Steve Turcotte
Simon Kean devra offrir une meilleure performance qu’à son dernier combat face à Dillon Carman car il change de classe d’adversaire.  Siarhei Liakhovich est peut-être en fin de parcours, mais ça reste un ancien champion du monde, qui peut éteindre des lumières d’une seule claque.
Simon Kean devra offrir une meilleure performance qu’à son dernier combat face à Dillon Carman car il change de classe d’adversaire. Siarhei Liakhovich est peut-être en fin de parcours, mais ça reste un ancien champion du monde, qui peut éteindre des lumières d’une seule claque.

Un baromètre intéressant

Six mois après avoir nettoyé la seule tache à son dossier professionnel, Simon Kean reprend le boulot samedi soir à Montréal, afin de lancer un premier véritable message à la scène internationale.

Son combat face à Siarhei Liakhovich ne soulève peut-être pas autant les passions que ses rendez-vous avec Adam Braidwood et Dillon Carman, mais il est beaucoup plus significatif puisque ce Biélarusse est un ancien champion du monde.

Bien sûr, il a été soigneusement choisi par Eye of the Tiger Management. Liakhovich n’est plus une jeune brebis du printemps, à 43 ans. Il n’a pas boxé depuis deux ans, et son combat précédent remontait à 2014! Il ne peut être plus vulnérable qu’en ce moment, c’est une évidence.

Attention, ça ne veut pas dire qu’il ne constitue pas une menace. Chez les lourds, une seule claque peut changer l’allure du combat. En vieillissant, un boxeur perd de la vitesse, de la résistance, mais sa puissance est toujours là. Et son expérience peut être fort utile. Regardez ce qu’a accompli Jean Pascal depuis deux ans, alors que bien des gens le croyaient au bout du rouleau…

Kean ne pourra intimider Liakhovich

Et puis, ce n’est certainement pas Kean qui va apeurer ce vieux loup de mer, qui s’est battu avec plusieurs des meilleurs boxeurs de sa génération. Après avoir ravi la ceinture WBO à Lamon Brewster en 2006, Liakhovich n’a refusé aucun défi. Shannon Briggs, Nikolaj Valuev, Deontay Wilder et Andy Ruiz figurent tous sur sa feuille de route. Il s’est incliné contre ces gars-là, c’est vrai. Mais il s’est notamment rendu à la limite face à Valuev et même face à Ruiz en 2014. Ce Ruiz, je vous le rappelle, est l’actuel champion du monde WBO et IBF, après avoir terrassé Anthony Joshua cet été. La revanche, l’un des combats les plus attendus sur la planète en 2019, est programmé le même soir que Kean-Liakhovich.

Un passage obligé

Kean rêve évidemment bien plus à Joshua et Ruiz qu’à Liakhovich mais pour se rendre à ses pointures planétaires, il doit dompter quelques bêtes comme Liakhovich. Une victoire convaincante samedi et il va se mettre sur la carte. La vraie quête pourra commencer.

La conquête du titre canadien face à Mladen Miljas lui aurait offert le même genre de publicité. Tout comme une victoire éclatante face à un bon espoir comme Oleksandr Teslenko. C’est le genre de mise en scène qui, en prime, aurait pu remplir le Centre Gervais Auto. Ces derniers ont toutefois refusé à plusieurs reprises les invitations de Camille Estephan, qui s’est donc ajusté en faisant appel à Liakhovich. C’est moins sexy pour vendre des billets – Kean sera d’ailleurs en demi-finale samedi, la finale a été confiée à David Lemieux – mais ça reste une sortie dangereuse pour le Grizzly. Compliquée.

D’autant que plus Liakhovich se prépare pour le protégé de Jimmy Boisvert depuis un bon bout de temps. Ce combat devait avoir lieu l’an passé. Comme à la lutte, il était dans l’assistance au Centre Vidéotron lors du premier choc entre Kean et Carman. Le scénario était de bondir dans le ring et défier Kean dès qu’il allait passer le K.-O. à l’Ontarien, ce qui aurait mis la table à un combat qui devait se matérialiser quelques semaines plus tard à Rimouski. Mais bon, contrairement à la lutte, il est impossible de prévoir ce qui va se passer après le son de la cloche en boxe, et la victoire surprise de Carman a repoussé ce rendez-vous d’un an.

Ce n’est peut-être pas une vilaine chose pour Kean, qui dit avoir fait plusieurs changements dans sa vie depuis pour se concentrer pleinement sur sa carrière. Il a aussi pris le temps cet été de passer sous le bistouri pour rafistoler un coude qui le faisait souffrir. Si on se fie à Kean, ce sera un boxeur au sommet de son art que Liakhovich tentera de freiner samedi… Tant mieux, car il devra être plus convaincant qu’à sa dernière sortie entre les câbles s’il veut passer ce test.