Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
L’entraîneur de football à l’école secondaire Hormisdas-Gamelin s’est branché sur Facebook, la semaine dernière, pour dénoncer une décision du gouvernement, pendant que «ses» jeunes devraient s’abstenir de faire du sport jusqu’au 1er octobre.
L’entraîneur de football à l’école secondaire Hormisdas-Gamelin s’est branché sur Facebook, la semaine dernière, pour dénoncer une décision du gouvernement, pendant que «ses» jeunes devraient s’abstenir de faire du sport jusqu’au 1er octobre.

Une (moins) mauvaise décision

CHRONIQUE / Les gens du sport scolaire ont fait bouger le gouvernement de la Coalition Avenir Québec. Parce qu’ils ont parlé d’une voix forte, ils ont réussi à obtenir une nouvelle date de reprise de leurs activités.

C’est une victoire.

Mais c’est une victoire que tous n’ont pas envie de célébrer.

La semaine dernière, quand il pensait que «ses» jeunes devraient s’abstenir de faire du sport jusqu’au 1er octobre, Michel Roy s’est fâché. Il s’est branché sur Facebook et il a fait ce qu’il ne fait jamais. Il a publié un long message dénonçant «l’improvisation extrême» du Ministère de l’Éducation.

L’entraîneur de football à l’école secondaire Hormisdas-Gamelin disait un peu la même chose que tout le monde.

On permet aux adolescents de se côtoyer dans les salles de classe.

On permet aux mêmes adolescents de s’affronter sur les terrains de soccer et dans les arénas de hockey, lors de championnats civils.

Pourquoi diable doivent-ils attendre une permission spéciale pour faire du sport dans les installations de leurs écoles secondaires?

Je lui ai passé un coup de fil à Buckingham, lundi. Je voulais savoir si les assouplissements proposés par le Premier ministre Legault lui convenaient.

Il est moins choqué. Mais il est un peu choqué quand même.

«Les choses n’ont pas vraiment changé, dit-il. Au départ, le gouvernement a pris une mauvaise décision. Il a mis de l’eau dans son vin, pour prendre une nouvelle décision qui est juste un peu moins mauvaise. En fin de compte, ça reste quand même une mauvaise décision.»

*****

Pour les gens qui s’intéressent un peu au football, pour le milieu du sport scolaire, pour la communauté de Buckingham, Michel Roy n’a pas vraiment besoin de présentations.

Pour les autres, on va résumer ça simplement: Michel Roy est un monument.

Il s’implique dans le monde du coaching depuis 28 ans. Depuis 2003, il s’implique à fond à Hormisdas-Gamelin.

Grâce à lui, les Tigres ont un terrain synthétique qui a du panache, avec les zones de buts orangées. Grâce à lui, on a vu ses jeunes à la télévision, dans le cadre d’un documentaire qui a souvent été présenté sur les ondes de MAtv. Grâce à lui, le plus petit secteur de la Ville de Gatineau mise sur un des plus gros programmes de football de la région.

Une centaine de jeunes - dont quelques filles - doivent s’aligner avec une des trois équipes, cette saison. Les Tigres doivent être présents chez les benjamins, chez les cadets et chez les juvéniles.

«Football Québec a lancé un protocole de retour au jeu, il y a quelques semaines. C’est vraiment bien fait. C’est bien ficelé. À ce moment-là, dans ma tête, c’était clair qu’il y aurait du football à l’automne», explique-t-il.

Ceux qui doutent du sérieux du plan auraient intérêt à se promener dans les environs du terrain de football. Il paraît qu’on peut percevoir de fines effluves de désinfectant pour les mains dans un rayon d’un kilomètre.

Du moins, c’est ce que Michel Roy prétend.

D’ailleurs, à Hormisdas-Gamelin, les entraînements de football ont débuté bien avant la rentrée scolaire. Des «séances de conditionnement estivales» pouvaient facilement réunir plus de 25 joueurs, lors des soirées chaudes.

«Il y a deux ans, on avait du mal à attirer sept ou huit jeunes pour les mêmes séances.»

On dit que les ados ont été les «grands oubliés» du confinement printanier. Après avoir passé deux mois encabanés, les jeunes Tigres étaient bien contents d’avoir quelque chose à faire.

C’est pas mal pour ça que Michel Roy a pris le temps d’écrire son mécontentement. C’est pourquoi il travaille présentement, avec les autres acteurs du football régional, à élaborer différents scénarios.

Les Tigres pourraient exceptionnellement se greffer à un circuit civil, juste pour 2020. Ils pourraient se greffer à un circuit qui n’existerait que cette année.

Il est même question d’organiser quelques jamborees, en octobre.

N’importe quoi, en fait. «Tous les scénarios sont sur la table.»

Le profil du joueur de football à l’école secondaire n’a pas trop changé, depuis le début des années 2000. On trouve encore tout plein de joueurs qui ont trouvé, par le sport, une façon de s’accrocher aux études.

«Je ne sais pas toujours comment dire ça, mais... Certains ont des problèmes. Je pense à un joueur, entre autres, qui avait de gros problèmes de confiance quand il a commencé à jouer avec nous. Cette année, il doit être un des joueurs clés de notre formation juvénile. J’ai beaucoup de mal à m’imaginer, en train de lui dire qu’il ne jouera pas, cette année. Je ne peux juste pas.»

«Je pourrais sortir d’autres exemples. Ces jeunes-là, ils ont un attachement pour leur équipe. C’est spécial.»