Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent

Le scénario se répète

CHRONIQUE / Vous avez peut-être remarqué. Ou pas.

La semaine dernière, dans la presse anglophone, on a finalement émis un doute sur la façon dont on s’est occupé du dossier de Jean-Gabriel Pageau, la saison dernière, chez les Sénateurs.

«Pageau playing like the one that got away in Ottawa», a écrit un chroniqueur du réseau Postmedia, Michael Traikos.

Pageau a échappé aux Sénateurs.

Son texte a été publié dans les pages du Ottawa Sun.

J’ai lu. J’ai souri.

J’ai eu l’impression d’avoir moi-même écrit ce texte à six occasions, au moins, entre le mois de novembre 2019 et le mois de mars 2020. Chaque fois, j’avais un peu l’impression de me répéter. Chaque fois, je cherchais de nouvelles façons de servir les mêmes arguments.

Les Sénateurs n’avaient pas nécessairement besoin d’un autre choix de première ronde. Ils avaient besoin de mettre sous contrat un bon vétéran, un vrai pro, un type capable de montrer aux jeunes comment livrer de grosses performances dans les matches cruciaux.

Tôt ou tard, les dirigeants des Sénateurs devront trouver un autre vétéran pour jouer ce rôle, écrit Traikos.

Ça aussi, je l’ai écrit. Plus d’une fois.

Les collègues anglophones ont eu besoin de six mois de plus pour en arriver à ces conclusions.

Mieux vaut tard que jamais.

Michael Traikos, soit dit en passant, est un chroniqueur «national» pour Postmedia. Il travaille à Toronto.

Ça peut vous sembler anecdotique.

Pour moi, c’est un petit détail d’une assez grande importance.

Je reviens de vacances et je commence cette première chronique en vous parlant d’un dossier clos.

Au fond, je vous parle de Pageau parce que j’ai cette curieuse impression que l’histoire est en train de se répéter.

Les Sénateurs sont peut-être en train de perdre Mark Borowiecki.

La direction des Sénateurs a commis plusieurs erreurs, la saison dernière, dans les mois qui ont précédé la date limite des transactions.

Pierre Dorion a choisi d’attendre le dernier moment pour entamer les négociations avec les conseillers du centre gatinois.

Ce n’était pas une très bonne stratégie.

Après la date limite des transactions, Pierre Dorion s’est rapidement engagé à tout faire en son possible pour retenir Borowiecki.

«Nous voulons qu’il soit un Sénateur à vie», a-t-il même déclaré.

Depuis?

Rien à raconter, ou si peu.

Selon nos informations, les négociations entourant le renouvellement de son contrat n’ont pas vraiment progressé. Borowiecki a donc repris l’entraînement dans son gymnase personnel, chez lui, sans trop savoir ce que lui réserve l’avenir.

On dit qu’il s’inquiète, ce qui est parfaitement compréhensible.

Il est devenu père de famille, dans la dernière année. C’est un événement marquant, dans une vie. Le genre d’événements qui bouscule certaines certitudes et qui offre de nouvelles perspectives à long terme.

Il doit avoir hâte de savoir où sa famille passera les prochaines années.

Le départ de Borowiecki ne percera probablement pas le top-10 des nouvelles les plus importantes de l’année. Les partisans des Sénateurs ne se précipiteront pas sur la pelouse du Parlement pour manifester leur colère en faisant brûler leurs chandails rouges avec le centurion en trois dimensions.

Ils ont déjà perdu Erik Karlsson, Mike Hoffman, Mark Stone et Matt Duchene au nom de la reconstruction.

Il ne faut quand même pas s’attendre à ce qu’ils déchirent leurs chemises pour un défenseur numéro six qui entreprend la dernière phase de sa carrière.

Il y a quand même un petit quelque chose de différent, dans son histoire. Un petit côté nouveau qui est franchement inquiétant.

Karlsson et Hoffman sont partis parce que «le vestiaire était brisé». Dorion a maintenu qu’il devait apporter d’importants changements de façon à reconstruire la culture de l’organisation. On l’a cru.

Stone, Duchene - et Pageau, au fond - ont quitté pour des questions d’argent. Ils ont choisi d’offrir les meilleures années de leurs carrières à des organisations compétitives, capables de gagner un championnat plus tôt que tard.

Borowiecki, ce n’est rien de ça.

Borowiecki n’est pas du genre à détruire l’esprit d’équipe. Au contraire, il a travaillé très fort, depuis trois ans, à réparer les pots cassés.

Borowiecki ne quittera pas pour une question d’argent. Même s’il vient de connaître la meilleure saison de sa carrière, il ne demandera pas à ce qu’on lui consente un contrat similaire à celui de Duncan Keith.

Borowiecki vient d’Ottawa. Il a toujours été un fan des Sénateurs. Il a toujours voulu terminer sa carrière ici.

Si la direction des Sénateurs n’est pas en mesure de s’entendre avec des joueurs comme ça...