Un nouveau casque permettrait de réduire la force d'impact d'un coup à la tête.

Une innovation pour réduire les risques de commotions?

Il est trop tôt pour parler d'une révolution dans la lutte que mènent les intervenants du football contre les commotions cérébrales, mais pour Claude Trudel et Jimmy Thompson, une partie de la solution se trouve peut-être dans la démocratisation d'un protecteur nommé le Guardian Cap.
La démarche de Claude Trudel et Jimmy Thompson a déjà convaincu les dirigeants de la commission scolaire de l'Énergie, qui ont commandé 225 casques pour leurs équipes de football en vue de la prochaine saison.
Enveloppe de casque à coquille molle, il réduirait, selon des études menées aux États-Unis ces dernières années, la force d'impact d'un coup casque contre casque de plus de 30 %.
Agissant à titre de distributeurs dans l'est du Canada pour la compagnie américaine Guardian, basée à Atlanta, les deux complices ont déjà convaincu les dirigeants de la commission scolaire de l'Énergie de la pertinence d'une telle protection. Un point de presse est d'ailleurs prévu jeudi matin à l'école secondaire Des Chutes, à Shawinigan, pour confirmer l'achat de 225 protecteurs.
La commission scolaire devient ainsi la première instance du monde de l'éducation à emboîter le pas au Québec. Chez nos voisins du sud par contre, le Guardian Cap a déjà fait ses preuves: environ 40 000 joueurs du secondaire l'utilisent lors des entraînements et quatre universités (Clemson, Université du Massachusetts, Caroline du Sud et Temple) ont aussi été conquises par cette méthode de rembourrage extérieur.
Pour l'instant, on s'en sert très peu lors de rencontres officielles, mais puisque de l'avis de plusieurs observateurs la plupart des commotions surviennent durant les pratiques - et impliquent davantage les joueurs de ligne ainsi que ceux sur les unités spéciales - des conclusions probantes ont été constatées.
«Nous ne reconnaissons, à ce jour, aucun produit qui peut empêcher le risque de commotion cérébrale», prévient la compagnie sur son site Web. «Par contre, nous pouvons affirmer que notre produit aide à réduire la force d'impact d'un coup.»
Testé et approuvé
Le Guardian Cap, qui ne pèse que sept onces, fut testé par deux équipes en laboratoire. Il s'agit de chercheurs de la Wayne State University et du laboratoire Oregon Balistic. Plus de 2000 protecteurs ont par la suite été distribués pour des essais au cours des trois dernières années.
Le Guardian Cap est aujourd'hui approuvé pour utilisation par la National Federation of State High School Association (NFHS). La compagnie a vendu 20 000 pièces depuis le lancement de son produit. «Et on espère que ce n'est qu'un début», lance Claude Trudel, qui travaille sur le projet de distribution dans l'est du pays depuis un mois et demi. Lui et Thompson entameront d'abord leur campagne de séduction en Mauricie.
«Je compare ça aux coussins gonflables dans les voitures, illustre Trudel. Il y a quelques dizaines d'années, on ne croyait pas à l'utilité de ces éléments de protection alors qu'aujourd'hui, c'est obligatoire. C'est évident pourtant, ça nous protège des impacts! Il y a beaucoup d'éducation à faire et je ne pense pas que ça passe par l'abolition de la discipline ou de sa restructuration.»
Trudel faisait ainsi référence à la décision de la commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, au début du mois de février, d'abolir le football avec contact pour les moins de 14 ans. «Nous, on est en mode solution, mais de façon proactive», mentionne Jimmy Thompson.
«À la suite du reportage d'Enquête à Radio-Canada, j'ai perdu tout près de 20 jeunes du niveau benjamin à l'école Des Pionniers. Une chance que mon programme se porte bien, parce que ça aurait pu avoir des conséquences désastreuses. Au primaire, on coupe des équipes au lieu de tenter de chercher une alternative qui rassurera les parents.»
«Pourtant, on a prouvé qu'il protège la tête, mais aussi toutes les parties du corps où le casque de l'adversaire frappe le jeune, dit Trudel. Les reportages diffusés aux États-Unis sont assez unanimes à ce chapitre. Si on popularisait ce protecteur au Québec pendant nos entraînements, on constaterait des résultats positifs dès la première année.»
Tout en admettant retirer un certain capital de ces ventes, les deux Trifluviens assurent néanmoins que l'objectif principal de leur démarche consiste à garantir la sécurité des jeunes. «On le fait pour l'amour du football.»
En chiffres
Un joueur de football scolaire reçoit en moyenne 650 coups à la tête chaque saison (Dr. Sanjay Gupta, CNN).
Un joueur de ligne au secondaire recevrait entre 1000 et 1500 coups à la tête chaque saison.
5 à 10 % des athlètes, tous sports confondus, seront victimes d'une commotion cérébrale cette année.
75 % des commotions cérébrales au football surviennent lors des entraînements (Sports Legacy Institute).
Chaque protecteur est vendu 65 $ l'unité.
Football Québec tend l'oreille
Trudel et Thompson ont déjà rencontré les instances de Football Québec, qui se sont dites intéressées par le projet. La réponse serait également favorable chez plusieurs parents. Thompson prévoit en discuter avec l'entraîneur du Rouge et Or, Glen Constantin, ce week-end. «On compte aussi présenter le produit aux écoles privées ainsi qu'au circuit civil.»
Ils sont aussi en attente d'une réponse du RSEQ Mauricie.
Le Guardian
Enveloppe de casque à coquille molle.
Se fixe à la protection faciale grâce à quatre bandes élastiques.
7 onces.
4 couleurs: noir, rouge, argent ou camouflage.
Résistant à l'eau.
Isole des températures froides et chaudes.
Durée de vie allant de deux à cinq ans, dépendamment de la position occupée par le joueur.