Yves Hamelin (Saint-Séverin) et Éric Bédard (Sainte-Thècle) contribuent beaucoup à la hausse de popularité du patinage de vitesse courte piste dans les provinces de l'Ouest canadien, où le nombre d'entraîneurs et d'athlètes a doublé depuis leur entrée en poste à l'Ovale olympique de Calgary.

Un peu de Mékinac à Calgary

Il y a environ deux ans, Éric Bédard rentrait au Canada après un exil de plusieurs années qui l'avait mené dans trois pays européens. Après une prolifique carrière d'entraîneur, l'ex-olympien originaire de Sainte-Thècle était en quête d'un nouveau défi.
Quelques semaines plus tard, c'est un fils de Saint-Séverin, Yves Hamelin, qui allait exaucer son voeu en l'enrôlant dans son équipe, à l'Ovale olympique de Calgary. Ensemble, les deux athlètes ayant grandi dans la MRC de Mékinac uniraient leurs forces pour l'amour de leur sport, le patinage de vitesse courte piste.
«Je cherchais un leader technique pour développer le courte piste à notre centre d'excellence. Éric cadrait bien avec ce profil et encore aujourd'hui, il endosse nos principes. On a fait des pas de géant depuis vingt mois et c'est en grande partie grâce à lui», expliquait Yves Hamelin, récemment, dans une entrevue au Nouvelliste.
En Mauricie, tout le monde connaît Éric Bédard, le premier athlète de la région à avoir décroché une médaille olympique. Ça se passait à Nagano, en 1998. Son palmarès aux Jeux est d'ailleurs épatant: quatre médailles, dont deux d'or avec le relais canadien.
Tout cela dans le cadre de trois Olympiades. Il a poursuivi son implication une fois sa carrière terminée, cette fois comme entraîneur, dirigeant les équipes nationales de l'Allemagne, de l'Italie et de la France. En Italie, Bédard a révolutionné sa discipline, guidant la sélection vers un record national de trois podiums à Sotchi.
Suivre ses fils
Yves Hamelin ne mise pas sur le même C.V. sur le plan de la réussite sportive, mais il n'en demeure pas moins un pionnier en patinage courte piste. Cette discipline, il l'a apprivoisée sous l'impulsion de ses fils Charles, François et Mathieu.
«Les gars ont commencé au club de Sainte-Julie, qui était un des deux seuls sur la Rive-Sud de Montréal à l'époque. Comme plusieurs parents, je me suis impliqué dans l'association comme entraîneur.»
Plus les années passaient, plus les frères Hamelin accumulaient les succès, motivés qu'ils étaient par les réussites internationales d'idoles comme Marc Gagnon et... Éric Bédard. 
Le paternel du clan Hamelin, qui gagnait alors sa vie dans le milieu de l'aéronautique, peaufinait lui aussi ses connaissances. Athlète naturel, il s'est toujours intéressé à la machine de l'être humain.
«J'avais déjà un bon bagage par rapport aux programmes d'entraînement, que ce soit en course à pied, en ski de fond ou en patinage. J'ai aidé le club à se structurer. Je suis fier de dire que nous avons développé plusieurs bons patineurs à Sainte-Julie.»
Les plus connus étant bien sûr Charles et François, de multiples médaillés olympiques. Charles, l'aîné, est une véritable figure de proue de son sport partout au pays et forme, avec sa copine Marianne, elle aussi une patineuse de courte piste, l'un des couples les plus populaires chez les athlètes canadiens.
«Étonnamment, ça ne parle pas beaucoup de patin autour de la table dans nos réunions familiales», sourit Yves Hamelin. «On baigne là-dedans à l'année longue alors on en profite pour changer de sujets!»
Après avoir occupé les fonctions de directeur du programme national de courte piste pendant huit ans (de 2006 à 2014), Yves Hamelin a accepté un poste de direction à l'Ovale olympique, dans l'Ouest canadien. À son départ, plusieurs ont salué ses réalisations, que ce soit pour l'établissement des installations permanentes réservées au courte piste à Montréal ou les 294 podiums internationaux, dont huit aux Olympiques de 2010 et 2014.
Des chemins qui se croisent
Éric Bédard et Yves Hamelin ne se connaissaient pas avant que le premier ne déménage à Rivière-du-Loup, en 1992, pour parfaire son développement. Là-bas, l'orgueil de Sainte-Thècle patinait sous l'égide de Marcel Lacroix, aujourd'hui directeur du département du longue piste à l'Ovale de Calgary.
«Je l'ai surtout connu à Montréal, où il avait une influence très positive sur la relève, note Yves Hamelin en parlant de Bédard. Par la suite, je l'ai suivi dans son cheminement vers Nagano. À partir de là, nous avons toujours été assez proches. Quand tu y penses, c'est vrai que c'est spécial de voir deux gars de la région de Mékinac aux commandes des activités à l'Ovale olympique!»
Car Hamelin se sent encore comme un gars de la Mauricie, même s'il a quitté son village à 18 ans. «Je suis encore très attaché à Saint-Séverin. Mes amis, mes cousins et plusieurs membres de ma famille y vivent toujours, dans le village ou dans la grande région de Trois-Rivières. J'essaie d'y aller une fois par année.»
Comme Éric Bédard, il n'oublie pas ses racines.
Bédard ne regrette rien
Faire le saut dans le monde administratif aura été salutaire pour Éric Bédard, qui ne regrette pas sa décision d'avoir accepté l'offre proposée par Yves Hamelin de le rejoindre à Calgary, en janvier 2015.
«Je mentirais si je disais que je ne m'ennuie pas du coaching», indique le quadruple médaillé olympique. «Il n'y a rien de plus intense que de remporter une médaille aux Jeux ou de voir un de tes protégés y parvenir. Je ne pense pas qu'une émotion égale ce ressentiment.»
Qu'à cela ne tienne, Éric Bédard a trouvé sa niche à l'Ovale olympique, où il a entrepris une petite révolution dans l'art de préparer les athlètes de patinage de vitesse courte piste. En fait, il a amené une nouvelle philosophie.
«Quand je suis arrivé, il n'y avait pas de technicien de lame ni de nutritionniste. Il fallait changer certaines choses et je suis heureux que tout le monde ait embarqué dans mon projet. Je chapeaute le travail de quatre entraîneurs, d'un programme sport-études jusqu'au volet universitaire. Dans tous nos départements, nous sommes en croissance.»
Vérification faite auprès d'Yves Hamelin, le nombre d'athlètes et d'entraîneurs impliqués dans le patinage courte piste a doublé dans l'Ouest canadien au cours des dernières années. Le mentorat effectué par Éric Bédard n'est pas étranger à cette hausse de popularité pour une discipline ayant toujours été dans l'ombre du patinage longue piste, du moins dans cette région du pays.
«Chaque fois qu'ils nous voient, les officiels du Québec nous félicitent. Ils nous disent qu'il se passe quelque chose de bon dans l'Ouest canadien. Pourtant, on n'a pas réalisé de miracle, on fait juste comprendre aux jeunes qu'ils ont la capacité de récolter du succès.»
Bédard envoie de plus en plus de ses patineurs vers le centre national de Montréal, situé à l'aréna Maurice-Richard. Mais il reste encore du chemin à faire. En ce sens, il rappelle qu'en Europe, les meilleurs pays ne misent que sur une base de 500 patineurs et pourtant, certains d'entre eux, comme l'Italie, parviennent à monter sur les podiums.
«Si eux le font, pourquoi pas nous avec nos 2500 patineurs répartis dans l'Ouest canadien? C'est cette mentalité que je compte implanter. Je veux augmenter la représentation des athlètes du courte piste.»
Sinon, il assure couler des jours heureux dans la métropole albertaine... et ce, en dépit du prix des maisons! «Il n'y a pas grand-chose en bas de 500 000 $, c'est pour ça que je préfère louer une maison. Mais je n'ai pas à me plaindre, je suis à environ 90 minutes des Rocheuses et les enfants de ma conjointe fréquentent l'école francophone.»
Quand il revient au Québec, à raison de quatre ou cinq fois par année, il bifurque souvent vers le Complexe sportif Alphonse-Desjardins, où il collabore avec l'entraîneur des Élans de Trois-Rivières, Steven Bernard, pour la planification des entraînements. En quelque sorte, il redonne à sa région.