Selon Camille Estephan, Simon Kean doit faire du ménage dans son entourage et apprendre à être un peu plus calme avant ses combats.

Efforts et sacrifices, deux rayons différents

CHRONIQUE / Soit tu gagnes, soit tu apprends.

C’est une formule à la mode dans le sport depuis quelques mois.

Elle est un peu trop commode à mon goût.

Une défaite est une défaite. Comme un chat est un chat. Et pour apprendre d’une défaite, tu dois identifier les causes et poser les gestes appropriés pour les évacuer de l’équation.

Simon Kean est parti se réfugier dans le bois, à la suite du K.-O. qu’il a subi samedi soir au Centre Vidéotron. À la surprise générale, Dillon Carman a eu le dessus sur le Trifluvien, repoussant soudainement très loin ce rêve de se battre en championnat du monde.

Aller panser ses plaies, isolé, c’est naturel pour le Grizzly. Il n’aura aucun mal à identifier ce qui a mené à cet échec. Restera à voir s’il a le désir d’apporter les corrections nécessaires.

Son patron, Camille Estephan, a mis les journalistes sur la piste en fin de soirée samedi. Selon lui, Kean doit faire du ménage dans son entourage et apprendre à être un peu plus calme avant ses combats.

Vrai que l’olympien ne s’est pas ménagé ces dernières semaines. Il a quitté son camp d’entraînement pendant quelques jours pour aller encourager David Lemieux à Vegas à la mi-septembre. Il s’est aussi offert un bain de foule au Festival western. Deux semaines avant le combat, il a investi un vendredi soir dans une escapade au Salon des vins des Patriotes. Et ça, ce ne sont que les apparitions publiques…

Pour un sportif de haut niveau, efforts et sacrifices sont requis pour monter les marches. En plus du talent, évidemment. Personne ne peut contester les efforts de Simon Kean au gymnase. Quand il est là, il est business. Fallait le voir marteler Johan Duhaupas en combat d’entraînement pour comprendre que Kean ne tourne pas les coins ronds dans une salle de boxe.

Quand il sort de celle-ci, c’est peut-être un peu moins vital à ses yeux. La nutrition et le repos sont pourtant des armes tout aussi importantes à maîtriser.

J’ai eu un doute vendredi quand je l’ai vu monter sur la balance et afficher huit livres de plus qu’en mai. J’ai vérifié, ce n’est pas un nouveau programme de poids et haltères qui est à l’origine de ce surplus. Huit livres quand tu mesures 6’5’’ et que tu représentes une montagne de muscles, ce n’est pas catastrophique, il faut l’avouer. Mais en même temps, ces huit livres ne témoignent certainement pas d’un régime spartiate.

Le même soir, à Chicago, Arthur Beterbiev a lui aussi visité le plancher dans son combat de championnat du monde. Comment croyez-vous qu’il a pu surmonter la tempête? Si j’avais de l’argent à miser, je le placerais sur son régime de vie. Ce gars mange de la boxe 24 heures par jour.

Kean, lui, n’a jamais retrouvé ses sens après sa chute au deuxième round samedi. Ses jambes étaient molles comme de la guenille. Dillon Carman cogne dur, c’est un fait. Mais si le protégé de Jimmy Boisvert s’était présenté aussi affûté qu’en mai dernier, il aurait peut-être été en mesure, comme Beterbiev, de survivre samedi.

Rien de dramatique

Une défaite en boxe professionnelle, ce n’est plus dramatique. Tous les champions tombent un jour ou l’autre, à l’exception de Floyd Mayweather. C’est la façon de se relever qui distingue les meilleurs.

Kean était sur une lancée. La machine de marketing d’Eye of the Tiger Management avait fait un superbe boulot autour de lui pour le propulser comme le meilleur vendeur de billets au Québec. Tout le monde l’encensait, il y a même un docteur qui possède une tribune quotidienne à la radio qui le présente comme le Maurice Richard des temps modernes! Ça se peut qu’il se soit laissé endormir par ce doux concert d’éloges. Si c’est ça, Carman s’est assuré de le réveiller brutalement!

La suite lui appartient. Ce sera intéressant de voir l’orientation qu’il va prendre à la suite de ce premier revers. Le potentiel est le même. Il a une claque, de la vitesse et un instinct de bagarreur. Reste l’enrobage à peaufiner.