Qui a de l'appétit pour un match hors-concours disputé entre l'équipe C des Bruins et l'équipe B du Canadien, avec des billets à des prix aussi élevés?

Un manque d'appétit normal

CHRONIQUE - Le Centre Vidéotron était rempli à moitié pour le match préparatoire du Canadien lundi et j'ai lu sur les médias sociaux des gens critiquer l'absence de passion des amateurs de la Vieille Capitale.
Pourtant, rien de plus normal. Qui a de l'appétit pour un match hors-concours disputé entre l'équipe C des Bruins et l'équipe B du Canadien, avec des billets à des prix aussi élevés?
Je suis même étonné que cette formule ait été aussi productive à travers les années. Personnellement, si ma blonde me quitte, je ne fréquenterai pas sa cousine un peu moche juste par nostalgie!
Le marché de Québec est un marché de la LNH. Point à la ligne. Les matchs préparatoires, amenez ça dans les marchés émergents, c'est bien correct. Mais la Vieille Capitale mérite mieux. Le Centre Vidéotron est prêt, Québec sera aussi fiévreuse que Winnipeg ou Calgary quand Gary Bettman se résignera à y déménager l'un de ses canards boiteux.
En attendant, le Canadien peut s'estimer chanceux à mon avis d'avoir attiré tout près de 10 000 personnes pour le spectacle de lundi. Spectacle qui était télédiffusé en plus.
Remarquez, Québec n'est pas la seule ville à se faire prendre ainsi en otage dans notre belle province. Montréal joue aussi le jeu du baseball majeur depuis plusieurs printemps, en remplissant le Stade olympique pour des matchs sans signification.
Rob Manfred est intelligent, il s'assure d'évoquer la métropole comme possible site pour une expansion future, question d'engraisser cette poule aux oeufs d'or. On ajoute quelques anciens au menu et pouf, les amateurs de balle convergent vers le stade par dizaines de milliers!
J'adore le baseball, je suis devenu journaliste puisque j'espérais un jour succéder à Rodger Brulotte et Jacques Doucet. Je pense avoir traumatisé quelques filles au secondaire parce que je préférais les écouter plutôt que de remplir mes oreilles de musique les dimanches après-midi!
Ceci étant dit, vous ne me verrez pas piger allègrement dans le budget loisir de la famille pour me rendre au Stade olympique applaudir deux équipes étrangères se délier les muscles quelques jours avant le début de la saison. Il y a une limite à faire rire de soi.
Certains justifient leur présence en disant vouloir participer à la confection d'un message fort destiné aux autorités du baseball majeur. Pour un an ou deux, je pouvais acheter ça sans être d'accord. Mais là, ça s'étire.
Croyez-moi, avec des stades à moitié vide un peu partout aux États-Unis en saison régulière, Rob Manfred a certainement pris bonne note du désir des Québécois de revenir dans le cercle fermé des Majeures. Rendu là, le projet va se jouer à d'autres niveaux, économique et politique. En coulisses, ça semble être actif, ce qui est porteur d'espoir.
Je commence d'ailleurs à penser que les Expos revivront avant les Nordiques, même si le Centre Vidéotron est construit. Manfred semble en tout cas avoir plus d'affinités avec Montréal que Bettman en a avec le royaume de Régis Labeaume. Ce qui n'est pas nécessairement une mauvaise nouvelle. Je ne me ferai pas d'amis à Québec mais à choisir entre les deux, ma préférence va au retour des Expos. Pour une simple question de diversité sportive, dans ce grand village qu'est notre province.
Chicane d'adultes
Les chiffres font peur.
Le hockey mineur et le patinage artistique de Louiseville observent une chute de 20 % dans les inscriptions cette année, conséquence de la monstrueuse taxe refilée aux non-résidents de la ville parce que le maire, Yvon Deshaies, n'a pas été en mesure de s'entendre avec ses homologues du voisinage sur un partage de coûts qui serait équitable à ses yeux, pour cet équipement qui sert une bonne partie de la MRC de Maskinongé.
Deshaies n'est pas le seul à avoir sorti les biceps dans ce dossier, Michel Angers a fait la même chose avec les non-résidents de Shawinigan qui profitent des installations de sa ville. Le principe sur lequel s'appuient les deux maires se défend. Les moyens pour arriver à leurs fins, pas mal moins. Surtout à Louiseville, un gros village qui a bien besoin de l'aide des voisins pour faire rouler son aréna.
Voyez-vous, peu importe le nombre de jeunes inscrits, le coût pour faire fonctionner l'aréna sur une base annuelle reste sensiblement le même. Or la ville vient de voir 20 % des jeunes qui aidaient à éponger la facture disparaître en fumée.
Je ne suis pas comptable, mais il me semble qu'elle est loin d'être gagnante au change, que cette tactique met encore plus de pression sur les autres usagers et, par ricochet, sur les contribuables louisevillois. Ces 62 jeunes des municipalités voisines et leurs parents faisaient le trajet deux à trois fois par semaine à Louiseville, où il y a des épiceries, des stations d'essence, des boutiques. Pas sûr que si j'étais en affaires à Louiseville, je serais très heureux de voir cette clientèle s'évaporer d'un coup!
Chose certaine, nous sommes ici dans une chicane d'adultes, dont les principales victimes sont des enfants. Le problème ne va que s'accentuer si Louiseville ne corrige pas le tir. Ce sont effectivement les plus jeunes qui manquent à l'appel. L'an passé, le hockey mineur de Louiseville a peiné à rassembler trois clubs chez les novices. Cette année, il y en aura deux. L'an prochain, ça pourrait être un seul. À moyen terme, la roue ne tournera plus...
Quand des parents, dans un milieu loin d'être reconnu pour sa richesse, doivent débourser pas loin de 500 $ en inscription pour qu'un mousse de 3, 4 ou 5 ans puisse apprendre à patiner une fois semaine, c'est clair que ça ne se bousculera pas aux portes.
La journée où on refera un nouveau procès au hockey québécois, que les gens se plaindront qu'il y a de moins en moins de joueurs qui se rendent jusqu'à la LNH, gardez en tête qu'une partie de la réponse vient de l'accessibilité à notre sport national. C'est triste, mais c'est rendu un sport de riches. Dur de rejoindre la masse dans ces conditions.