockey Québec. Bien des hommes de hockey sont appelés pour livrer des conférences, pour guider les jeunes entraîneurs dans des stages. Pas lui. Les succès collectifs et individuels des Panthères ces dernières années n’ont pas davantage attiré l’attention des gens en place au Québec qui veillent au développement global de notre élite. «Moi, je suis un livre ouvert. En plus de former des joueurs, j’ai formé bien des entraîneurs avec les Panthères ces dernières années. Si d’autres veulent s’inspirer de ce qu’on fait chez nous, je n’ai rien contre. Je pense qu’on peut très bien adapter la formule à une région, par exemple.»

La recette d’un des meilleurs développeurs des 30 dernières années est donc disponible. Avis aux intéressés…

Un rapprochement bénéfique entre le civil et le scolaire

Il y a quelques années à peine, il aurait été impensable de voir des joueurs formés par le scolaire être choisis sur des équipes provinciales. 

Hockey Québec a choisi d’élargir ses horizons et d’initier un rapprochement. Cette petite dose d’humilité servira les enfants, en bout de ligne. 

«Ce sera bénéfique pour tous», tranche Denis Francoeur. Plus il y aura de collaboration entre les deux réseaux, plus il y aura de bénéfices. Travailler en vase clos, ce n’est jamais la formule la plus productive.

Les dernières années montrent qu’il y a de la place pour tout le monde au soleil, croit-il. «L’émergence du scolaire permet à plus de jeunes d’avoir accès à du volume, à des entraîneurs qualifiés. C’est sûr que ça va permettre de produire plus de joueurs. On a déjà commencé à voir des changements à ce niveau. Ça ne fait que commencer…»