Pierre Dorion et ses deux acolytes se sont rendus en personne à Winnipeg pour assister au match opposant les Jets à l’Avalanche du Colorado.

Si Winnipeg peut...

CHRONIQUE / On peut dire que l’artillerie lourde a été déployée, jeudi. Pierre Dorion s’est rendu en personne, à Winnipeg, pour assister au match qui opposait les Jets à l’Avalanche du Colorado.

Il avait de la compagnie, en soirée, dans la tribune de la presse du Bell MTS Place. Son bras droit Peter MacTavish était à ses côtés. Le dépisteur en chef de l’organisation, Jim Clark, avait aussi fait le voyage.

Ces trois cerveaux de hockey n’ont pas fait ce voyage dans les Prairies pour le simple plaisir de voir, en personne, deux des plus dynamiques équipes de la LNH croiser le fer.

Ah. Nos espions à Detroit nous ont appris que les Jets avaient aussi affecté deux dépisteurs au match entre les Sénateurs et les Red Wings.

Chaque année, en février, certaines organisations nous laissent des indices tellement gros qu’il devient facile de prédire la suite des choses.

Chaque jour qui passe nous rapproche du précipice. Si Dorion ne trouve les bons arguments pour convaincre Matt Duchene et Mark Stone de rester, il devra se résoudre à les échanger.

Les Jets ont de l’intérêt, c’est évident.

L’an dernier, ils ont remporté deux séries après avoir acquis un centre d’impact au rayon des joueurs de location. Il serait facile d’appliquer la même recette, et de confier à Duchene le rôle qui était celui de Paul Stastny.

Leurs besoins sont peut-être moins importants à l’aile, mais Stone demeure un produit local de haute qualité. Il partage avec Jonathan Toews le titre de meilleur joueur manitobain de la LNH.

Stone, c’est surtout un joueur spécial. Il continue de célébrer chaque but qu’il marque comme si c’était le plus important de sa carrière. Même si la saison des Sénateurs est, à toutes fins pratiques, terminée. On a du mal à imaginer l’énergie qui l’animerait, en plein «Winnipeg Whiteout», durant un gros match de séries, devant sa famille et ses plus proches amis.

Dans un cas, comme dans l’autre, qu’ils ciblent Duchene ou Stone, les Jets ne peuvent pas vraiment se tromper.

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Les partisans qui ont lu la première partie de cette chronique et qui ont envie de plonger dans le précipice feraient bien de s’arrêter. Inspirer. Expirer. Prendre le temps d’y penser un peu.

Avant de le crucifier publiquement, on peut d’abord permettre à Dorion la chance de compléter une transaction.

Un seul coup d’oeil à la liste des joueurs qui sont âgés dans la jeune vingtaine, chez les Jets, suffit à nous convaincre que leur directeur général Kevin Cheveldayoff a les moyens de payer.

On peut aussi choisir de regarder la scène avec un objectif plus large. Au fond, il y a un petit quelque chose de franchement encourageant, dans un scénario où Winnipeg vient piquer des joueurs de calibre mondial à Ottawa.

On n’oubliera jamais les circonstances dans lesquelles la capitale manitobaine a perdu son club de la LNH, au milieu des années 1990. À l’époque, on croyait qu’une petite ville nordique de 700 000 habitants ne pouvait pas se permettre de jouer dans les ligues majeures du sport.

Aujourd’hui, les Jets ne se contentent pas d’exister. Ils sont équipés pour faire partie de l’élite. Pendant de nombreuses années.

On ne peut faire autrement que de se réjouir, pour leurs irréductibles fans, maintenant.

Ça n’a pas été simple. Il a d’abord fallu que deux hommes d’affaires aux reins solides s’unissent sous la bannière de True North Sports & Entertainment. Il a fallu que ces deux hommes agissent avec intelligence, patience et doigté pour convaincre Gary Bettman de leur confier une franchise.

Ces deux hommes, Mark Chipman et David Thomson, ont eu le génie de bien s’entourer. Ils ont tout misé sur le repêchage et ils ont investi des ressources considérables dans le développement.

Il a créé, jour après jour, une culture gagnante à laquelle tous veulent adhérer.

Le froid, les impôts canadiens et le manque de restaurants cinq étoiles n’ont pas empêché Dustin Byfuglien, Nikolaj Ehlers, Connor Hellebuyck, Mark Scheifele et Blake Wheeler de signer des contrats à long terme avec les Jets dans les trois dernières années.

En principe, Kyle Connor et Patrik Laine vont les imiter dans la prochaine année.

On peut donc regarder tout ça et y voir un peu de lumière. Lorsqu’elles sont bien dirigées par des gens compétents, il y a de l’espoir pour les petites organisations, dans les petits marchés.