Antoine Thibeault n’a pratiquement pas couru en 2018 et l’année qui vient de s’amorcer risque de se dérouler dans cette lignée.

Thibeault en sérieuse réflexion

Trois-Rivières — À l’été 2017 en Californie, Antoine Thibeault a couru le 3000 mètres steeple en huit minutes 34 secondes. Il semblait évident, à l’époque, que le Shawiniganais deviendrait un olympien. Hélas, près de 20 mois plus tard, plus rien n’est sûr.

«Son temps de 8:34, il l’a fait sur une seule patte», rappelle avec justesse son entraîneur Pierre Thibodeau, dont le poulain négocie depuis avec une vilaine blessure au tendon d’Achille.

Bien qu’il ait consulté une armée de spécialistes et essayé une multitude de traitements, l’athlète de 25 ans souffre encore de cette blessure.

«Ça va des tendinites aux inflammations. Pendant ce temps, il ne court pas», se désole son coach. «À l’automne, l’entraînement avait bien commencé, jusqu’au moment où nous avons ajouté de l’intensité. Là, ça ne fonctionnait plus.»

Antoine Thibeault n’a pratiquement pas couru en 2018 et l’année qui vient de s’amorcer risque de se dérouler dans cette lignée.

Double champion canadien universitaire en 2016, au 3000 m ainsi qu’au 1500 m, Thibeault avait ajouté un titre au 3000 m l’année suivante, confirmant son statut d’étoile montante au pays. À la discipline olympique du 3000 m steeple, il caressait de grandes aspirations. On parlait évidemment des Jeux de Tokyo en 2020.

Il a vécu des frustrations. Sur le plan psychologique, ça n’a pas toujours été évident. «Il a vu un physio en Colombie-Britannique, le même qui avait traité Alex Genest il y a quelques années», raconte Pierre Thibodeau.

«Pour moi aussi, c’est une pilule difficile à avaler. Ensemble, nous avons développé une belle complicité, en visant de gros objectifs. La rigueur et le potentiel étaient là pour Antoine. En ce moment, il est en réflexion.»

«J’ai poussé ma chance»

La course est dure sur les articulations et les tendons. Comme le précise Pierre Thibodeau, les blessures qui y subviennent en sont souvent d’usure.

Or, chez Thibeault, les premiers signes de faiblesse dans son tendon d’Achille sont apparus en 2016. Il se trouvait alors au sommet de sa forme physique. Dans les circonstances, il a préféré ne pas en parler.

«Je ressentais une petite douleur, mais je continuais à courir. Plus ça allait, plus ça faisait mal. En y repensant aujourd’hui, j’aurais dû prendre le recul nécessaire. Je n’ai pas de regret malgré la situation frustrante, sauf que ça aurait peut-être changé certaines choses. Pour moi, d’arrêter quelques mois et de soigner cette blessure, c’était impensable. Tout allait si bien!»

Il a frôlé les Championnats du monde d’athlétisme ainsi que les Jeux du Commonwealth. La vérité, c’est qu’à l’heure actuelle, d’autres athlètes progressent pendant qu’il est tenu à l’écart de la compétition.

«J’ai voulu repousser mes limites. Mais voilà, même après avoir consulté plein de spécialistes, je tarde à constater des résultats positifs. J’ai rendez-vous avec un orthopédiste bientôt. On dit que ça pourrait prendre encore huit mois avant de revenir à 100 %.»

Huit mois, dans une année préolympique, représente une éternité. «C’est plate, parce que je visais gros. Il y a deux ans, je ciblais les Jeux panaméricains de 2019 au Pérou, les Mondiaux à l’automne et les Olympiques de l’an prochain. Je reçois d’ailleurs les courriels de la fédération canadienne pour toutes ces compétitions. C’est un drôle de sentiment.»

Dans le parc national

En attendant que son tendon prenne du mieux, Thibeault, toujours très actif, a développé une passion pour le ski de fond. Il faut dire que le parc national de la Mauricie est situé tout près de chez lui.

«Ça me permet de décrocher. J’ai même retrouvé certains amis grâce au ski de fond. Je fais aussi de la natation et du vélo», énumère celui qui deviendra, d’ici quelques mois à sa sortie de l’Université Laval, enseignant en éducation physique.

«Je planche sur mon avenir professionnel. Je veux revenir en Mauricie pour enseigner. D’ici là, est-ce que je vais continuer à courir? Je suis toujours en réflexion.»