Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Il y a 25 ans, les Olympiques de Hull ont remporté la coupe du Président
Il y a 25 ans, les Olympiques de Hull ont remporté la coupe du Président

Hersh et la coupe surprise de 1995

CHRONIQUE / On sait comment ça fonctionne. Parfois, le temps joue un drôle de tour à notre mémoire. Les années qui passent ont le don de déformer certains souvenirs.

Il y a 25 ans, presque jour pour jour, les Olympiques de Hull ont remporté la coupe du Président pour la troisième fois de leur histoire.

Le 5 mai 1995, un jeune journaliste fringant, un certain François Gagnon, se trouvait au Colisée de Laval. Il couvrait le match décisif pour votre quotidien favori.

J’ai fouillé dans les archives du Droit, pour trouver sa description du but décisif.

«À son dernier match dans le hockey junior, Hersh a saisi une rondelle libre au centre avant de déjouer Sébastien Charpentier d’un puissant tir de la ligne bleue», a-t-il écrit.

En 2020, quand Harold Hersh raconte son dernier but dans la LHJMQ, ce n’est pas la même chose.

«Je m’apprêtais à dumper la rondelle. Au lieu de l’envoyer dans le coin de la patinoire, j’ai visé le filet. J’avais déjà tourné les talons, je rentrais tranquillement vers le banc des joueurs, quand j’ai regardé par-dessus mon épaule. C’est comme ça que j’ai appris que la rondelle s’était retrouvée dans le fond du filet.»

Un peu moins glorieux, mettons.

Harold Hersh a récemment reçu un cadeau. Une <em>fan</em> des Ice Pilots de Pensacola, un club des ligues mineures pour lequel il a joué, lui a envoyé par la poste un de ses anciens chandails.

«Je n’ai pas marqué des tas de buts spectaculaires, durant ma carrière», ajoute, en riant, l’homme qui est aujourd’hui âgé de 46 ans.

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Tout cela ne veut pas dire que Hersh ne conserve pas un super souvenir des séries du printemps 1995.

Il n’est pas tout seul, d’ailleurs. Le vénérable Serge Haché, que tout le monde connaît au centre Guertin, parle avec beaucoup d’émotion de cette conquête. Je l’ai eu au bout du fil pendant environ cinq minutes, plus tôt, cette semaine. Il m’a parlé d’une équipe de caractère qui a été obligée de souffrir pour atteindre son objectif.

Haché se souvient d’une demi-finale particulièrement rude, contre les Harfangs de Beauport.

Les Harfangs, c’était l’équipe de Patrick Côté, Ian McIntyre, Joël Thériault. Trois gars qui inspiraient la crainte, partout, dans les arénas de la province.

Pour gagner en finale, il fallait gagner à Laval.

«Dans le House of Pain», rappelle Harold Hersh.

Le joueur ne se souvient pas tellement des coups de bâton reçus sur la glace du Colisée. Un quart de siècle plus tard, quand il repense à tout cela, il se souvient surtout des singeries qui étaient orchestrées par tous les employés et supporters du Titan.

«Quand notre chauffeur nous débarquait, devant l’aréna, il devait aller se stationner plus loin. C’était trop dangereux de le laisser proche de l’aréna, à la vue des fans. Ils auraient pu faire des choses...»

«Avant les matches, nos trainers devaient prendre le temps de balayer le plancher, sous le banc des joueurs. Quand on arrivait, le plancher était toujours recouvert de sable...»

«Nous autres, pendant ce temps-là, on s’habillait dans le vestiaire des visiteurs, où il faisait très chaud. Et on ne pouvait naturellement rien faire pour changer le thermostat...»

«Mais bon. Nous, on avait une chose à faire. On voulait aller là-bas et voler un match.»

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En 1995, les Olympiques ne devaient pas gagner.

Le Titan avait remporté le championnat de la saison régulière. Il avait l’avantage en ce qui a trait à la profondeur. Il avait probablement l’avantage en termes de talent brut, aussi.

«On avait José Théodore dans les buts. Ça nous a probablement aidés», intervient Hersh, avec une toute petite pointe d’ironie dans la voix.

Les gardien José Théodore

Laval, à cette époque, jouissait d’un statut particulier, dans la LHJMQ.

Pour battre Laval, Hull avait peut-être besoin d’un Lavallois.

Hersh a grandi sur l’île Jésus. Il a passé sa jeunesse dans le quartier Chomedey, à une quinzaine de kilomètres du domicile du Titan.

Bon. Peut-être que pour battre Laval, il n’était pas nécessaire de compter sur Lavallois.

Je dis juste ça de même.

Je vous ramène quand même au début de cette chronique, quand François Gagnon a écrit que Harold Hersh jouait, le 5 mai 1995, son dernier match junior.

Il avait donné quatre années de sa vie à Hull et aux Olympiques.

«Je viens de Laval. J’ai pu jouer mon dernier match à Laval. Toute ma famille était là. Je n’aurais pas pu trouver un meilleur moment pour marquer un but», complète-t-il.