Simon Kean et Johan Duhaupas ont trimé dur à l’entraînement mercredi.

«Simon peut mettre K.-O. n’importe qui»

J’ai eu droit à un beau petit privilège mercredi après-midi. Deux gars qui rêvent d’être champion du monde chez les poids lourds ont mis les gants ensemble durant huit rondes sous mes yeux.

Ce genre de séance se déroule normalement dans l’intimité. Les boxeurs font du sparring pour se préparer à un combat, ils ne sont donc pas dans une forme optimale. Forcément, ils prennent des coups. Et parfois, un pugiliste peut avoir le dessus et faire mal paraître son rival pour quelques rondes. Et c’est le genre d’information qui coule rapidement et qui peut faire jaser quand des images sont diffusées...

L’idée n’est donc pas de vous livrer un compte-rendu détaillé des huit rondes disputées entre Simon Kean et Johann Duhaupas. Sachez quand même qu’ils ont échangé de bonnes baffes. Duhaupas ne s’est pas battu en championnat du monde par hasard, il a poussé Kean jusqu’à la fin de la séance d’une trentaine de minutes. Il y a un respect sur le ring, les gars sont là pour travailler. Mais à ce poids-là, pas de chances à prendre, les gars y vont à 100%. Il y a eu de beaux échanges musclés.

C’est exactement ce qu’espérait Jimmy Boisvert lorsqu’il a fait appel au Français pour aiguiser les réflexes de Kean en vue du combat face Dillon Carman, le 8 octobre à Québec.

«Dur de trouver mieux»
Duhaupas appartient à l’élite mondiale. Pas plus tard qu’en avril dernier, il se battait sur les ondes de HBO contre un Américain invaincu. Il a subi une défaite par décision, sa 5e en 42 sorties chez les pros. Deux de ses autres revers ont été subis face aux champions du monde Alexander Povetkin et Deontay Wilder. La fiche globale de ses cinq bourreaux: 114-1-1!

«Comme partenaire d’entraînement, dur de trouver mieux sur la planète», souriait Boisvert, très élogieux sur l’endurance du Reptile.

Celui-ci rendait volontiers les compliments de l’équipe Kean. «Je connaissais un peu Simon, car il a battu Tony Yoka aux Jeux olympiques. Mais j’apprends à le découvrir sur le ring cette semaine. Il a de gros outils à sa disposition, ça c’est sûr et certain», témoignait le sympathique colosse de 6’5’’, qui valide les aspirations du Trifluvien, qui crie sur toutes les tribunes qu’il vise le sommet de la pyramide. «Il n’est pas encore rendu là. Il y a du chemin à parcourir pour être dans la classe des Wilder et Povetkin. Mais tu vois que les outils sont là. Il a notamment une force de frappe de calibre mondial. Il peut mettre K.-O. n’importe qui sur la planète. Et cette force de frappe va s’intensifier dans les prochaines années, au fur et à mesure que sa technique va se perfectionner. Il va être dangereux!»

Duhaupas est en ville pour aider Kean, mais aussi pour amorcer sa préparation en vue de son prochain combat le 27 octobre. «Après ma dernière défaite, j’ai pris du temps pour moi. Là, il fallait repartir la machine, et il n’y a rien de mieux à mes yeux que du sparring pour commencer. Or, comme j’ai du mal à me trouver des partenaires d’entraînement, cette offre est tombée pile. Je suis bien content d’être ici. On s’aide mutuellement.»

Il ne connaît pas encore l’identité de son prochain client. Il sait par contre que le combat sera en sous-carte du choc entre Hughie Fury et Kubrat Pulev... et qu’une victoire pourrait l’amener en championnat du monde à nouveau.

«C’est un rêve, devenir le premier Français champion des poids lourds. Je me donne encore deux ans pour y arriver. J’aimerais bien affronter le champion de la WBA Manuel Charr, que j’ai battu en 2015.»

Avant de penser à ce scénario, Duhaupas doit se remettre sur le sentier de la victoire en octobre. Et il a choisi un petit gymnase du terrain de l’Exposition pour s’y préparer...

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«N'ÉCOUTE QUE TES PROCHES»

À 37 ans, Johan Duhaupas a vu neiger dans l’univers unique du noble art.

Comme Simon Kean, il a connu des débuts éclatants, avant de se mesurer aux meilleurs de sa division. Il a sûrement quelques conseils pour son nouveau pote trifluvien, non?

«S’il me demandait conseil, je lui dirais d’écouter attentivement ses proches. Et de ne porter attention à aucun autre commentaire», a livré Duhaupas. «Allez lire les réseaux sociaux, ça peut te manger le cerveau. J’en parle par expérience, ça m’a affecté un bon bout de temps avant d’apprendre à m’en foutre. Tu dois boxer pour toi, ta famille et tes proches. C’est impossible de plaire à tout le monde...»

Duhaupas recommande également au clan Kean de faire les choses dans le bon ordre. 

«Ce n’est pas un sport où c’est payant de brûler les étapes. Simon doit avoir un objectif, tracer un plan en conséquence et le suivre.»

«Tout se place naturellement quand les choses se font de la bonne façon.»

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TOUJOURS PRÊT!

L’histoire est hallucinante. 

En 2016, Johan Duhaupas est invité par des promoteurs russes à assister au combat entre le Québécois Bernard Stiverne et Alexander Povetkin. 

Il s’y rend avec son gérant et comme tout bon touriste, va descendre quelques verres dans un bar pour encourager l’économie locale à la veille du duel. 

Coup de théâtre le lendemain matin: les promoteurs sonnent à sa porte et lui offre Povetkin en soirée! C’est que le Russe venait de tester positif à un contrôle antidopage, et Stiverne avait fichu le camp avec son escouade.

Pour sauver l’événement à quelques heures d’avis, Duhaupas était la seule option. «Sur le coup, j’ai refusé. Je m’étais couché tard la veille, je traînais 5kg de trop. Je n’étais pas du tout préparé pour un tel combat.»

Duhaupas a fini par céder à la cour des promoteurs. La paye était alléchante. Et en cas de victoire surprise, il devenait instantanément une tête d’affiche de la division reine de la boxe. 

«Je suis un boxeur. Les conditions monétaires étaient bonnes. J’ai décidé de tenter ma chance. Ça ne s’est pas passé comme je l’espérais. Pour moi,

ce combat-là ne compte pas, considérant les circonstances», confie celui qui s’est fait passer le K.-O. au 6e round. 

«Le début du combat s’est bien passé, j’arrivais à le toucher. Mais plus le combat étirait, moins j’avais d’énergie. Pendant le sixième round, je n’avais plus d’essence, j’avais déjà décidé d’abandonner après le round. Il m’a toutefois pincé d’aplomb quelques secondes avant la cloche...»

Duhaupas est pas mal plus fier de l’opposition qu’il a donnée à Deontay Wilder en 2015, stoppé par l’arbitre au 11e round.

«Ce fut un bon combat. J’aurais pu terminer le combat mais l’arbitre a préféré l’arrêter puisque j’étais mené aux points. Je ne lui en veux pas, il l’a fait pour me protéger. Reste que je me suis bien débrouillé. J’ai fait mentir les gens qui prédisaient que j’allais me coucher en trois rounds.»