Le gardien de but Filip Gustavsson (à gauche) figure au 17e rang des meilleurs espoirs des Sénateurs derrière Joey Daccord (au centre) et Mads Søgaard (à droite) qui sont respectivement 10e et 7e.

L’espoir numéro 17

CHRONIQUE / Dans le petit monde du journalisme sportif, Corey Pronman s’est forgé une bien jolie réputation. Au lieu de suivre les activités d’une organisation de la LNH, il s’intéresse aux espoirs des 31 équipes.

Il prend son rôle au sérieux et ça paraît.

J’avais bien hâte de consulter son classement annuel des joueurs de la relève à Ottawa.

Le 23 août dernier, quand il a paru dans L’Athlétique, je me suis mis à chercher Filip Gustavsson.

J’ai cherché. Cherché. Et cherché encore.

J’ai d’abord constaté que Mads Søgaard possède désormais l’étiquette de « gardien d’avenir » de l’organisation. Le géant danois de 18 ans se pointe au septième rang du classement de Pronman, toutes positions confondues. Arrive ensuite Joey Daccord, en 10e position. Marcus Högberg, en 15e.

J’ai fini par trouver Gustavsson... en 17e place.

Quatrième meilleur espoir d’Ottawa devant le filet.

Un peu plus et il glissait au cinquième rang. Parce que le Québécois Kevin Mandolese le talonne. Il figure au 18e échelon.

C’est le classement d’un seul journaliste, me faisait valoir le collègue Marc Brassard, plus tôt cette semaine.

Il a raison... mais pas complètement.

Jeudi midi, après la première séance d’entraînement du camp des recrues, on comptait une bonne dizaine de reporters, dans les coulisses du Centre Canadian Tire. Les collègues voulaient parler à Josh Norris. À Erik Brännström. À Logan Brown. Même l’ancien des Olympiques de Gatineau Maxim Trépanier, un simple joueur invité, s’est vite retrouvé avec trois micros sous le nez.

Quand Gustavsson a quitté le vestiaire, je l’ai accroché. Je l’ai eu, à moi tout seul, pendant une bonne dizaine de minutes.

« Impossible d’ignorer son taux d’efficacité de 88,7 %, la saison dernière », écrit le collègue Pronman.

Ces chiffres lui ont presque valu d’être complètement radié de la liste, ajoute-t-il.

On est rendus là. On identifie les espoirs du hockey professionnel à 12 ans. Les agents commencent à leur tourner autour quand ils ont 14 ans. On leur présente ensuite des nutritionnistes, des psychologues, des préparateurs physiques. On s’attend à ce qu’ils soient prêts à briller au plus haut niveau dès leur arrivée. S’ils ont le malheur de connaître une mauvaise campagne, on passe vite au prochain appel.

Pronman a raison. Il est impossible d’ignorer les statistiques de Gustavsson à Belleville. On peut cependant chercher à comprendre.

« Je pense que j’ai quand même bien démarré la saison », me disait le jeune gardien suédois, durant notre entretien.

« Les choses ont commencé à m’échapper, après quelques semaines. J’ai commencé à perdre confiance en mes moyens, a-t-il poursuivi. Après la pause de Noël, je n’ai pas eu la chance de jouer trop souvent. Mais j’ai vraiment l’impression que les choses ont recommencé à se placer, vers la fin de l’année. Je le ressentais durant les séances d’entraînement. La confiance revenait, tranquillement. Et j’ai joué quelques bons matches, aussi. »

Tous les athlètes traversent des périodes où la confiance fait défaut. Pour un gardien de buts, chaque seconde d’hésitation peut s’avérer fatale. Les périodes de doute ne peuvent donc jamais s’étirer.

Gustavsson reconnaît qu’il a eu du mal à s’adapter à la réalité nord-américaine. Quand la saison a débuté, l’automne dernier, il ne savait pas trop s’il aboutirait à Belleville, dans la Ligue américaine, ou à Brampton, dans la Ligue East Coast.

« C’est le genre de situation qu’on ne vit jamais, chez nous. Quand la saison débute, en Europe, tu sais exactement où tu t’en vas. L’an dernier, tout était nouveau, pour moi. Cette année, je sais mieux ce qui m’attend. Ça va me permettre d’attaquer la saison avec plus de confiance. »

Gustavsson sait ce qui l’attend. On lui a par exemple annoncé qu’il obtiendra le départ dans le premier match du tournoi des recrues, vendredi soir, à Belleville.

Début octobre, il devrait de nouveau faire équipe avec Högberg, dans la Ligue américaine.

Il sait aussi que l’opportunité sera belle. Craig Anderson a 38 ans. Il s’apprête à disputer sa — probable — dernière saison à Ottawa.

Un poste de gardien de buts numéro un sera bientôt ouvert.

Il doit comprendre qu’il lui suffira de connaître une bonne saison pour revenir dans la course.