Alex Burrows va amorcer sa seconde carrière dans le hockey avec le Rocket à Laval.

Une carrière forgée dans l’acharnement

CHRONIQUE / La première fois que j’ai eu le privilège de mettre les pieds dans le vestiaire des Cataractes, c’était en 2000. Affecté à la couverture quotidienne de la plus vieille franchise de la LHJMQ, mon distingué confrère Guy Veillette avait été rappelé en renfort par le général pour donner un coup de main à la campagne électorale.

Je me souviens très bien qu’Anthony Quessy était le grand chef de cette chambre, au milieu de plusieurs coqs comme Marc-André Bergeron, Dominic Forget, Jean-François Dufort, Jason Pominville et Jonathan Bellemare. Les Cataractes alignaient possiblement leur meilleur alignement de l’histoire de la concession en 2000-01.

Sur le quatrième trio, il y avait une recrue de 19 ans, Alex Burrows, qui servait de valet à ces vedettes. Qui aurait cru, à ce moment-là, que Burrows aurait l’une des plus belles carrières parmi ce groupe?

À 20 ans, alors que la majorité de ces gars-là avaient terminé leur stage junior, il avait failli abandonner le hockey, préférant participer au championnat du monde de hockey-balle plutôt qu’au camp d’entraînement. Denis Francoeur avait été bon joueur, il l’avait excusé du camp et il l’avait repris à son retour. Il a connu une grosse saison à 20 ans, ce qui lui a permis d’obtenir une chance chez les pros, où il a fait ses adieux vendredi matin après un parcours de 16 saisons, dont 13 dans la LNH.

Cette feuille de route, Burrows se l’est forgé lui-même. Les premières campagnes ont été rudes dans la East Coast League, avec des passages à Greenville, Baton Rouge et Columbia. Pour en sortir, Burrows a compris qu’il devait être prêt à changer son style de jeu et il est devenu une peste. Une vraie de vraie.

Pas le plus grand, ni le plus costaud, Burrows n’a jamais choisi ses clients à partir de là. Les Canucks ont fini par le remarquer et lui donner une chance avec le grand club. Lentement mais sûrement, Burrows a alors montré qu’il pouvait être davantage qu’un allumeur. Son style abrasif était un complément parfait aux jumeaux Sedin, avec qui il a formé un trio redoutable pendant plusieurs années. Burrows, qui n’a pas été repêché, s’est offert quatre saisons de plus de 25 buts d’affilée entre 2008 et 2012. Wow!

Dans les dernières années, en fin de carrière, il avait repris son rôle de col bleu. Il était évidemment moins fringant. Il tenait quand même son bout dans cette ligue maintenant axée sur la jeunesse et la rapidité.

Les Sénateurs ont décidé néanmoins de racheter son contrat plus tôt cet été pour sauver des sous. Burrows aurait pu s’accrocher, et donner le mandat à son agent de lui trouver à rabais un dernier contrat pour boucler la boucle autrement.

Il a préféré entamer le deuxième volet de sa carrière dans l’univers du hockey en acceptant un job d’adjoint chez le Rocket de Laval dans la Ligue américaine. Ce n’est pas le poste le plus glamour, vous en conviendrez. Mais Burrows veut s’établir sur des bases solides, et il est prêt à commencer au bas de l’échelle. Il est à la bonne place pour apprendre le métier aux côtés de Joël Bouchard, un entraîneur chevronné. Ce dernier avait fait la même chose, en secondant d’abord Pascal Vincent puis Jean-François Houle avant de prendre la barre de l’Armada. Cette patience lui a permis d’être fin prêt quand est venu le temps de voler de ses propres ailes et aujourd’hui, bien des gens le voient comme un potentiel successeur à Claude Julien. Comptez sur Burrows pour, lui aussi, soutirer le maximum de sa nouvelle réalité. Sa première carrière a été forgée dans l’acharnement. Une bonne recette, qui lui a permis d’engranger une bonne vingtaine de millions $ en jolis billets de l’Oncle Sam!

Un moule différent
Par ailleurs, la retraite de Burrows met un terme à une longue association professionnelle avec Paul Corbeil. Comme Marc-André Bergeron et d’autres joueurs de sa génération, Burrows a été fidèle à l’agent qui s’est battu pour lui ouvrir les portes. Beau temps, mauvais temps.

Disons que la nouvelle génération n’est pas aussi reconnaissante du travail accompli. Ces dernières années, quelques joueurs ont faussé compagnie à Corbeil quand ils ont atteint la LNH et que d’autres agents, soudainement, tournaient autour d’eux. Évidemment, ce n’est pas le seul agent à vivre ce genre de déceptions. La représentation des joueurs de la LNH, c’est une jungle où tous les coups sont permis. Mais pour un gars comme Corbeil, qui fait des relations interpersonnelles une priorité, et qui se donne comme mission de vendre des joueurs qui passent sous les radars, certainement que le manque de loyauté doit l’affecter plus que d’autres. Dommage car le jour où il se fatiguera de cette réalité, les hockeyeurs québécois vont perdre tout un allié.