Sylvain St-Laurent
Noémie Chartier-Lefrançois (à gauche) et le médecin des Olympiques, Maxime Chabot (à droite), travaillent à la Coop Santé de la Basse-Lièvre.
Noémie Chartier-Lefrançois (à gauche) et le médecin des Olympiques, Maxime Chabot (à droite), travaillent à la Coop Santé de la Basse-Lièvre.

Le sens du devoir

CHRONIQUE / Vous n’avez sans doute pas oublié le point de presse de vendredi dernier. Le moral gonflé par des chiffres encourageants, le premier ministre s’est tourné vers l’avenir, en lançant un appel à tous les jeunes étudiants qui ne savent pas trop vers quels champs d’études se diriger.

«Considérez la santé parce qu’on a besoin de gens», a-t-il plaidé.

Noémie Chartier-Lefrançois ne l’a pas regardé, en direct. Elle était retenue à son poste, à la Coop Santé de la Basse-Lièvre.

Les deux mains dedans, comme on dit.

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Mme Chartier-Lefrançois n’est peut-être pas encore très connue, dans l’Outaouais. Les gens qui ont passé quelques soirées au centre Robert-Guertin, l’hiver dernier, l’ont peut-être remarquée. Elle occupe un peu d’espace derrière le banc des Olympiques de Gatineau.

Elle vient de compléter sa première saison à titre de thérapeute du sport. Il faut croire que ça s’est bien passé. Dans le grand remaniement du printemps, qui a emporté tous les entraîneurs, elle a réussi à conserver son poste.

Le nouveau patron, Louis Robitaille, pas plus tard que cette semaine: «Noémie fait vraiment bien son travail. Elle appartient à la nouvelle génération. Elle apporte de nouvelles idées. Elle cadre parfaitement dans ce que nous essayons de faire».

C’est un peu pour ça que j’ai eu le goût de lui poser quelques questions.

Elle a déjà un emploi. Un emploi qui lui offre tout plein de défis. Un club de hockey junior, c’est une PME. Il y a tout le temps quelque chose à faire dans les bureaux. Même durant la saison morte.

Elle n’avait donc pas nécessairement besoin de se précipiter sur la ligne de front, en pleine pandémie.

«Le 13 mars, le médecin de l’équipe, Maxime Chabot, m’a contactée. Nous avons une excellente relation. Il m’a demandé si je pouvais les aider à faire du triage. Il avait un nouveau poste à combler. Un poste qui n’existait pas avant la situation de la COVID», m’a-t-elle expliqué.

Chaque jour, elle porte le costume au grand complet. Le masque, la visière, la tunique, les gants... Elle s’installe derrière un comptoir et accueille tous les patients qui débarquent. Elle doit tout faire pour que le virus n’atteigne pas la clinique. La coopérative doit être une «zone froide».

Un peu comme un bon défenseur doit protéger son territoire en empêchant les gros attaquants adverses de trop embêter son gardien.

Dans les deux cas, c’est risqué.


« Devant cette crise-là, devant cette pandémie mondiale, je me suis dit que je devais faire partie de la solution. »
Noémie Chartier-Lefrançois

Chaque jour, à Buckingham, la jeune femme croise des gens qui présentent des symptômes.

«Devant cette crise-là, devant cette pandémie mondiale, je me suis dit que je devais faire partie de la solution», m’a-t-elle expliqué.

«En tant que professionnelle de la santé, je devais m’impliquer. C’était un peu mon devoir. La saison de hockey a été annulée. Je continue de m’occuper des joueurs. Je prends soin d’eux à distance. Je leur envoie des programmes d’entraînement, des choses comme ça. Au quotidien, j’avais quand même un peu de temps à offrir.»

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Noémie Chartier-Lefrançois nous dit que c’est son «devoir».

Je dirais que tout est une question d’interprétation.

Elle détient un diplôme d’études supérieures en thérapie du sport. Elle est une professionnelle de la santé, dans un domaine très pointu. Je répète: rien ne la préparait à travailler dans un centre de santé généraliste, à faire du tri en période de pandémie.

Elle détient déjà un poste à temps complet.

D’ailleurs, elle a passé son mardi au centre Guertin. Dans les bureaux, on lui a trouvé du travail. Il y a un gros repêchage à préparer. Tous les bras et les cerveaux qui sont disponibles peuvent être mis à contribution.

Dans le monde du hockey, les équipes sont composées de joueurs aux personnalités différentes.

Quand le temps est venu de se mettre en danger pour aider l’équipe, certains ont tendance à lever la main plus rapidement que d’autres.

La jeune thérapeute des Olympiques ne sait pas non plus combien de temps cette mission durera.

Tout porte à croire que le poste qu’elle occupe, à Buckingham, n’est pas près d’être aboli.

Au niveau du hockey, c’est encore plus difficile de prédire.

Elle n’est pas encore très connue dans l’Outaouais parce qu’elle vient d’arriver. Mais elle aimerait rester pendant un bout de temps. «Avec toutes les bonnes choses qui sont en train d’arriver aux Olympiques...»

Elle continuera donc de prendre des nouvelles de ses joueurs, de façon ponctuelle, grâce à Zoom.

Elle fait des «suivis» auprès de «ceux qui avaient des bobos en fin de saison». Elle envoie des plans d’entraînement. Elle donne des conseils de la nutrition.

«C’est important de rester en contact avec eux. Voir comment ils prennent ça. Voir comment ça se passe dans leurs familles...»

Ça doit être le sens du devoir, ça aussi.