Sylvain St-Laurent
Craig Anderson a conservé une fiche gagnante de 289-251-69 dans la LNH.
Craig Anderson a conservé une fiche gagnante de 289-251-69 dans la LNH.

Comme une conférence de presse d’adieu

CHRONIQUE / Craig Anderson a passé neuf hivers, en tout, à Ottawa. Durant ces neuf hivers, il n’a jamais vraiment cherché à gagner la sympathie des médias.

Anderson était clairement ici pour travailler.

Son truc, c’était d’arrêter des rondelles.

Tout le reste avait parfois l’air de lui peser.

Quoi? Vous voulez encore me parler? Venez, si ça vous chante. Je vais vous servir les quatre ou cinq mêmes clichés que la dernière fois.

Et si vous n’êtes pas rassasiés, vous pouvez revenir demain. Ça va me faire plaisir de recommencer.

Anderson a été d’une constance désarmante, à ce chapitre, depuis 2011.

On a vu un type légèrement différent, mercredi après-midi, sur la plateforme Zoom.

Pas trop. Juste un peu.

Les Sénateurs essaient de nous occuper, chaque semaine, en organisant une ou deux séances de questions-réponses avec des membres de l’organisation.

Anderson était l’invité d’honneur, cette semaine.

C’était un peu différent, parce que ça pourrait bien être une conférence de presse d’adieu.

La Ligue nationale de hockey conserve toujours l’espoir de compléter sa saison 2019-2020. Ça se passerait en été. Et ça risque de se faire sans le club d’Ottawa.

On parle de plus en plus d’un tournoi éliminatoire impliquant 24 équipes, dans quelques villes ciblées. Les matches seraient disputés à huis clos. Les joueurs, les entraîneurs et les autres intervenants de la LNH n’auraient pratiquement pas de contacts avec le monde extérieur.

Les clubs qui étaient essentiellement écartés de la course aux séries, à la mi-mars, n’auront peut-être même pas la chance de conclure leur parcours.

Anderson a peut-être joué son dernier match avec les Sénateurs.

Le vétéran a perdu son poste de gardien de but numéro un, cet hiver.

Il aura été l’homme de confiance de cinq entraîneurs, durant son séjour à Ottawa. Cory Clouston, Paul MacLean, Dave Cameron, Guy Boucher et Marc Crawford ne juraient que par lui.

Cette séquence a pris fin cet automne. Selon ce qu’on a cru comprendre, au fil des mois, D.J. Smith n’a jamais été un fan.

Il ne sera pas de retour, l’an prochain.

En fait, il risque fort bien de pratiquer un métier différent, lorsque la LNH reprendra son cours normal.

Anderson a beau dire «qu’il traversera le pont quand il atteindra la rivière» et qu’il «ne sert à rien de trop spéculer en cette période de grande incertitude», il doit forcément commencer à préparer sa sortie.

On peut déjà l’aider à faire son bilan. Il a (presque) 39 ans. Il a passé 19 saisons complètes dans le monde du hockey professionnel. Il a joué 648 matches et conservé une fiche gagnante de 289-251-69 dans le circuit Bettman.

Il pourra surtout se retirer avec la fierté d’avoir été le plus grand gardien de l’histoire d’une équipe.

Malgré tous ses efforts pour passer inaperçu, à l’extérieur de la patinoire. Anderson a réussi à laisser sa marque dans les livres de statistiques.

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En mars 2009, j’étais «sur le beat» des Sénateurs. Pour notre édition week-end, j’avais préparé un reportage sur le cimetière de gardiens de la capitale. Dans une courte période de cinq ans, l’équipe avait brûlé pas moins de six gardiens titulaires. 

Patrick Lalime avait quitté au terme de l’ultime revers, en séries, contre les Maple Leafs de Toronto. Dominik Hasek, Ray Emery, Martin Gerber, Alex Auld et Brian Elliott s’étaient succédé, sans réussir à s’accrocher. 

Certains avaient connu plus de succès que d’autres, mais ils avaient tous un point en commun. Ils avaient tous eu beaucoup de mal à composer avec la pression qui était rattachée à leur affectation.

En 2009, Pascal Leclaire obtenait sa chance. Le Québécois aura joué, en tout, 48 parties à Ottawa.

La plus grande réussite d’Anderson aura été de briser ce cycle. Bryan Murray a fait son acquisition, au printemps 2011, parce qu’il lui fallait un gardien d’expérience pour conclure la saison. Cette histoire qui devait être éphémère s’est étirée pendant neuf ans.

J’ai parfois cru que sa façon d’interagir avec les médias lui permettait de se protéger. Il évitait de s’ajouter, inutilement, de la pression.

Je vous disais, au début de cette chronique, qu’on a vu un Craig Anderson légèrement différent, mercredi.

En gros, il a demandé à tout le monde d’être extrêmement prudent, en cette période de pandémie. Ça semblait sincère.

Je vous l’ai dit, ce n’était pas grand-chose.

Pour lui, c’était déjà beaucoup.