Sylvain St-Laurent
David-Alexandre Beauregard a porté les couleurs de 18 équipes et évolué dans neuf ligues au cours de sa carrière de hockeyeur.
David-Alexandre Beauregard a porté les couleurs de 18 équipes et évolué dans neuf ligues au cours de sa carrière de hockeyeur.

Cinq cent quatre-vingt-un buts

CHRONIQUE / On s’amuse ferme, depuis maintenant deux jours, sur la page Facebook des Olympiques de Gatineau.

L’équipe de la LHJMQ a décidé de divertir un peu ses fans, durant ce long printemps plate. Elle a organisé un gros concours interactif, visant à couronner le joueur le plus populaire de l’histoire de la concession.

Soixante-quatre joueurs étaient en lice, au départ. Le scrutin populaire a débuté mercredi. On a déjà éliminé quelques candidats.

C’est à la fois amusant et fascinant. Je ne vous apprendrai rien en vous disant qu’au fil de leur riche histoire, les Olympiques ont aligné des tas de jeunes hommes de très haut niveau.

On finit par se dire que le tableau aurait pu être plus important. Un exemple: David-Alexandre Beauregard n’a pas été retenu.

On pense rarement à Beauregard quand on dresse la liste des grands joueurs des Olympiques. Il n’est pas resté assez longtemps. Il est arrivé au Centre Guertin au beau milieu de la saison 1995-96, pour ensuite repartir avant la fin de la saison 1996-97.

Il n’a pas vraiment eu le temps de laisser sa marque.

Je vous parle de Beauregard, aujourd’hui, parce que je suis tombé sur lui comme par hasard, récemment. L’algorithme de Facebook m’a présenté une publication d’un club de hockey mineur, dans la couronne nord de Montréal, où il s’implique comme entraîneur bénévole.

Je me suis senti obligé de faire un peu de recherche.

Je me suis ensuite senti obligé de sortir ma calculette.

Beauregard a fait carrière pendant 16 ans, dans les rangs professionnels. C’est déjà remarquable, quand on se souvient de l’accident dans lequel il a perdu un oeil, alors qu’il évoluait dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Sa carrière a été marquée par deux grandes tendances. D’abord, il a vu du pays. Il a porté les couleurs de 18 équipes et évolué dans neuf ligues.

Il a surtout marqué des buts. Dans l’Oklahoma, en Virginie, au Michigan ou au Royaume-Uni, ça n’a jamais changé.

J’ai fait le calcul deux fois, pour ne pas me tromper. Il en a marqué 581, en tout.

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David-Alexandre Beauregard

«J’ai toujours été un compteur. J’ai toujours adoré compter des buts.»

David-Alexandre Beauregard était dans son véhicule, très tôt, jeudi matin, quand il a répondu à mon appel.

Il a remisé son équipement au terme de la saison 2012-13. De retour au Québec, il a entrepris sa deuxième carrière. Il oeuvre maintenant dans le monde brassicole, qui n’a pas vraiment pris de pause ce printemps.

«La bière, c’est un bien essentiel», lance-t-il avec humour.

Il semble tout aussi heureux de parler de sa longue carrière. J’insiste. Marquer 581 buts, c’est un immense exploit.

Dans toute l’histoire de la Ligue nationale, seulement 45 joueurs l’ont fait.

Dans les ligues mineures, il faut que ce soit encore plus rare. 

Les carrières sont moins longues, dans les mineures. Parce que les salaires ne sont pas élevés, les joueurs finissent souvent par se décourager après quelques années.


« J’avais la passion. J’ai fini de jouer à 37 ans. À 37 ans, ça ne me dérangeait pas du tout de me lever chaque matin pour aller pratiquer. Je tripais. »
David-Alexandre Beauregard

Beauregard, en plus, n’a joué que cinq parties, en tout, dans la Ligue américaine. Il a passé l’essentiel de sa carrière dans la Central League (CHL) et la United League (UHL). Ces deux circuits n’existent malheureusement plus, aujourd’hui.

«Je signais des contrats d’un an, toujours. J’étais loin d’être traité comme un joueur de la LNH, mais j’obtenais toujours d’excellentes conditions pour un joueur des mineures. Je faisais souvent plus d’argent que plusieurs joueurs de la Ligue américaine.»

Marquer des buts, c’est payant.

Marquer, c’est important. Mais ce n’est pas tout.

«J’avais la passion. J’ai fini de jouer à 37 ans. À 37 ans, ça ne me dérangeait pas du tout de me lever chaque matin pour aller pratiquer. Je tripais. Oui, j’étais talentueux, mais je n’étais pas toujours le plus talentueux. À la fin, on faisait appel à mes services pour mon leadership, dans le vestiaire. J’étais un gars positif. J’étais toujours de bonne humeur.»

«Quand je suis revenu au jeu, après mon accident, je voulais juste finir ma carrière dans le junior majeur. Par la suite, jouer au hockey aussi longtemps, j’ai toujours vu ça comme un immense privilège.»

C’est un peu ce qu’il essaie de partager aux jeunes hockeyeurs de niveau bantam qu’il côtoie, maintenant.

Il essaie aussi de les convaincre de passer plus de temps dans l’enclave. Ceux qui acceptent de souffrir, dit-il, n’ont pas besoin de beaucoup de talent pour marquer des buts.

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David-Alexandre Beauregard a joué quatre ans dans la LHJMQ et 16 ans dans les rangs pros. Il dit que son plus grand regret est associé aux Olympiques.

Charles Henry l’a échangé, à l’hiver 1997, pour ajouter de la profondeur à sa brigade défensive. Il comprend cette décision, mais ça lui a fait mal.

«Je n’ai pas pu goûter à la Coupe Memorial. J’aurais aimé faire partie de ce casse-tête.»