Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Christian Bronsard a l’intention d’encadrer cette photo. Un espace de choix lui a été réservée dans son «temple de la renommée» personnel.
Christian Bronsard a l’intention d’encadrer cette photo. Un espace de choix lui a été réservée dans son «temple de la renommée» personnel.

Une photo pour Christian Bronsard

CHRONIQUE / Nous avons reçu une demande plutôt inusitée, la semaine dernière, au journal.

Christian Bronsard, un type que personne n’a oublié dans l’Île de Hull, était à la recherche d’une vieille photo.

Cette photo, nous l’avions publiée le jeudi 1er mai 1997. La veille, à Chicoutimi, les Olympiques avaient remporté la coupe du Président pour la quatrième fois de leur histoire. Une belle victoire, parce qu’elle annonçait quelque chose d’encore plus grand.


« «Ce trophée-là, je l’ai tenu dans mes mains pendant 15 secondes. Je ne l’ai plus jamais revu» »
Christian Bronsard

Personne n’a oublié ce fameux printemps, non plus, dans l’Île. Le dimanche 18 mai 1997, les Olympiques ont complété, sur leur propre patinoire, leur première - et unique - conquête de la Coupe Memorial.

Bronsard conserve des tas de souvenirs de toute cette aventure. Il ne lui en manquait qu’un.

On a retrouvé la photo qu’il cherchait, dans nos archives, sous une épaisse couche de poussière. Une petite photo toute simple, en noir et blanc. On le voit qui tient dans ses mains le minuscule trophée Guy-Lafleur. Il venait de le remporter, à titre de joueur par excellence des séries éliminatoires dans la LHJMQ.

«Ce trophée-là, je l’ai tenu dans mes mains pendant 15 secondes. Je ne l’ai plus jamais revu», m’a expliqué Bronsard, lundi, quand je l’ai rejoint chez lui, en Mauricie.

L’homme, qui est aujourd’hui âgé de 42 ans, a l’intention d’encadrer cette photo. Un espace de choix lui a été réservée dans son «temple de la renommée» personnel.

«Je ne pense pas avoir aussi bien goalé, par la suite, durant le reste de ma carrière», de résumer celui qui a roulé sa bosse pendant 11 saisons, après avoir quitté l’Outaouais.

Il a joué dans la défunte Ligue internationale, dans la Ligue américaine, dans la Ligue East Coast...

Il a joué en Allemagne, en Russie, en Angleterre, en France...

«J’ai eu la chance de gagner d’autres championnats. Quand j’ai fait le choix d’aller en Russie, j’ai ouvert la porte à un super calibre de jeu. J’ai bougé beaucoup. J’ai appris toutes sortes de langues, j’ai côtoyé des gens qui avaient toutes sortes de coutumes. J’ai eu un bon cheminement.»

«Mais rien n’égale la Coupe Memorial», précise-t-il.

«Ils disent que c’est un trophées les plus difficiles à gagner, dans tous les sports. Tu ne peux juste pas l’oublier. On avait une gang de gars qui étaient prêts à aller à guerre, tous les soirs, les uns pour les autres.»

Le trophée Guy-Lafleur est là pour nous rappeler que les «guerriers» n’auraient probablement pas complété leur mission sans leur gardien qui multipliait les arrêts spectaculaires dans les matches les plus importants.

Bronsard a joué un peu partout et il a su conserver de bonnes statistiques, partout où il est passé. Il n’a cependant jamais eu l’opportunité de jouer un seul «vrai» match dans la Ligue nationale.

Sur la liste des lauréats du trophée Guy-Lafleur, il côtoie des légendes. Dale Hawerchuk, Pat LaFontaine et Luc Robitaille l’ont gagné. Les Lemieux - Alain, Mario et Claude - l’ont gagné. Félix Potvin et José Théodore l’ont gagné.

Sidney Crosby l’a gagné.

«En finale de la Coupe du président, nous avons éliminé les Sags. Il y avait un très bon gardien à l’autre bout. C’était Marc Denis. Il y avait des ouï-dire, durant la finale. Des gens disaient que j’étais en lice pour gagner ce trophée. Moi, j’avais toujours l’impression d’être un nobody, un no-name. Je me répétais que j’étais juste là pour aider mon équipe.»

Cette conversation, on vous le rappelle, a été rendue possible parce que Christian Bronsard cherchait une photo.

Ça faisait un certain temps, même, qu’il fouillait.

«J’avais laissé des messages un peu partout. Je n’obtenais jamais de réponses.»

C’est juste pour dire, les temps ont changé.

C’est quand même drôle. Si le trophée Guy-Lafleur avait été décerné, cette année, son récipiendaire n’aurait jamais eu ce problème.

Quand je dis que l’Île de Hull n’a pas oublié Bronsard, au fond, c’est parce que 1997, ce n’est pas si loin, dans le temps.

C’est quand même un peu loin, quand on pense qu’à l’époque, les gens qui assistaient aux matches n’étaient pas tous munis de caméras miniatures capables de transmettre des photos et des vidéos à travers le monde en temps réel.

Bronsard était un adolescent, en 1997. Aujourd’hui, il élève deux jeunes adolescentes.

Les deux filles sont à la fois sportives et curieuses. Il leur arrive de poser des questions sur le passé sportif de leur père. Notre vieille photo en noir et blanc servira, peut-être, à raconter de nouvelles histoires.