Tali Darsigny étudie au doctorat en chiropratique à l’UQTR.
Tali Darsigny étudie au doctorat en chiropratique à l’UQTR.

Une championne inconnue sur le campus de l’UQTR

TROIS-RIVIÈRES — Originaire de la Montérégie, Tali Darsigny l’admet en souriant: elle figure parmi les athlètes de pointe les moins connues à étudier sur le campus de l’UQTR. Pourtant, cette haltérophile, qui se dirige vers une carrière en chiropratique, est une multiple championne canadienne de son sport.

«Je viens du coin de Saint-Hyacinthe et je ne suis pas membre d’une équipe des Patriotes», convient d’emblée la jeune femme de 22 ans, dont les espoirs de participer aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021 demeurent bien vivants.

Quand elle ne se trouve pas sur les bancs d’école, à la clinique ou dans son patelin, à s’entraîner sous la supervision de son père et entraîneur Yves Darsigny, Tali passe plusieurs heures chez Synergy Performance, à Trois-Rivières. Elle y donne des cours aux deux semaines.

Ça l’aide à payer ses déplacements pour les compétitions internationales. Et il y en a quelques-unes dans ce sport où le dopage fait malheureusement encore trop de dégâts. Un calendrier chargé permet, entre autres, de mieux contrôler les athlètes.

«À 4000$ du voyage, ça monte vite», concède l’étudiante, qui a retrouvé les membres de sa famille pendant la période de confinement. Elle a bouclé son ultime examen de session mercredi. Plus qu’un travail à remettre et après, c’est l’inconnu. Comme pour bon nombre d’entre nous.

«J’ai l’habitude de jongler avec un horaire assez strict, sauf que présentement, on ignore ce qui nous attend dans les compétitions. Ce n’est pas évident, mais tout le monde est dans le même bateau.»

Du patin aux haltères

Tali et ses deux frères étaient destinés à suivre les traces de leurs parents, deux haltérophiles qui, vous le devinez, se sont rencontrés grâce à cette discipline.

«Je pratiquais le patinage artistique depuis quelques années quand mon père a décidé, à 8 ans, qu’il me faisait découvrir l’haltérophilie. J’ai commencé tranquillement: à cet âge, quand tu inities un enfant, c’est la coordination et l’aspect technique que tu travailles, pas la force pure.»

Vinrent ensuite les Jeux du Québec et son premier championnat canadien, les deux en 2011. «Je n’ai jamais raté le podium au canadien», souligne-t-elle.

La petite fille d’à peine 26 kilos qui avait commencé dans ce sport en soulevant des haltères de 17 kilos s’est vite imposée comme l’une des meilleures de son groupe d’âge au pays. Les amitiés développées en cours de route l’ont incitée à poursuivre son cheminement.

Aujourd’hui, elle se classe au sein de l’élite mondiale chez les 59 kg, une catégorie contingentée où la compétition est relevée.

Ses records jusqu’ici? Elle a soulevé 94 dg à l’arraché, 112 kg à l’épaulé-jeté. Son meilleur pointage au cumulatif s’élève à 204 kg. À l’arraché (94 kg), aucune Canadienne de sa catégorie de poids n’a fait mieux qu’elle, tous âges confondus.

Un virus trop costaud

Si Tali Darsigny avait pu prendre part au Championnat canadien senior cette année, elle aurait visé un cinquième titre d’affilée. Le coronavirus en a décidé autrement.

Le fichu microbe a aussi eu raison des qualifications continentales en vue des Olympiques qui, rappelons-le, étaient prévus pour cet été, avant d’être reportés à l’an prochain. Une autre déception pour celle qui tentait de chasser de sa tête les mauvais souvenirs du Championnat mondial de 2019, en Thaïlande, où elle avait offert une contre-performance (18e), selon ses dires.

«Je respectais tous les critères: un bon résultat aux qualifs en République dominicaine aurait pu m’ouvrir les portes des Jeux, même si rien n’était gagné d’avance.»

Comme tous les sports, la Fédération internationale d’haltérophilie regarde ses options pour la suite des choses. En ce moment, Tali Darsigny raterait de peu sa qualification olympique, mais si elle a la chance de renouer avec la compétition dans les mois à venir, les possibilités augmenteraient de beaucoup.

«Il y a une Colombienne devant moi, mais son pays a déjà reçu trois tests positifs pour dopage. La Colombie pourrait donc être suspendue des Jeux en haltérophilie. Un comité se penche là-dessus, mais ça ne veut pas dire qu’ils seront pénalisés. Le mieux que je puisse faire présentement, c’est de poursuivre mon entraînement chez mes parents, en attendant le déconfinement.»

Encore 4 ans à l’UQTR

À 22 ans, Tali Darsigny se situe parmi les jeunes haltérophiles de la scène internationale, du moins dans sa catégorie de poids. On peut dire que c’est la même chose à l’université avec son doctorat de premier cycle en chiropratique, qu’elle a entamé en septembre 2018.

«Je suis passée directement du cégep à la chiropratique, sans cours crédité. J’ai eu de la misère au début. Alors que j’avais l’habitude des très bonnes notes depuis le secondaire, je me retrouvais dans une situation plus difficile, avec l’entraînement, les compétitions et les cours. J’ai donc choisi de ventiler mon programme sur six ans au lieu de cinq.»

Ça lui permettra d’entretenir son rêve olympique... que ce soit en 2021 à Tokyo ou en 2024, à Paris.

«C’est certain que je vais continuer si ça ne fonctionne pas dans ce cycle! Je veux aller aux Jeux», assure celle qui a pour modèles les Christine Girard, Annie Moniqui, Marilou Dozois-Prévost, Maryse Turcotte et Marie-Ève Beauchemin-Nadeau.

«Dans le cas de Maryse et Marie-Ève, c’est d’autant plus vrai que ce sont deux filles ayant étudié dans le milieu de la santé, comme moi, et qui sont au front en ce moment pour combattre la pandémie.»