Les débuts du sport scolaire sont retardés au Québec, alors que la grande majorité des sports civils poursuivent leurs activités.
Les débuts du sport scolaire sont retardés au Québec, alors que la grande majorité des sports civils poursuivent leurs activités.

Sports scolaires: un manque de cohérence?

Louis-Simon Gauthier
Louis-Simon Gauthier
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Plusieurs intervenants cherchent encore à comprendre la logique derrière les groupes-classes du ministre de l’Éducation, sachant que des milliers d’enfants et adolescents ont pratiqué des sports cet été au niveau civil. Les établissements scolaires seraient pourtant, selon eux, des endroits sécuritaires de choix pour l’épanouissement des jeunes sportifs.

«Quand on parle de sentiment d’appartenance à l’école, on sait que le sport scolaire fonctionne, il a fait ses preuves. C’est quelque chose de primordial», mentionne le directeur général du Réseau du sport étudiant en Mauricie, Sean Cannon.

Chaque année, son organisme gère des ligues scolaires touchant quelque 13 000 jeunes sur le territoire. À noter que ce nombre inclut les élèves-athlètes qui s’inscrivent dans plus d’une discipline. Il y en a une quinzaine au total.

«Ce sont les écoles et les professeurs qui gèrent les équipes, en grande partie. C’est moins centré sur le parent bénévole. Les institutions engagent des entraîneurs, souvent des anciens élèves qui ont passé par cette école. Bref, je ne suis pas inquiet quant à l’encadrement de nos jeunes. Les règles sanitaires seraient appliquées.»

«Les jeunes s’adaptent»

Comme bon nombre d’observateurs, Sean Cannon se questionne sur les conséquences que provoquerait une absence prolongée des sports scolaires au retour en classe, cet automne.

«Les activités parascolaires sont une source de motivation pour les élèves. On ne doit pas l’oublier.»

Le RSEQ Mauricie attendait le signal de la Santé publique et du gouvernement pour lancer ses ligues, notamment en football. En début de semaine, aucune école du territoire n’avait mentionné à l’organisme son désir de se retirer des compétitions scolaires.

«On est prêts à adopter les règlements, on suit le plan de relance des fédérations sportives.»

Un défi qui n’est pas insurmontable, assure-t-il. «Les jeunes sont bons, ils sont super malléables. Ils s’adaptent! Pour eux, les précautions, c’est rapidement devenu une habitude. Je pense aux élèves du secondaire. Ils ne sont pas revenus depuis le mois de mars! Vous imaginez à quel point ils ont hâte de se retrouver? Le sport est souvent un élément central de leur vie sociale à l’école.»

Des propos corroborés par le président-directeur général du RSEQ au Québec, Gustave Roel, qui rappelle que son organisation s’apprêtait à déposer un guide préparé grâce aux recommandations d’une dizaine de médecins et de la Santé publique, avant la sortie du ministre Roberge de jeudi avant-midi.

«On comprend que le risque zéro n’est pas pensable pour les deux prochaines années. Par contre, ce niveau de risque, on peut le ramener à quelque chose d’acceptable et c’est ce que nous avons espoir de faire pour le sport scolaire, à la lumière de nos travaux.»

Gustavel Roel se dit en accord avec le principe des bulles, mais voit mal comment celles-ci pourront fonctionner en y ajoutant les transports en autobus, les services de garde, les emplois étudiants et, surtout, les sports civils. Ces derniers poursuivent leurs activités, les plans de relance des fédérations sportives ayant été adoptés pour la grande majorité par le gouvernement et la Santé publique. Seuls les sports de combat n’ont pas encore reçu l’aval de ces instances.

«Nous, on croit que l’école est un bon encadrement pour le jeune. Par contre, en fermant les portes après 16h, plusieurs d’entre eux pratiqueront les sports de type associatif et là, la bulle n’existera plus. Nous comptons environ 220 000 jeunes dans le sport étudiant au Québec. Si seulement 10% d’entre eux se tournent vers l’associatif, ça fera 22 000 personnes de plus, du jour au lendemain, dans d’autres structures. C’est difficile de parler de contrôle...»

Sport-études: silence radio dans la région

En Mauricie, impossible de s’entretenir avec les responsables du programme Sport-études de l’Académie les Estacades, qui pourrait être durement touché par ce retard prévu de quelques semaines dans les activités sportives, à l’image des autres programmes du genre dans la province.

Dans une communication envoyée aux parents jeudi, on apprend qu’il n’y aura aucune période de sport pour les élèves du Sport-études, du 31 août au 4 septembre. Ces périodes seront transformées en périodes d’études, pour l’instant. Les élèves du programme Musique-études sont aussi visés.

Et la suite?

Incompréhension, injustice, frustration: les intervenants sportifs et les jeunes athlètes ont manifesté leurs états d’âme sur les réseaux sociaux jeudi.

En coulisses, il s’organise déjà des plans B, ici et là, afin de voir comment réaligner les activités de certaines disciplines.

«Il y a une incohérence entre le sport civil et le sport scolaire, un double message difficile à expliquer», constate le responsable des sports au Séminaire Saint-Joseph, Charles Hébert, dont l’établissement a cessé les entraînements des équipes de football.

«Ils parlent d’une reprise probable en octobre? Peu importe, ça ne nous laisse pas beaucoup de temps pour le football. C’est nébuleux et décevant pour nos jeunes.»

Créer un circuit de football civil n’est pas impossible, mais encore là, le temps commence déjà à manquer. Bref, tout le monde a été un peu pris de court. D’où la grogne généralisée.