Jonathan Marchessault, auteur de 30 buts la saison dernière, était libre comme l'air à la fin de son stage junior. Le Canadien l'a aussi laissé passer l'été dernier alors qu'il était disponible pour une bouchée de pain sur le marché des joueurs autonomes.

Une équipe comme les autres

COMMENTAIRE / J'ai grandi en admirant le Canadien. Deux raisons faisaient de moi le gamin le plus fier partisan de la Terre. Primo, avec ses 24 coupes Stanley, c'était l'équipe la plus dominante de son sport. Bien sûr, plusieurs de ces conquêtes appartenaient au passé, mais j'ai quand même vu les Glorieux la soulever en 1986 et en 1993.
Secundo, il y avait plusieurs Québécois dans cette équipe, assez en tout cas pour faire une tournée de balle molle l'été! Ces gars-là étaient tellement fiers de porter cet uniforme, je peux vous dire que j'ai gagné des dizaines de coupes Stanley à leurs côtés dans mon pays imaginaire derrière la maison, où mon père passait des heures à nous confectionner une patinoire. 
Tout ça appartient au passé. Le Canadien est devenu une équipe comme les autres. Depuis le départ de Patrick Roy, la feuille de route est assez gênante sur la glace. L'arrivée de Marc Bergevin, porteuse d'espoir, n'a rien changé.
En cinq saisons, trois petites rondes gagnées sous son règne. Et une exclusion des séries. Pour n'importe quelle concession, c'est fade. Pour la franchise la plus prestigieuse de son sport, ça devrait être inacceptable. Pourtant, Bergevin est toujours bien en selle, tous ses lieutenants aussi. Et le centre Bell reste rempli à craquer, comme quoi les partisans sont aussi résignés que Geoff Molson. C'est triste. 
La bagarre sur le caractère francophone de l'équipe est elle aussi perdue. Ce week-end, le Canadien n'a pas repêché de Québécois pour la deuxième année d'affilée, une première en plus de 100 ans d'histoire. Les rares personnes qui ont dénoncé la situation sont vues comme des dinosaures, incapables d'accepter que le hockey se soit mondialisé. 
Personnellement, je ne critiquerai pas Trevor Timmins pour l'exercice du week-end, je ne connais pas assez les joueurs de la NCAA, de la OHL, de la WHL et de l'Europe pour les comparer à nos p'tits gars d'ici. 
Ce que je sais par contre, c'est que les Ducks d'Anaheim, dont la feuille de recrutement est assez étoffée merci depuis une décennie, ont décidé samedi de parier sur Maxime Comtois et Antoine Morand en deuxième ronde, deux amis qui ont dominé le hockey mineur ensemble.
L'an passé, le Canadien avait ébruité son intérêt pour Samuel Girard mais Marc Bergevin s'était servi de ses deux choix de deuxième ronde pour se payer Andrew Shaw en début de journée...
L'année précédente, Anthony Beauvillier était encore dans les gradins quand Timmins a choisi Noah Juulsen. Beauvillier a ensuite participé au championnat du monde junior à 18 ans, pas Juulsen. L'an dernier, Juulsen était dans le junior, Beauvillier dans la LNH. Et il a terminé la saison dans le top 6 des Islanders. 
Ces exemples servent uniquement à démontrer que le Canadien ment lorsqu'il prétend avoir un préjugé favorable pour les patineurs du Québec. Dois-je vous rappeler que les Predators de Nashville et le Lightning de Tampa Bay pigent plus souvent ici que Timmins? 
Le Canadien n'est pas plus actif concernant les agents libres. Jonathan Marchessault, Frédérick Gaudreau et Yanni Gourde sont les plus récents cas de gars d'ici qui pouvaient être signés pour une bouchée de pain.
Avant eux, les Pascal Dupuis, Alexandre Burrows, et autres Marc-André Bergeron ont eux aussi obtenu une chance ailleurs. C'est quand, la dernière fois, que le Canadien a pris une chance avec un jeune joueur autonome québécois sortant du junior? Si ma mémoire est bonne, il faut remonter jusqu'à David Desharnais. Un bon coup. Difficile de comprendre pourquoi le Canadien se laisse aussi facilement damer le pion dans ce rayon. 
Je sais, ceux qui défendent toujours Bergevin, peu importe ses décisions, vont m'écrire que notre hockey en arrache. Qu'on produit de moins en moins de joueurs pour la LNH. C'est vrai. Mais c'est un peu trop commode à mon goût de s'en servir pour expliquer pourquoi une organisation a complètement délaissé l'un des ingrédients à la base de ses 24 championnats. Jonathan Drouin va trouver l'hiver prochain qu'il est bien seul pour tenir bien haut le flambeau. 
Mais bon, le Temple est plein, hein?