Michaël Chagnon entraîne quelques-uns des meilleurs athlètes de la relève et de l’élite en Mauricie. Depuis presque trois mois, il doit se contenter de les suivre à distance.
Michaël Chagnon entraîne quelques-uns des meilleurs athlètes de la relève et de l’élite en Mauricie. Depuis presque trois mois, il doit se contenter de les suivre à distance.

Studios d’entraînement privés: un kinésiologue de la Mauricie se vide le cœur

Trois-Rivières — Michaël Chagnon a l’impression que le gouvernement saisit mal le travail abattu par les kinésiologues et autres professionnels oeuvrant dans les studios d’entraînement privés. Bon joueur dans les premières semaines de la période d’isolation, sa patience a atteint ses limites: dans un message publié sur les réseaux sociaux et partagé par plus de 1500 personnes, il remet en question certaines phases du déconfinement.

La réouverture des gymnases, dont les centres privés comme le F.F.R.A.P de Trois-Rivières où travaille Chagnon, n’apparaît pas dans les cinquième et sixième phases de la planification. On retrouve plutôt les gyms dans les phases ultérieures, aux côtés des lieux de culte, des bars, du sport professionnel et des croisières.

«On ouvrira après les centres commerciaux, les salons de bronzage, les centres de tatouage. C’est une honte pour ce que sont et apportent les gyms, c’est une honte pour mon métier», écrit-il dans sa missive de mardi et qui a trouvé des échos aux quatre coins du Québec.


« On ouvrira après les centres commerciaux, les salons de bronzage, les centres de tatouage. C’est une honte pour ce que sont et apportent les gyms, c’est une honte pour mon métier. »
Michaël Chagnon

«Quelle est la place des gyms dans notre société? Je ne parle pas nécessairement de ceux à grande surface, mais des petits centres. Je parle des propriétaires, des gestionnaires qui ont étudié pendant trois ou quatre ans à l’université, qui sont allés chercher des formations pour devenir entraîneur par la suite. Ces gens essaient présentement de sauver ce qu’ils ont mis des années à bâtir.»

Préparateur physique au Sport-études des Estacades, kinésiologue des Diablos du Cégep de Trois-Rivières et des Dragons du Collège Laflèche, professionnel auprès de plusieurs membres de l’équipe canadienne de canoë-kayak: Chagnon voit passer au F.F.R.A.P plusieurs de nos athlètes de la relève et de l’élite en Mauricie.

«Ça va du petit hockeyeur de niveau pee-wee jusqu’au joueur pro comme Alexis D’Aoust. Environ 80 % de ma clientèle, c’est relié aux sports. Ce monde-là, j’en suis coupé en ce moment. Pourtant, on a un plan avec mille précautions pour ramener progressivement les athlètes dans nos salles. Tout est prêt», assure-t-il, en entrevue au Nouvelliste.

Des mesures strictes

La Coalition des studios privés d’entraînement avait entrepris des discussions avec le gouvernement il y a un mois, afin de plancher sur leur réouverture.

«Un protocole clair a été présenté. Au F.F.R.A.P., on fonctionnera en plages horaires avec rendez-vous, prise de température à l’arrivée, lavage des mains et entraînement exclusif pour une personne dans un espace de 150 pieds carrés. On évite de se croiser entre clients, nous serons pointilleux sur les heures de rendez-vous et sur le nettoyage des appareils, des comptoirs, des poignées de porte.»

Chagnon mentionne au passage que les studios privés sont habitués de procéder ainsi. «Ça fait dix ans que j’offre de l’entraînement comme un service privé. Nous serons seulement plus assidus sur la propreté des lieux. Contrôler les allées et venues, on le faisait déjà.»

À lire les réactions sur sa prise de position publique, ils sont plusieurs à être prêts.

«La majorité de mes clients, elle ne fait pas partie de la population à risque de développer des complications. Elle n’ira pas flâner dans les centres d’achats non plus. Par contre, cette clientèle, elle trouve le temps long. Je trouve que le gouvernement ne met pas assez l’accent sur l’aspect santé de notre métier. Il y a aussi beaucoup de gens qui croient que les portes de nos gyms privés ouvrent et se ferment au même rythme que les grandes surfaces. Ce n’est vraiment pas le cas!»

Un déconfinement sportif à géométrie variable... et à humeur variable

Michaël Chagnon côtoie des athlètes de toute sorte de disciplines. Il convient que ceux pratiquant des sports collectifs de contacts, comme le hockey et le football, ont moins le moral par les temps qui courent, alors que d’autres, plus chanceux, ont pu reprendre leur entraînement, comme les canoéistes et les kayakistes.

«Nos deux joueurs de football professionnel de la Mauricie, Jean-Christophe Beaulieu et Louis-Philippe Bourassa, s’entraînent avec des cages à squat dans leur cuisine! C’est loin d’être évident.»

C’est encore plus difficile quand ces athlètes ne peuvent miser sur l’expertise de leurs entraîneurs privés.

«Quand tu manques d’équipement, tu peux te débrouiller pendant quelques semaines, mais presque trois mois plus tard, la motivation en prend un coup. L’absence de variétés et d’accès à certaines installations, ça joue sur l’humeur. On reçoit des courriels et des textos chaque jour. On continue le suivi, mais il y a une limite à ce qu’on peut offrir comme service à distance.»