Sylvain St-Laurent
Robin Lehner pourrait-il revenir à Ottawa, et défendre le filet des Sénateurs, pour la saison 2020-21?
Robin Lehner pourrait-il revenir à Ottawa, et défendre le filet des Sénateurs, pour la saison 2020-21?

Robin Lehner? Pourquoi pas?

CHRONIQUE / C’est une drôle d’idée qui a fait surface la semaine dernière, portée par certains de mes collègues dans les médias. C’est une proposition qui frappe l’imaginaire, à plus d’un niveau.

Robin Lehner pourrait-il revenir à Ottawa, et défendre le filet des Sénateurs, pour la saison 2020-21?

Au début, ça m’a simplement fait sourire.

Plus j’y pense, plus ça me plaît.

Évidemment, on parle ici d’un projet bien lointain. Lehner n’est pas libre, pour l’instant. Il appartient aux Golden Knights de Vegas. Il s’est rapporté à leur camp d’entraînement, lundi.

En ce moment, à Vegas, Lehner est une police d’assurance peu coûteuse. On a fait son acquisition au cas où le vétéran Marc-André Fleury, le favori de la foule, trébuche durant les séries éliminatoires.

Ça pourrait arriver.

Lehner pourrait prendre la relève, dans les prochaines semaines, et prolonger son heureuse séquence des deux dernières années. Il pourrait aider les Knights à gagner une, deux ou même trois rondes. Le directeur général Kelly McCrimmon serait alors fou de le laisser partir durant la saison morte.

Lehner pourrait aussi passer une partie de son été à Edmonton avec la serviette du gardien de buts numéro deux bien roulée derrière sa nuque.

Il pourrait se retrouver, pour une deuxième année consécutive, parmi les joueurs autonomes sans compensation.

Il aurait alors le droit d’exiger à ses agents de lui trouver un endroit où il n’aurait pas à se battre, chaque jour, pour mériter son temps de jeu. Depuis deux ans, il a suffisamment bien fait pour mériter un poste de gardien de buts numéro un.

C’est à ce moment que les Sénateurs devraient intervenir.

J’aime bien Robin Lehner.

Il m’a convaincu dès notre première rencontre, lors de son premier camp estival à Ottawa, en juillet 2009. Dans un anglais approximatif, il avait su se faire comprendre. À défaut d’être le gardien le plus doué, il se targuait d’être le plus combatif. «Si Patrick Roy s’installe dans l’autre filet, à l’autre bout de la patinoire, je vais tout faire pour mieux jouer que lui», m’avait-il expliqué.

Dans les années qui ont suivi, le jeune gardien nous a montré qu’il n’était pas parfait.

Les athlètes compétitifs puisent généralement leur force dans leur émotivité. Et ceux qui ne sont pas capables de contrôler leurs émotions finissent souvent par déraper.

Quand il était capable de se maîtriser, Lehner était formidable. On pense notamment au printemps 2011, quand il a mené les Senators de Binghamton à la conquête de la coupe Calder. Ou à l’automne 2012, quand il a remporté sa bataille contre Ben Bishop pour obtenir un poste de gardien de buts numéro deux dans la LNH.

Quand Lehner est tombé, il est tombé pour vrai.

Il a quand même eu la force de se relever avant qu’il soit trop tard. Il a été capable de nommer ses démons. Il est allé chercher l’aide dont il avait besoin. Il ne s’est pas défilé.

On m’a expliqué, cet automne, que cette campagne publique de Lehner pouvait jouer contre lui. Les dirigeants des équipes de la LNH sont à la fois prudents et conservateurs. Ça pourrait expliquer pourquoi le grand suédois vient d’accepter, coup sur coup, deux contrats de très courte durée.

Les Sénateurs se retrouvent dans une position où ils pourraient se permettre d’oser. Au marché des joueurs autonomes, ils pourraient offrir à Lehner un peu plus de stabilité. Ils auront besoin de dépenser quelques millions $US, au cours des prochaines années, pour atteindre le plancher salarial.

Dans le contexte qu’on connaît, avec toutes ces histoires embarrassantes qui plombent l’organisation, ils n’auront pas beaucoup de munitions pour attirer des joueurs autonomes de talent.

Lehner connaît bien Ottawa. Il se plaisait beaucoup, dans cette ville, au début de sa carrière.

Avec un bon contrat en poche, il accepterait peut-être de revenir.

Les Sénateurs ont besoin d’un gardien de buts numéro un pour l’an prochain, c’est évident. Les deux principaux candidats en lice, Marcus Högberg et Anders Nilsson, ne sont pas exactement des valeurs sûres.

Lehner pourrait aussi servir de mentor. Il serait peut-être plus utile, encore, dans ce rôle.

Les Sénateurs miseront plus que jamais sur la jeunesse, dans les prochaines années.

En réunissant autant de recrues au sein d’un même groupe comporte certains risques. Certains joueurs de talent pourraient s’égarer dans un monde où tous les excès sont facilement accessibles.

Dans le sport, certains excès peuvent gâcher des carrières.

Lehner serait drôlement bien placé pour en parler avec tout le monde. Pour servir des mises en garde. Et, au besoin, pour ramener dans le droit chemin ceux qui auraient du mal à comprendre.