L’an dernier, Jean-François Ménard s’apprêtait à vivre les Jeux olympiques de PyeongChang avec les athlètes Mikaël Kingsbury, Tessa Virtue, Scott Moir et Maxence Parrot.

Quatre médailles et un an plus tard...

CHRONIQUE / Mine de rien, ça fait déjà un an.

Je venais de rencontrer Jean-François Ménard. Je discutais avec le préparateur mental des olympiens depuis trois minutes, à peine, quand je lui ai rappelé qu’à pareille date, l’an dernier, la planète s’apprêtait à vivre les Jeux olympiques de PyeongChang.

Il s’est accordé un moment pour y penser.

« Je vais te dire, bien honnêtement... On dirait que ça fait plus qu’un an », m’a-t-il répondu avant de pouffer de rire.

Les gens qui ont suivi les Jeux ont sûrement vu Ménard au petit écran, une fois ou deux. Il accompagnait quatre athlètes de la délégation canadienne, en Corée du Sud. Il veillait à ce que Mikaël Kingsbury arrive fin prêt, psychologiquement, au sommet de la piste. Il conseillait également les patineurs Tessa Virtue et Scott Moir. Il accompagnait, enfin, le planchiste Maxence Parrot.

Aussi bien dire qu’il a passé son temps à se promener entre le village des athlètes, les sites de compétition et les podiums. Ses « clients » ont remporté quatre médailles. Trois en or. Une d’argent.

L’an dernier, à pareille date, Ménard se préparait à partir pour PyeongChang.

Cette année, il a complété son mois de janvier chez nous. Il a passé les derniers jours sur le campus de son alma mater, l’Université d’Ottawa. Il a prononcé quelques conférences. Mardi soir, quand je l’ai rencontré, il s’apprêtait à rencontrer les étudiants du Consortium national de formation en santé, pour leur donner un petit pep talk agrémenté d’anecdotes sportives.

Un an, disais-je, depuis PyeongChang.

Quatre médailles, ça doit laisser des beaux souvenirs...

« Beaucoup, beaucoup d’émotions », m’a-t-il répondu. Surtout avec Kingsbury.

« Je suis pas mal toujours en contrôle de mes émotions. Quand j’ai besoin de pleurer, je sais que ça s’en vient. Quand j’ai besoin de rire, c’est la même chose. Dans les cinq à 10 premières minutes qui ont suivi la conquête de la médaille d’or de Mikaël, je pleurais, je riais... J’avais du mal à croire que ça venait vraiment d’arriver. Je vivais un étrange moment d’émotions que je n’avais jamais ressenti dans ma vie. »

« Tu sais, Mikaël, ce fut un gros projet. J’ai commencé à travailler avec lui tout de suite après Sotchi, quand il avait terminé en deuxième place derrière Alexandre Bilodeau. Il ne pouvait pas être déçu d’avoir remporté une médaille d’argent à 21 ans, mais il savait en même temps qu’il avait commis quelques erreurs. À PyeongChang, n’importe quoi, à part l’or, aurait été considéré comme un échec. Il a été très nerveux à PyeongChang. C’est probablement un des facteurs qui lui a permis de gagner. »

« J’ai eu un étrange petit moment de doute, après ces Jeux. Est-ce que je vais revivre quelque chose comme ça, dans ma vie ? J’espère que je vais accompagner d’autres athlètes vers des médailles olympiques. Je suis confiant que ça va se produire. Est-ce que je pourrai vivre la conquête d’une médaille, de cette façon, avec un autre athlète ? Ça, je ne sais pas. »

Un an, déjà, depuis les Jeux olympiques de PyeongChang. Jean-François Ménard a peut-être l’impression que ça fait plus longtemps que ça parce que ses protégés ont déjà fait beaucoup de chemin.

Kingsbury a consolidé sa place à titre de King des bosses. « Il est en train de redéfinir ses objectifs. »

Virtue et Moir doivent apprendre à composer avec la vie après le sport. Nous n’avons pas pris le temps d’en parler, mais cette transition se fait rarement en douceur.

Parrot compose quant à lui avec un défi pas mal plus gros que le sport.

À la mi-janvier, il a mis un terme à sa saison de slopestyle parce qu’il combat un cancer.

Ménard était d’ailleurs à ses côtés lors de la conférence de presse où il a tout expliqué.

J’avais un peu hâte d’en glisser un mot au préparateur mental. A-t-on déjà vu un jeune homme de 24 ans attaquer la maladie avec autant de calme et de sérénité ?

« Faut pas oublier qu’on parle d’un athlète qui, chaque jour, met sa vie en danger en pratiquant son sport. Max saute à 30, 40 ou 50 pieds dans les airs, voyage sur une distance de 100 pieds avant d’atterrir sur une pente inclinée à 40 %. Et il peut flipper à l’envers quatre fois avant de retomber sur sa planche. »

« Max, bref, c’est un athlète qui sait travailler avec la peur. Ce n’est pas un joueur de bowling ! Je suis confiant que tout va bien aller pour lui. »