Gerard Gallant est réputé pour laisser beaucoup de latitude à ses joueurs. Sa recette ne semble pas trop vilaine, autant dans la LHJMQ que dans la LNH!

Cendrillon ne veut pas aller se coucher!

CHRONIQUE / Le hockey est un sport merveilleux du fait que rien n’est jamais joué d’avance. Contrairement à d’autres sports, plusieurs impondérables comme la chimie et l’attitude ont autant, sinon plus d’impact que le talent brut.

Les Golden Knights sont en train de nous livrer un glorieux chapitre de cette réalité. En début de saison, quand l’équipe assemblée par Georges McPhee - à partir des rejets des 30 autres formations de la LNH - faisait la barbe à ses ennemis, c’était rafraîchissant. Entre amis, on évoquait leurs succès à domicile avec un grand sourire, en se disant que les clubs adverses devaient profiter un peu trop de la ville du vice les veilles de match!

Puis, les victoires ont continué de s’entasser sur le tableau, même si l’équipe faisait parader différents gardiens. Tout le monde vantait alors l’appétit de cette bande teigneuse, en mettant en garde que la cadence après Noël viendrait freiner les Golden Knights.

Depuis, on s’est rendu compte que Cendrillon n’avait aucune intention d’aller se coucher! Qualifiés pour les séries, les Golden Knights viennent de faire tomber Kings et Sharks pour se faufiler dans le carré d’as printanier. Je répète: une équipe d’expansion dans le carré d’as!

Pendant que les Jets et les Predators s’apprêtent à s’entretuer dans un septième match pour l’autre laissez-passer dans l’Ouest, les Golden Knights profitent de quelques jours de repos. Même les scénaristes d’Hollywood n’oseraient pas écrire une histoire aussi invraisemblable.

McPhee peut oublier Forsberg
Bien sûr, tous ces succès collectifs braquent les projecteurs sur les individus à l’intérieur de l’organisation. William Karlsson, Erik Haula, Jonathan Marchessault, David Perron, Reilly Smith sont tous en train de connaître la saison de leur vie.

Ce qui nous ramène inévitablement au travail du directeur-gérant. McPhee, qui était passé à l’histoire dans son autre vie pour avoir liquidé un certain Filip Forsberg contre un vétéran usé à la corde (Martin Erat), a gagné sur toute la ligne. Il a emmagasiné un nombre hallucinant de choix au repêchage dans le processus d’expansion.

Ça ne l’a pas empêché de monter à court terme cette équipe qui s’est avérée beaucoup plus redoutable qu’anticipée. À ce chapitre, il peut remercier Dale Tallon et Chuck Fletcher, qui lui ont livré pas un, mais deux éléments importants afin d’allonger leur liste de protection. Avec Marchessault et Smith, vous pouvez parier que les Panthers n’auraient pas été exclus des séries. Avec Haula et Tuch, probablement que le Wild aurait été une proie plus difficile à abattre au premier tour des éliminatoires et Fletcher serait peut-être encore le grand patron au Minnesota…

La victoire du bon gars
Si McPhee a du mérite, je pense quand même que le principal artisan de ce succès surprise se retrouve derrière le banc. Gerard Gallant a su refiler de la confiance et de l’enthousiasme à ce groupe de mal-aimés dès le départ. La magie actuelle des Golden Knights part de là.

Gallant est un entraîneur de la nouvelle garde. Je me souviens qu’à son passage dans la LHJMQ, certains vieux loups le regardaient de haut parce qu’il n’imposait pas de couvre-feu à ses joueurs et qu’il travaillait avec un minimum de structure sur la glace. Ses succès à la barre des Sea Dogs, murmuraient certains, n’étaient dus qu’aux surdoués (Jonathan Huberdeau, Charlie Coyle, Nathan Beaulieu, Simon Després, Tomas Jurco, alouette) dont il avait hérité à son arrivée à Saint-John. Les mêmes personnes rappelaient qu’à son premier passage dans la LNH comme entraîneur, il s’était planté solide… Trop gentil, le monsieur.

Gallant prouve depuis que ce n’est pas vrai que les bons gars finissent toujours derniers. Il a fait de l’excellent boulot chez les Panthers de la Floride avant de se faire cavalièrement remercier l’an dernier. Une bourde monumentale des Panthers, qui a permis à McPhee de réussir son meilleur coup en l’embauchant.

Quand les finales d’Association vont s’amorcer à la fin de la semaine, les Golden Knights seront vraisemblablement négligés. Que ce soit les Predators ou les Jets, ils auront toute une machine de guerre devant eux. Mais bon, il ne serait quand même pas très avisé de parier contre une équipe qui n’a rien à perdre, et qui semble prendre un malin plaisir à déjouer tous les calculs…