Sylvain St-Laurent
L’attaquant franco-ontarien de Rockland, Derek Roy, fêtera ses 37 ans au début du mois de mai.
L’attaquant franco-ontarien de Rockland, Derek Roy, fêtera ses 37 ans au début du mois de mai.

Il y a toujours l’an prochain...

CHRONIQUE / Derek Roy a quitté l’Allemagne, vendredi matin. Il est monté, à contrecœur, dans un gros avion en partance vers le Canada.

Ça ne devait pas se passer ainsi.

Selon le plan initial, il devait passer au moins six semaines de plus à Munich.

L’été passé, l’attaquant franco-ontarien de Rockland étudiait les offres de contrat provenant des clubs de hockey d’Europe. Quand le Red Bull EHC lui a fait signe, il a été séduit. Il savait qu’il s’agissait d’un des meilleurs clubs de la ligue d’élite allemande.

Il a consulté le calendrier. En Allemagne, chaque année, la série finale se joue dans la dernière semaine du mois d’avril.

Il était donc prêt à rester, le temps qu’il faut. Comme tous les joueurs de hockey, dans toutes les ligues du monde, il voulait quitter la glace, au terme de son dernier match, en soulevant un gros trophée au bout de ses bras.

On connaît la suite. La ligue allemande a été parmi les premières à réagir à la menace de la COVID-19. Mardi, les dirigeants ont décidé de tout annuler. Ils n’ont même pas voulu laisser planer l’ombre d’un doute pour une reprise, plus tard, ce printemps.

« Notre directeur général est descendu dans la chambre pour nous annoncer la nouvelle. C’était difficile à entendre », m’a expliqué Roy, quand j’ai réussi à le contacter. Il avait le nez dans ses valises.

« Je devais partir la semaine prochaine, mais j’ai modifié la date de mon vol. On ne sait jamais... »

Il ne voulait certainement pas se plaindre. Le Gouvernement canadien n’avait pas encore imposé de restrictions aux avions provenant d’outre-mer.

Il pouvait donc rentrer directement chez lui.

Les autres joueurs étrangers du Red Bull EHC n’ont pas tous cette chance.

Chris Bourque, fils du légendaire défenseur Raymond Bourque, voulait rentrer chez lui, dans la région de Boston. Il a été obligé de s’acheter un billet d’avion pour Montréal. Pour parcourir les 600 km restants, il s’est débrouillé autrement.

« On a eu notre dernier souper d’équipe. Les gars avaient vraiment du mal à l’accepter », dit Roy.

« On s’est installés en première position après le troisième match de la saison. On a passé la saison au grand complet au sommet du classement. On était prêts pour un autre challenge. On savait qu’il serait plus difficile de scorer dans les playoffs. C’est vraiment difficile à prendre, tout ça. Mais bon... Il faut croire que certaines choses sont plus grosses que le hockey. »

***

Roy va continuer de se répéter toutes les bonnes choses, dans les prochains jours, pour faire passer sa déception.

Voyez-vous, le club de Munich s’est retrouvé en première position après la troisième partie de la saison.

Le vétéran attaquant, qui a passé 10 saisons complètes dans la Ligue nationale de hockey, s’est retrouvé sur la touche après le match numéro quatre.

Roy a bien aimé son expérience de vie dans la capitale de la Bavière. Il paraît que les Bavarois sont bien gentils, bien accueillants.

Une chance. Sinon, il aurait bien trouvé le temps long.

« Je me suis blessé au début de l’année. C’était mon épaule. Au début, on m’a dit que j’aurais besoin d’environ un mois pour bien guérir. Mais les choses ne progressaient pas trop rapidement. J’ai fini par passer un examen d’imagerie par résonance magnétique. Les médecins ont découvert que j’avais subi une déchirure du labrum. Ils ont conclu que j’avais besoin d’une opération. »

Roy a finalement passé cinq longs mois à l’écart du jeu. Il a finalement pu revenir au jeu alors qu’il restait six matches à jouer en saison régulière.

« Pour moi, ces six games, c’était comme un camp d’entraînement en prévision des playoffs. Je voulais jouer ces games pour améliorer mon cardio. J’avais l’impression que ça fonctionnait. Je trouvais que, soir après soir, ça s’améliorait. J’étais excité. Après cinq mois en rehab, c’était suffisant pour m’emballer. »

La pilule est triplement dure à digérer parce que Roy, mine de rien, célébrera son 37e anniversaire de naissance au début du mois de mai. Il ne lui reste plus tellement de temps pour emmagasiner des souvenirs.

« J’ai signé un contrat de deux ans avec Munich. Mon plan, au départ, c’était de jouer ces deux années avant de prendre ma retraite. »

« Toute cette histoire me donne presque le goût de modifier mes plans. Il pourrait bien me rester une autre année à donner au hockey, quand ce contrat sera terminé. »