Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Antoine Pruneau est convaincu que des contrats garantis mettraient un frein à la tradition des «portes tournantes» de la LCF.
Antoine Pruneau est convaincu que des contrats garantis mettraient un frein à la tradition des «portes tournantes» de la LCF.

Prêt pour son prochain défi

CHRONIQUE / Un millier de postes d’enseignants seraient vacants, aux quatre coins du Québec, à quelques jours de la rentrée scolaire.

Je lance un message, tout bonnement, aux directeurs et directrices d’école de l’Outaouais qui s’arrachent les cheveux, parce qu’ils sont aux prises avec ce fléau.

Je connais peut-être quelqu’un qui pourrait vous aider.

Antoine Pruneau, le maraudeur québécois du Rouge et Noir d’Ottawa, vient d’apprendre qu’il ne pourra pas retourner au «bureau», cet automne. Il n’a pas encore complètement fait son deuil. «Quand je pense à la saison 2020 de football, ça me met en colère», m’a-t-il avoué, mardi, quand je lui ai passé un coup de fil.

Pruneau fait lentement son deuil, mais bon, il faut quand même se tenir occupé, dans les prochains mois.

En attendant le retour de la Ligue canadienne, il est joueur autonome.

À une autre époque, il a été inscrit au Baccalauréat en enseignement de l’éducation physique à l’Université de Montréal. Il a entrepris sa carrière d’athlète professionnel avant de décrocher son diplôme, mais il a toujours la vocation.

Quand il pense à sa prochaine carrière, celle qui viendra après le football, il pense au coaching. Il aimerait côtoyer d’autres athlètes d’élite et leur transmettre les secrets du métier.

«J’ai travaillé dans des camps de jour pendant sept ans. Avec les jeunes, j’ai toujours eu du fun», affirme-t-il.

Pruneau vit à Ottawa. Il est prêt à travailler un pont, si c’est nécessaire, pour gagner sa croûte.

•••

Tout ça, c’est temporaire. Bien entendu.

Les joueurs trentenaires sont minoritaires, au football, mais Pruneau n’est pas encore prêt à tout abandonner.

Il continue de se rendre au stade, quelques fois par semaine pour s’entraîner.

«Ne serait-ce que pour l’aspect mental, c’est bon, de rentrer au bureau. Ça donne quelque chose à faire. C’est bon, de voir les gars. On chiale sur la ligue, on évacue le stress... Ça nous rend plus agréables, après, quand on va sur Twitter.»

Pruneau est prêt à s’investir un peu ailleurs, dans les prochains mois, mais il pense quand même à ce que ressemblera la saison 2021 de la LCF. Il demeure confiant que le circuit survivra.

Il ne faudrait pas que la crise de la COVID-19 s’étire trop longtemps. On s’entend là-dessus.

Les prochaines années seront très difficiles. La LCF devra s’imposer d’importants sacrifices, dans les prochaines années, si elle veut se relever et continuer.

«Il reste des milliers de fans de football, partout, au pays. Il reste une dizaine de stades de football, partout au pays. Et il reste des diffuseurs qui ont de l’intérêt pour notre produit.»

Pruneau est convaincu qu’il reste aussi des gens d’affaires allumés et motivés, dans les neuf villes du circuit.

«J’ai rencontré Roger Greenberg et John Ruddy, cette semaine, justement. Ils n’ont pas l’air prêts à lancer la serviette.»

Pruneau est amer, mais optimiste.

Il dit que la crise offre une opportunité.

Il faut apprendre à travailler ensemble, dit-il.

Il faut apprendre à écouter les joueurs, dit-il. Ils ont de bonnes idées.

J’ai demandé un exemple de «bonne idée».

Il s’est mis, très rapidement, à me parler de contrats garantis.


« Avec des contrats garantis, les gars auraient le goût de s’investir dans la communauté. »
Antoine Pruneau

Ça fait longtemps que les footballeurs canadiens en rêvent. C’est facile à comprendre. Ça leur donnerait une certaine sécurité d’emploi.

En ce moment, leurs patrons peuvent les remercier, sans motif raisonnable, à n’importe quel moment.

Pruneau est convaincu que les contrats garantis – en totalité ou en partie – mettraient un frein à la tradition des «portes tournantes» de la LCF. Les joueurs de talent n’auraient plus à porter les couleurs de trois, quatre ou même cinq équipes différentes durant leurs carrières.

Pruneau fait figure d’exception. Il a été le premier choix du Rouge et Noir, lors du repêchage de 2014. Il a porté un seul uniforme, dans toute sa carrière.

Il s’estime privilégié. Il voudrait que d’autres joueurs aient autant de chance que lui.

«Les fans pourraient commencer à s’attacher aux joueurs, en plus de s’attacher aux logos. Moi, depuis le temps, je vois la différence, quand je côtoie les partisans. Les gens qui soutiennent le Rouge et Noir me soutiennent, personnellement, aussi.»

Après avoir joué quelques saisons avec le Rouge et Noir, Pruneau a choisi de s’établir, en permanence, dans la région d’Ottawa.

D’autres joueurs l’imiteraient, si on leur donnait la chance de passer quelques années de plus dans le coin.

«Avec des contrats garantis, les gars auraient le goût de s’investir dans la communauté.»

Si, en s’impliquant davantage, les footballeurs peuvent s’attaquer à la pénurie d’enseignants dans nos écoles...

Tout le monde sortira gagnant.