Lors des Jeux de Vancouver en 2010, le défenseur franco-ontarien Dan Boyle a réussi à déjouer le gardien russe Evgeni Nabokov qui était son coéquipier dans la LNH.

Le médaillé de la Basse-Ville

CHRONIQUE / Dan Boyle n’est pas certain d’avoir vu, de ses yeux, le but en or de Sidney Crosby.

L’action se passait à l’autre bout de la patinoire, loin du banc d’Équipe Canada. Il était peut-être en train de boire une gorgée d’eau quand le 87 a glissé la rondelle entre les jambières de Ryan Miller.

Boyle, le défenseur franco-ontarien qu’on a tendance à oublier, le « p’tit gars » de la Basse-Ville d’Ottawa, l’ancien de l’école secondaire publique De La Salle, était pourtant là.

Dix ans plus tard, il conserve un souvenir un peu flou de la célébration qui a suivi.

« Il y avait beaucoup de monde dans le vestiaire, raconte-t-il. Je suis convaincu à 95 % que le premier ministre Stephen Harper était avec nous. Tu ne devrais peut-être pas me citer là-dessus. Tu devrais vérifier. Et si jamais tu te rends compte que c’est un souvenir que je me suis moi-même implanté, tu comprendras à quel point j’étais excité, à ce moment-là. »

Je n’ai pas vérifié. Tout le reste, Boyle s’en souvient très bien.

Il parle par exemple de la pression, insoutenable. Ses coéquipiers ne pouvaient pas vraiment se permettre de quitter le village des athlètes. Ils regardaient la télévision pour suivre l’immense party qui battait son plein dans les rues de Vancouver. « On sentait vraiment qu’on avait 33 millions de personnes derrière nous. Ces gens-là étaient derrière nous, mais pour eux, la médaille d’argent aurait constitué une conclusion terrible. Pour eux, c’était l’or ou rien d’autre. »

Boyle se souvient aussi surtout parfaitement du parcours préliminaire du Canada. Il est capable de parler du réveil de son équipe, qui a coïncidé avec le début des matches éliminatoires. Il sait à quel point la ligne peut être mince entre la réussite et l’échec.

Boyle est vraiment bien placé pour nous parler de ce moment charnière dans l’histoire sportive du pays.

Pour comprendre la suite des choses, il faut savoir que Dan Boyle faisait partie de l’équipe canadienne, quatre ans plus tôt, aux Jeux de Turin.

Il faisait partie de l’équipe, mais pas assez à son goût. Il faisait partie d’un petit groupe de quatre joueurs qu’on avait emmené en Italie pour jouer les réservistes. Il était prêt à dépanner, en cas de blessure, et il n’y a jamais eu de blessure.

Il a quand même vu la débandade totale. Des stars de la LNH n’ont jamais été capables de s’unir pour former une équipe. En 2006, le Canada s’est contenté de la septième place.

« Je pourrais trouver plein d’arguments pour vous faire valoir que je méritais de faire l’équipe, en 2006. Et pas juste à titre de réserviste », commence-t-il.

« C’était très difficile, pour moi, de regarder ce tournoi. En fait, c’est mon père qui m’avait convaincu de me rendre là-bas. Certains gars sont capables d’accepter de jouer un rôle de soutien. Pas moi. J’ai toujours été trop compétitif. »

On attribue souvent à Erik Karlsson, P.K. Subban et Drew Doughty un changement de culture au hockey dans la décennie 2010. Depuis l’émergence de ces stars, les équipes de la LNH s’intéressent davantage aux défenseurs de petit gabarit qui se spécialisent dans la relance de l’attaque.

En réalité, des gars comme Boyle, Brian Campbell et Brian Rafalski avaient commencé à préparer le terrain, quelques années plus tôt.

En 2010, il ne faisait aucun doute que le quart-arrière franco-ontarien des Sharks de San Jose faisait partie des six meilleurs défenseurs au pays.

L’expérience de Boyle s’est avérée fort utile. Il en était à sa 10e saison dans la LNH et il possédait une bague de la coupe Stanley. Quand la ronde des médailles a débuté, il a su élever son jeu d’un cran.

Dans la première période des quarts de finale, contre la Russie, il a pris les choses en main. Il a marqué un but et obtenu deux mentions d’aide.

Le gardien des Russes était son ami et coéquipier des Sharks, Evgeni Nabokov.

« J’ai toujours été un gars de séries. Toujours été à mon mieux quand j’avais le dos au mur. Avant ce match contre la Russie, j’étais un peu nerveux. Je me suis juste dit que je devais aller sur la glace et faire mon truc. »

« Nabokov, c’est encore mon ami. Même si 10 années ont passé, quand on se revoit, je peux toujours lui rappeler ce souvenir. »