Simon Kean va jouer gros au cours de ses deux prochains combats.

Revanche Kean-Carman: cap maintenu pour juin

CHRONIQUE / Il y aura bel et bien une revanche entre Simon Kean et Dillon Carman en juin à Shawinigan, même si l’Ontarien a eu l’air fou pas à peu près le week-end dernier en Russie.

La sortie expéditive de Carman face à Evgeny Romanov a bien sûr privé Roger Lavergne de quelques heures de sommeil. L’ex-champion canadien était davantage intéressé par le chèque que par la bagarre et dès qu’il s’est senti un peu menacé, Carman a placé un genou au tapis et a décidé d’y rester jusqu’à ce que l’officiel prononce le K.-O. avant la 2e minute du premier round!

Pour la santé de Carman, ce n’était pas une mauvaise décision. Il a pris ce combat à quelques semaines d’avis, les mains du Russe étaient trop rapides. Chez les lourds, les claques sont puissantes!

Mais pour le promoteur russe qui l’a fait venir depuis le Canada, ce comportement a été dur à digérer. Imaginez maintenant l’angle de Lavergne et des Cataractes, qui ont décidé d’investir des dizaines de milliers de dollars pour mettre sur pied Kean-Carman II. Soudainement, le scénario de la revanche devient un peu moins alléchant, non?

Lavergne ne le nie pas. Mais après mûre réflexion, de concert avec Camille Estephan, d’Eye of the Tiger Management, il a quand même décidé de s’en tenir à son plan. «Carman reste une épine dans le pied de Simon. Les gens vont toujours lui parler de cette défaite, s’il ne la venge pas. La défaite de Carman en Russie ne change rien à ça. Et puis, le combat a été tellement court face à Romanov, on n’a pas à redouter que Carman se présente chez nous avec une blessure», lance Lavergne avec un peu de venin. «On veut donner cette opportunité à Simon de corriger le tir dans sa région, lui montrer que nous sommes derrière lui là-dedans. Alors on garde le cap.»

Pour vendre ses billets, Lavergne va miser sur le fait que les deux colosses vont mettre leur carrière en jeu au Centre Gervais Auto. Là-dessus, il faut lui donner, c’est plus qu’un pitch de marketing, c’est la réalité.

Avant de surprendre le monde de la boxe en souillant la fiche de Kean, Carman semblait à la croisée des chemins. Pas pour rien qu’il a été aussi guerrier ce soir-là. Avec trois défaites au compteur, Carman savait qu’un revers face à Kean le condamnerait ensuite à des bourses minuscules s’il voulait continuer à boxer. La victoire d’octobre dernier l’a remis sur la carte, et il a pu monnayer sa visite éclair en Russie, en plus de signer une lucrative entente pour la revanche. Si cette année sera la plus payante de sa carrière au plan monétaire, elle risque aussi d’être sa dernière si le Grizzly passe de la parole aux actes et lui administre une raclée. Un poids lourd de 32 ans qui montrerait une fiche de 14-5 et qui a refusé de se battre lorsqu’il a été à l’international ne pourra se battre que pour des pinottes.

Kean est pas mal dans le même bateau. EOTM a fait un travail remarquable pour vendre son olympien au cours des 24 derniers mois. Il est devenu une vedette au Québec. Après sa victoire face à Adam Braidwood en juin dernier, il cognait à la porte du top 15 mondial, et il pouvait rêver à des bourses dans les six chiffres. Carman l’a ramené sur terre pas à peu près. Une victoire autoritaire, et il aura droit au bénéfice du doute. On dira qu’il s’est fait surprendre, que ça va lui servir de leçon. À l’inverse, deux défaites face à un boxeur aussi moyen que Carman obligera Kean à sérieusement réfléchir à son avenir. Ce sera plus payant – et pas mal moins risqué – de se tourner vers son autre métier, celui de couvreur!

Grosse sous-carte

Pour remplir son aréna, Lavergne va aussi exiger une grosse sous-carte. Pas trop de détails ont filtré jusqu’à maintenant à ce sujet mais on peut penser qu’un combat important sera notamment offert au Trifluvien François Pratte. «Nous avons livré la marchandise lors de nos deux galas en 2018 et nous allons à nouveau mettre le paquet pour s’assurer que les gens passent une belle soirée. Je ne peux rien dévoiler pour l’instant, mais il y a aura plus que la finale qui saura intéresser les amateurs de boxe. Vous avez ma parole», conclut Lavergne.

Les Cataractes vont maintenant prier très fort que Kean ne s’enfarge pas à son retour dans le ring au Casino dans deux semaines. Rogelio Omar Rossi a été choisi pour lui permettre de chasser la rouille: en principe, il ne représente pas un grand danger pour le protégé de Jimmy Boisvert. Sa fiche de 20-7-1 montre que lorsqu’il a été confronté à des boxeurs du calibre de Kean, il s’est fait descendre. Mais bon, soyons prudents. Rappelez-vous, on disait pas mal la même chose de Carman il y a cinq mois!

Pas de meilleure option

Avant le combat de Dillon Carman en Russie, Roger Lavergne avait raconté qu’il avait des solutions de rechange pour le 15 juin si jamais ça tournait mal. «S’il le faut, on va amener un meilleur boxeur que Carman», disait le président des Cataractes, homme d’affaires et promoteur de boxe dans ses temps libres. 

Certaines options ont été étudiées ces derniers jours, avant de conclure que la revanche restait le meilleur scénario à mettre en scène. 

La situation aurait pu être différente si Mladen Miljas, le champion canadien, avait démontré de l’intérêt. Au contraire, il fuit Kean comme la peste! Depuis sa victoire face à  Carman, il a confié sa carrière à un promoteur américain et il collectionne les sorties face à des jambons, question probablement de gonfler sa fiche. 

Quant à des gars comme l’ex-champion du monde Bermane Stiverne ou Trey Lippe Morrison – fils de Tommy Morrison -, ils sont encore dans le collimateur du clan Kean, mais on veut d’abord que ce dernier passe le test de la revanche.  

Oui, Kean cogne à la porte de duels excitants. Une porte qui s’ouvrira… s’il gagne ses deux prochains combats.