Sylvain St-Laurent
Jean-Marc Edmé, directeur du personnel des joueurs du Rouge et Noir d’Ottawa
Jean-Marc Edmé, directeur du personnel des joueurs du Rouge et Noir d’Ottawa

Pour vraiment faire bouger les choses

CHRONIQUE / Tout le monde - ou à peu près - a remplacé sa photo de profil dans Instagram, la semaine dernière, pour adopter le carré noir du mouvement #BlackLivesMatter.

C’était un beau petit geste de solidarité.

Des milliers de personnes se sont réunies dans les rues, un peu partout dans monde, pour manifester contre le racisme systémique. À Ottawa, tout s’est déroulé dans le calme, comme on aurait pu s’y attendre.

À la suite du décès de George Floyd, ces manifestations étaient nécessaires.

Mais sans doute pas suffisantes.

Les manifestations des derniers jours ont fait réfléchir nos dirigeants. Pour bien faire, il faudrait maintenant chercher des façons de les faire agir.

Et ça, Jean-Marc Edmé l’a compris.


« Le football, c’est un vrai sport d’équipe, Quand un seul joueur manque son bloc, le jeu au grand complet peut rater. Disons que ça nous apprend à travailler, tous ensemble. »
Jean-Marc Edmé

Edmé ne se retrouve pas trop souvent sous les feux de la rampe. En tant que directeur du personnel des joueurs du Rouge et Noir d’Ottawa, il occupe quand même un poste stratégique important. Il est, en quelque sorte, le bras droit du directeur général Marcel Desjardins.

La semaine dernière, les nouvelles qui provenaient des États-Unis lui ont donné des idées. Il n’a pas perdu de temps. Il a interpellé son patron, le PDG du Ottawa Sports and Entertainment Group, Mark Goudie. Il a demandé son aide, dans le but de monter jusqu’au bureau du commissaire de la Ligue canadienne de football, Randy Ambrosie.

Son idée? Créer une «coalition» chargée de lutter contre le racisme et la discrimination dans le football canadien.

Et c’est loin d’être farfelu.

Edmé imagine une grande table autour de laquelle seraient réunis des tas des gens. Il pense aux joueurs, aux entraîneurs, aux dirigeants d’équipe, aux dépisteurs... «Je crois que même les propriétaires d’équipe auraient leur place», croit-il.

«Il y a du travail à faire.»

Les manifestations des derniers jours ont réfléchir nos dirigeants. Pour bien faire, il faudrait maintenant chercher des façons de les faire agir.

Cette phrase, Edmé l’a sortie quatre ou cinq fois, au moins, durant notre conversation téléphonique d’une bonne trentaine de minutes, ce week-end.

Je lui ai dit que je trouvais l’idée intéressante, mais quand même curieuse. Je couvre le football professionnel depuis bientôt 20 ans. Je ne suis pas un «insider». Je ne peux pas prétendre connaître la LCF et ses acteurs comme le fond de ma poche. Dans mes nombreuses visites à la Place TD, j’ai toujours cru qu’il régnait une ambiance de travail harmonieuse, où les Canadiens et les Américains, les Blancs comme les Noirs, pouvaient coexister et coopérer.

«Honnêtement, ce qui est le fun, avec le football, c’est que le sport permet d’effacer beacoup de choses qui se passent à l’extérieur», croit-il.

«Le football, c’est un vrai sport d’équipe, Quand un seul joueur manque son bloc, le jeu au grand complet peut rater. Disons que ça nous apprend à travailler, tous ensemble.»

Ça ne veut pas dire que tout est parfait.

«Il y a encore eu travail à faire.»

Le commissaire Ambrosie est un type généralement ouvert. D’ailleurs, sous sa direction, la LCF a mené une campagne de façon à encourager la diversité. C’était bien. C’était en 2018.

«C’était très bien, mais il nous faut plus qu’une simple campagne», dit Edmé.

«Il ne faut pas se contenter de produire et de mettre en vente un t-shirt.»

Jean-Marc Edmé est Québécois. Il est né ici, en 1980.

Ses parents, eux, sont Haïtiens. Ils ont vécu brièvement aux États-Unis avant de s’installer de façon définitive chez nous.

Edmé nous dit qu’il a grandi à Montréal-Nord et ça nous semble tout-à-fait normal.

Il se met à nous parler de son adolescence et on se rend compte, rapidement, qu’il n’a jamais été du genre à s’entourer uniquement de gens qui lui ressemblent.

«Je n’ai pas vraiment pris le temps d’étudier les données du recensement. C’est évident qu’il y a beaucoup d’Haïtiens à Montréal-Nord. Quand on marche dans les rues, ça saute aux yeux. Il y a une grosse communauté arabe, aussi, dans le quartier. C’est très mélangé. C’est pas mal plus multiculturel qu’on pense. Quand j’étais jeune, j’ai pu apprendre l’espagnol au contact de mes nombreux amis qui sont issus de la communauté latine. Un de mes meilleurs amis, qui était aussi mon voisin, est Italien.»

Je finis en vous parlant de ça parce que la «coalition» dont rêve Edmé ne se contenterait pas de traiter d’inégalités entre les Blancs et les Noirs. Il voudrait qu’on trouve des façons d’intégrer, à la ligue, des gens aux origines diverses. Il voudrait qu’il y ait plus d’employés francophones dans les bureaux. Il voudrait qu’on donne plus de chances aux femmes.

«Je voudrais que la LCF ressemble davantage au Canada, dans toute sa diversité.»

Je vous dis, c’est loin d’être farfelu.

J’espère que d’autres l’écouteront.