Steve Turcotte
Le comissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau.
Le comissaire de la LHJMQ, Gilles Courteau.

Les bagarres et la LHJMQ: l’art de se tirer dans le pied

CHRONIQUE / La LHJMQ ne gagnera pas un prix de relations publiques cette semaine. Elle s’est plutôt tirée dans le pied avec sa façon de gérer le dossier des bagarres.

Dossier qui, soyons honnêtes, ne faisait plus couler beaucoup d’encre ces dernières années. C’est normal, la chute du nombre de bagarres est vertigineuse depuis une décennie. Une moyenne d’une aux quatre matchs. Les joueurs qui patinent sur la bottine sur un quatrième trio, ils ont été rayés de la carte. Tout comme l’intimidation.

Certaines franchises voulaient néanmoins franchir le dernier pas et passer à l’histoire en faisant de la LHJMQ la première ligue junior au pays qui expulse ou même suspend des joueurs qui, volontairement, jettent les gants.

Jusque-là, ça va. Le hockey change avec les années. Il y a des gens plus pressés que d’autres. Tout le monde a droit à son opinion.

Le problème arrive quand on coule l’information qu’il y aura vote à ce sujet. En laissant sous-entendre que beaucoup, beaucoup d’équipes sont en faveur d’un durcissement des règles à ce chapitre. J’ai même entendu sur certaines tribunes qu’il pourrait y avoir unanimité!

Quand tu fais ce genre de manœuvre, tu t’exposes. Des chroniqueurs de tous les milieux s’invitent dans le débat. Même ceux qui ne mettent jamais les pieds dans un aréna! C’est monté en épingle rapidement. Au point où la ministre Isabelle Charest presse la ligue de sortir une fois pour toutes les bagarres des arénas.

Ce coup de publicité s’est retourné contre la ligue depuis jeudi. Parce que, voyez-vous, cette potentielle unanimité n’était qu’un bluff pour tenter de convaincre les clubs moins progressistes d’embarquer dans le train.

Non seulement il n’y avait pas d’unanimité, les équipes qui s’attaquaient aux bagarres n’avaient même pas le deux tiers des votes autour de la table pour gagner leur cause. Alors pour ne pas perdre la face, ils ont décidé… de ne pas voter! De plutôt reporter le vote en juin, ou en août. Ou peut-être dans la semaine des quatre jeudis, qui sait. Bref, la ligue a eu l’air folle pas à peu près au terme de cette réunion, alors que tous les micros étaient réunis pour une annonce historique!

Depuis la fin de cette réunion, au Québec, les clubs des Maritimes sont pointés du doigt. Vrai qu’ils sont opposés à une règlementation plus musclée. Mais, ils ne sont pas les seuls. C’est mathématique. Il y a cinq équipes sur 18 dans les Maritimes. Ça prenait 12 votes pour aller de l’avant. Ils n’ont même pas pris la chance de voter, ce qui laisse croire qu’ils n’étaient pas près d’une victoire et qu’il y a donc quelques clubs au Québec qui tirent dans le même sens.

Est-ce que ça peut changer? Oui. Dès juin, ou août? Dur d’y croire. Je ne vois pas quels nouveaux arguments pourraient sortir en l’espace de quelques mois pour inciter les clubs opposés à changer leur mentalité. Peut-être dans quelques années, si les deux autres ligues au pays montrent de l’appétit elles aussi pour ce dossier. Sans un front commun canadien, ça va être dur de s’engager sur cette route. La LHJMQ, à tort ou à raison, est encore et toujours perçue comme la ligue la moins attrayante des trois. Regardez les repêchages de la LNH, ou la représentation sur les équipes nationales… Une telle règle, unique à la LHJMQ, risque fort de creuser encore plus le fossé.

Dur d’aller chercher un consensus

Deux autres dossiers ont meublé l’agenda de jeudi, soit ceux qui menacent d’aller jouer en NCAA pour choisir leur destination LHJMQ, et la longueur du calendrier.

Comme les bagarres, aucun vote n’a pu être tenu, tellement il était clair que personne n’avait la formule magique entre les mains pour obtenir le deux tiers des appuis. C’est triste.

Avec autant de matchs en semaine, le calendrier donne des arguments aux parents qui préfèrent voir leurs enfants passer par la voie américaine, et ainsi leur offrir plus de temps sur les bancs d’école. Quant au problème des récalcitrants, certains clubs – lire les gros marchés – profitent du système actuel alors ils n’ont aucune raison de vouloir une nouvelle formule. Souvenons-nous seulement de Patrick Roy, qui avait déchiré sa chemise la veille du repêchage l’été dernier pour presser la ligue d’agir. Le lendemain, il choisissait James Malatesta en septième ronde, un espoir de premier plan qui jurait de s’enligner vers les États-Unis. Quelques semaines plus tard, le jeune Malatesta débarquait pourtant dans la Vieille Capitale…

Régler ce fléau ne sera pas simple. En fait, rien n’est jamais simple dans la LHJMQ, formée de 18 marchés de différentes tailles étendus sur un territoire si vaste.

Gilles Courteau est habitué de naviguer sur cette mer agitée, et il s’en tire très bien habituellement. Mais cette semaine, sa ligue a fait parler d’elle pour les mauvaises raisons, alors que le fruit n’était tout simplement pas mûr.

À l’interne, il faut espérer qu’il y a une leçon tirée de ce roman-savon.