Steve Turcotte
Léo a fait le plein d’air frais, de soleil et d’élans, notamment sur le trou numéro 2 à Louiseville.
Léo a fait le plein d’air frais, de soleil et d’élans, notamment sur le trou numéro 2 à Louiseville.

Une parcelle de bonheur!

Le gouvernement a bien choisi sa journée pour déconfiner le golf.

C’était du soleil mur à mur en ce mercredi, avec une bonne vingtaine de degrés pour agrémenter cette première sortie sur les allées. Allées qui ne sont pas toutes parfaites, il faut bien l’admettre. Mais qui s’en souciait réellement?

Pour plusieurs, cette ronde de golf était une première sortie en public depuis des lunes. Ce n’est pas un grand secret d’État, la clientèle des clubs est composée majoritairement de «sages», comme les a surnommés François Legault ce printemps. Pile dans le groupe cible à protéger de cette fichue pandémie.

Mon papa fait partie de ceux qui ont suivi religieusement les consignes d’isolement volontaire depuis presque trois mois. Il arrive à 79 ans. Il a beau être en excellente forme physique, pas de chance à prendre avec cette sale bibitte. D’autant plus qu’il prend soin de sa femme, dont la santé est plus fragile. Alors Léo est resté sagement à la maison pendant tout ce temps.

Son moral était à la baisse ces dernières semaines. Mais mercredi, le temps de quelques élans, il a oublié ses soucis.

J’ai eu le privilège de l’accompagner sur les links de Louiseville. Il fut un temps où nous pouvions jouer jusqu’à une centaine de rondes par année ensemble sur ce terrain de la famille Rousseau. Plus les enfants ont poussé à la maison, moins j’avais de temps pour le golf ces 13 dernières années. Avec maintenant trois héritiers à bord, je ne joue plus que deux ou trois rondes par année mais je me débrouille toujours pour au moins lancer la nouvelle saison avec mon paternel.

Normalement, on jase de hockey. Des Cataractes, du Canadien, de P.K. Subban. Pas trop de nouvelles fraîches de ce bord-là ces temps-ci, hein? Il y a eu forcément moins de discussion. Pas grave. Chacun, on savourait le moment. Pour lui, c’était enfin l’occasion de sortir un peu de la maison. Pour moi, de me créer une petite parcelle de bonheur le temps d’un après-midi.

Personne n’a battu de record. Léo a joué sa moyenne habituelle. Moi, mon fer droit m’a martyrisé. Mais bon, au dernier trou, une normale quatre de 320 verges, j’ai coupé le coin et avec un petit vent de dos, hop ma balle s’est installée miraculeusement sur le vert. J’avais un roulé d’une dizaine de pieds pour un aigle! Je ne l’ai pas calé mais je suis quand même sorti de là avec un oiselet. Je l’avoue, j’ai dansé! Au golf, il y a toujours un coup, ou un trou, qui te donne envie d’y revenir…

Mon père me l’a d’ailleurs fait remarquer en sortant du club. J’ai compris le message. Avant la fin des classes, promis je trouverai bien un autre moment pour y retourner avec lui. Va falloir réserver plusieurs jours d’avance, paraît que les clubs de la région débordent de clients.

Tant mieux.

Les propriétaires ont toute mon admiration d’opérer des entreprises à la merci de Dame Nature. Fallait en plus que la COVID-19 vienne s’en mêler, et réduise au minimum leurs opérations. S’il y a une plus grande affluence, ça va compenser un peu pour la perte de revenus liée à la restauration, au bar et aux tournois.

Le golf est un sport merveilleux lorsqu’on a un peu de temps à y consacrer. En 2020, j’ai l’impression qu’il va aussi servir de tonique pour des milliers de Québécois…