La popularité du football scolaire en Mauricie est à la baisse depuis quelques années, un constat qui s’applique aussi au reste de la province.

Une pyramide qui vacille

CHRONIQUE / C’est la rentrée du football scolaire en Mauricie ce week-end. Une longue et belle tradition, qui a rejoint des milliers de personnes au fil des décennies.

Cette tradition est en péril.

Il ne reste plus que quatre programmes qui offrent du football au secondaire. Une dizaine d’équipes au total! C’est un chiffre alarmant, même si quelques écoles primaires ont décidé d’y revenir. Pas pour rien que le RSEQ Mauricie a lancé une campagne la semaine dernière pour vanter les mérites de ce sport dans le réseau scolaire.

Comment le football a-t-il pu perdre autant de plumes? Toute cette presse reliée aux commotions dans les sports de contact fait mal, c’est une évidence. C’est un sport rude, où les chocs font partie du jeu. Le milieu a compris l’importance de changer certaines règles pour rendre la pratique plus sécuritaire, et il y a de la formation à cet effet pour chaque entraîneur qui s’implique, mais c’est insuffisant en ce moment pour inciter les parents récalcitrants, ou même les étudiants inquiets, à voir le football d’un autre œil.

«C’est triste, car nous sommes assurément le sport de contact le mieux encadré au Québec. Notre sport est méconnu. Il a une grosse cible dans le dos. Pourtant, on s’est ajusté. Ça serait l’fun d’en parler un peu plus», témoigne François Dussault, entraîneur-chef des Diablos.

Ce dernier convient qu’il y a plus que ça. Le football n’inculque pas des valeurs comme la discipline, le travail et l’acharnement gratuitement. En retour, il demande beaucoup d’implication. Trois à quatre pratiques par semaine, plus un match. La nouvelle génération a moins d’appétit pour ce genre de menu, paraît-il. «Disons que la persévérance n’est pas le trait de caractère le plus prédominant de cette génération. Les jeunes, de nos jours, se désintéressent plus vite. Ils peuvent swiper bien des choses sur leur téléphone!», image Dussault, en faisant référence aux sites de rencontre comme Tinder qui fait la promotion de la productivité sans avoir besoin d’y mettre les mêmes efforts qu’avant!

L’autre réalité de 2019, c’est le marché du travail. «Je croise bien des jeunes au Cégep qui travaillent 35-40 heures par semaine. J’avoue que c’est quelque chose que je ne comprends pas. Le Cégep, ça passe tellement rapidement. Ils passent à côté de choses uniques. Ils vont travailler pour le reste de leur vie, il me semble qu’ils devraient profiter un peu plus de leur temps ici. Il y a un compte à rebours dans notre sport. Il y a des ligues de garage au hockey, mais pas au foot. Si tu arrêtes de jouer au Cégep, c’est pas mal fini…»

Même au secondaire, le marché du travail est attrayant pour les adolescents. «À mon époque, aucun joueur ne travaillait. Maintenant, il faut composer avec ça. Les gars veulent se payer un cellulaire, ils veulent avoir leur permis de conduire le plus vite possible. Ça complique les choses», confirme Hugo Gélinas, du Séminaire Saint-Joseph, qui reprend un peu les mots de Dussault sur l’engagement plus difficile à vendre de nos jours. «L’effort est plus difficile à obtenir des jeunes, ça c’est sûr. On en voit qui se découragent, qui préfèrent aller vers d’autres sports, ou même vers les jeux électroniques. Je trouve ça plate, notre sport a tellement à offrir. Il s’est ajusté, aussi. On pratique un peu moins, les pratiques sont plus courtes. Pour les plus jeunes, il n’y a pas de contact dans les pratiques, et c’est très ludique. Il fallait se renouveler un peu, on l’a fait. Mais très peu en parlent…»

Tout ça fait en sorte que la pyramide vacille. Pour l’automne 2019, pas de souci, les Diablos seront très compétitifs. Mais à moyen terme, Dussault ne cache pas son inquiétude. «On a déjà commencé à recruter à l’extérieur, on a même des gars de la France. Le problème n’est pas régional, il est beaucoup plus étendu. Je parle avec des amis en Estrie, ils vivent pas mal la même chose. Faut trouver des solutions!»

Évidemment, les Diablos pourraient mousser eux-mêmes leur produit cet automne s’ils décrochaient un premier Bol d’Or depuis 2006…