Depuis mars, Amaryllis de la Sablonière, Rosalie Gaudreault et Étienne Voyer sont privés de leur sport favori. Tout comme l’entraîneur du Bleu et Or, David Duguay, les trois jeunes estiment que la situation dans les régions pourraient permettre un retour des sports collectifs dans un avenir rapproché.
Depuis mars, Amaryllis de la Sablonière, Rosalie Gaudreault et Étienne Voyer sont privés de leur sport favori. Tout comme l’entraîneur du Bleu et Or, David Duguay, les trois jeunes estiment que la situation dans les régions pourraient permettre un retour des sports collectifs dans un avenir rapproché.

Un entraîneur plaide pour le retour des sports collectifs en région

L’entraîneur de basketball David Duguay se fait le porte-parole des jeunes sportifs pour demander à la ministre responsable du Sport amateur, Isabelle Charest, de permettre la pratique des sports collectifs dans les régions, beaucoup moins touchées que Montréal par la pandémie de COVID-19.

« Si on ne se bat pas, personne ne va aller au front », d’indiquer en entrevue au parc Saint-Jacques l’entraîneur au sein du programme du Bleu et Or de l’École polyvalente Arvida, accompagné de trois joueurs qui ont bien hâte d’avoir le feu vert.

David Duguay a sursauté mercredi matin en lisant un article de La Presse dans lequel la ministre Charest disait ne pas envisager une reprise plus rapide en région qu’à Montréal dans un souci d’équité. « Je regarde la situation des jeunes à Montréal. Ils n’ont accès à rien. La plupart n’ont pas de cour. En région, tout le monde aurait accès à tout. Quel serait l’impact sur le moral des jeunes [de Montréal] ? », a-t-elle laissé savoir au chroniqueur Alexandre Pratt.

« C’est équitable pour les jeunes de Montréal, mais nos jeunes des régions, on n’a rien pour eux. C’est décevant », exprime David Duguay, avouant avoir de la difficulté à suivre ce raisonnement, déplorant que le domaine sportif ne suive pas ce qui a pourtant été fait au niveau économique et éducatif, notamment.

« C’est un non-sens. C’est ridicule pour les athlètes. On n’est pas respectueux pour eux. On n’est pas capables de leur donner de services. Si ce n’est pas correct à Montréal en septembre, est-ce qu’on va recommencer le sport-études ou on va attendre que ce soit correct à Montréal ? », se demande l’entraîneur. Pour illustrer son point, il mentionne que si la pluie empêchait la tenue d’un spectacle à Montréal, est-ce que ce serait logique d’également annuler les spectacles prévus dans les régions ?

Au cours de la journée de mercredi, David Duguay a multiplié les coups de fil et s’est vite aperçu que bien d’autres intervenants, peu importe leur sport et même dans d’autres régions, étaient du même avis que lui. Le député provincial de Jonquière, Sylvain Gaudreault, lui a également accordé son soutien dans cette bataille et fera un suivi de ce dossier au cours des prochains jours.

Dans l’esprit de David Duguay, les jeunes des régions paient la note pour le bilan moins reluisant à Montréal, ce qui est illogique. « Je ne critique pas la ministre et les gens du gouvernement. Ils essaient de faire un bon travail, mais quelque part, ça n’a pas de sens qu’on ne traite pas les jeunes des régions d’une autre façon », fait-il valoir.

Projet-pilote

Dans ses nombreuses discussions, le coordonnateur du Club de basketball de Chicoutimi, Benoit Vallières, a notamment soulevé l’idée que les régions pourraient servir de projet-pilote pour la relance des sports collectifs. « Ça peut être quelque chose de très intéressant », d’estimer David Duguay.

« On a les endroits pour faire des sites sécuritaires avec des mesures sanitaires adéquates, assure-t-il. On est très ouverts aux directives. S’ils nous disent que pour ouvrir, on doit faire telle ou telle chose, on va le faire. On ne veut pas avoir tout cuit dans le bec. On veut juste que ce soit équitable et en ce moment, ce ne l’est pas. »

Pour David Duguay, les jeunes ont été suffisamment brimés avec le confinement des dernières semaines et les effets secondaires se font sentir sur eux. « On est prêt à proposer rapidement des plans au gouvernement pour permettre à nos jeunes de faire leur sport. Écoutez nos jeunes SVP. Ils ont besoin de bouger », lance-t-il.

La tenue d’entraînements officiels avec des entraîneurs certifiés permettrait également d’assurer une meilleure supervision sur le plan sportif à son avis, mais également pour les mesures sanitaires. Plusieurs jeunes ont pris l’initiative de poursuivre leur entraînement individuellement ou en groupe. Lors du passage du Quotidien au parc Saint-Jacques pour l’entrevue, un entraîneur était avec un jeune, préférant le faire malgré tout afin de s’assurer que les choses soient faites de la bonne manière.

+ Des jeunes prêts pour un éventuel retour

S’il n’en tenait qu’à trois joueurs du Bleu et Or rencontrés mercredi au parc Saint-Jacques, le basketball organisé pourrait reprendre sans problème.

L’entraîneur au programme de basketball du Bleu et Or de l’École polyvalente Arvida, David Duguay, et trois joueurs, Amaryllis de la Sablonière, Rosalie Gaudreault et Étienne Voyer, sont déçus que la ministre Isabelle Charest préfère ne pas permettre la reprise des sports collectifs en région en raison de la situation à Montréal.

« 110% », répond Amaryllis de la Sablonière, qui fait partie de l’équipe juvénile, sur sa présence en cas de feu vert des autorités gouvernementales, alors que ses deux comparses du cadet, Rosalie Gaudreault et Étienne Voyer, se montraient tout aussi enthousiastes. Bien au fait de la situation régionale avec la COVID-19, les trois jeunes ont également des solutions à proposer pour permettre une éventuelle reprise, par exemple la diminution du nombre de joueurs.

« Je suis déçue. Je trouve ça vraiment injuste. On n’a vraiment pas beaucoup de cas. Pourquoi on n’aurait pas le droit comme Montréal alors qu’on n’a pas la même situation ? », demande Amaryllis de la Sablonière.

« On n’est vraiment pas dans le milieu le plus à risque. Je pense qu’ils devraient nous permettre au moins de recommencer à faire des entraînements et jouer au basket avec nos amis », pense pour sa part Rosalie Gaudreault.

« Ce serait sûrement possible de modifier le sport sans complètement l’arrêter. Ce n’est pas une bonne manière de finir comme ça », mentionne Étienne Voyer.

En mars, tout s’est arrêté brusquement pour ces jeunes qui étaient pleinement plongés dans le basketball avec quelques entraînements par semaine dans le programme sport-études en plus des matchs la fin de semaine.

« On est partis d’un extrême à l’autre », observe Rosalie Gaudreault.

« Surtout qu’on était en séries avant l’arrêt avec de gros entraînements et là, ce n’est plus rien pantoute. On se disait qu’on avait tout fait ça pour rien. On était vraiment déçus, exprime la plus âgée du groupe. C’est dur. On n’est pas habitués de rien faire. Le basket, c’est notre vie et là on ne peut plus. C’est vraiment ‘tough’. »

« La routine change et, comme dans tout, c’est difficile. Avant, on jouait au basket avec nos amis, on les voyait pour faire du sport et là, ça ne tombe à rien », souligne Étienne Voyer.

Comme d’autres, les trois jeunes viennent faire leur tour régulièrement sur les terrains du parc Saint-Jacques, avant tout pour voir leurs amis. « On joue comme on peut », avance Amaryllis de la Sablonière, assurant respecter du mieux qu’elle peut les consignes sanitaires. Elle admet qu’elle préférerait et de loin pouvoir participer à des entraînements organisés avec des entraîneurs.

« On essaie de continuer à faire du sport et diviser notre temps entre nos cours le matin et le sport pour essayer de voir nos amis et garder une certaine vie sociale », fait valoir Rosalie Gaudreault.

UN APPUI DE SYLVAIN GAUDREAULT

À l’instar de David Duguay, le député provincial de Jonquière, Sylvain Gaudreault, ne comprend pas la logique de ne pas permettre la reprise des sports collectifs dans les régions en raison de la situation qui prévaut actuellement dans le secteur de Montréal.

Après avoir discuté avec l’entraîneur du Bleu et Or, Sylvain Gaudreault a réagi lors d’une entrevue avec Le Quotidien, demandant notamment des éclaircissements de la part de la ministre responsable du sport amateur, Isabelle Charest. Le député régional s’est dit « scandalisé » et « renversé » par ses propos qui mentionnaient grosso modo que ce ne serait pas équitable pour les jeunes de Montréal de permettre les sports collectifs ailleurs en province.

Sylvain Gaudreault

« Je suis très sensible au moral des jeunes de Montréal. Il ne faut pas que les jeunes du reste du Québec et des régions paient pour ça. Ce qu’elle est en train de nous dire, c’est qu’elle pourrait permettre le retour des sports d’équipe d’été pour les jeunes dans les régions, mais qu’elle s’empêche de le faire en raison d’une situation à Montréal. Ça veut dire que ce sont les jeunes du reste du Québec qui paient pour ça », déplore Sylvain Gaudreault, estimant qu’il s’agit d’une opinion personnelle basée sur aucune donnée de la Santé publique.

« Je veux des règles claires, que des signaux soient envoyés aux équipes de jeunes dans les régions. Présentement, le message envoyé par la plus haute responsable, c’est de dire qu’on pourrait le faire, mais on ne le fera pas parce qu’on va faire de la peine aux jeunes de Montréal. Je suis bien déçu si, à Montréal, ils n’ont pas d’espaces et ne sont pas rendus à une étape de déconfinement comme dans les régions, sauf que le gouvernement ne s’est pas gêné pour faire du déconfinement à deux vitesses, une pour les régions et une pour Montréal, que ce soit pour les écoles ou les magasins, mais pour le sport, ça ne marcherait pas. Il faut absolument qu’il y ait une règle claire qui permette aux clubs comme le Bleu et Or de pouvoir à tout le moins exercer leur sport », d’avancer Sylvain Gaudreault qui mentionne se faire parler surtout de deux éléments pour les inquiétudes de la population, soit les camps de jour et la reprise du sport.