Quelques membres de l’équipe des É-lectriks du Collège Shawinigan: Trycia Lachance, Dave Gélinas, Félix Girard-Boyer et Alexys Duval.

Sports électroniques: des préjugés à abattre

SHAWINIGAN — Une poignée d’étudiants du Collège Shawinigan se rencontrent chaque semaine et défendent avec fierté l’honneur des É-lectriks, équipe récemment formée et encouragée par l’institution, qui a décidé d’emboîter le pas en gagnant l’univers méconnu par plusieurs, mais néanmoins fascinant, des sports électroniques.

Les eSports, comme on les appelle, gagnent en popularité depuis quelques années. Populaires d’abord chez les jeunes de 15 à 30 ans, ils sont désormais pratiqués au Québec dans quelques maisons d’enseignement, grâce à l’implication d’une armée de bénévoles à la Fédération québécoise des sports électroniques (FQSE), un organisme sans but lucratif.

Au Collège Shawinigan, les É-lectriks ont rejoint cet automne la première ligue intercollégiale. Jonquière, Matane, Édouard-Montpetit et le Collège Montmorency ont aussi des équipes. Le circuit associé aux É-lectriks se développe autour de League of Legends, un jeu de type arène de bataille où les clubs se retrouvent en groupes de cinq. Les parties, qui peuvent durer de 15 à 60 minutes, sont diffusées sur la plate-forme Twitch. Des commentateurs suivent les faits et gestes des étudiants pour divertir les internautes, pendant que l’action se déroule sur l’écran.

Lundi dernier, les É-lectriks affrontaient les Gaillards de Jonquière, l’une des puissances de la ligue. Au Collège Shawinigan, les intervenants et les joueurs sont confiants d’atteindre ce niveau d’excellence dans le futur. Ils misent sur des équipements à la fine pointe, qu’ils conservent précieusement dans leurs locaux.

«Nous avons une équipe et une deuxième se greffera à la ligue intercollégiale cet hiver», explique le technicien en loisir Simon Cormier, qui avait lancé l’idée des sports électroniques à l’automne 2017. «Nous rallions une trentaine de jeunes au Collège. Il y a les joueurs des É-lectriks et tous ceux qui voudraient embarquer dans un avenir rapproché. Plus il y aura de monde, plus nous aurons d’équipes pour les différents jeux proposés par la fédération.»

Overwatch, un jeu de tir à la première personne ayant été couronné aux prix ESports, est aussi suggéré par la FQSE, de même que Rocket League, un jeu de sport mélangeant, toujours dans un univers fantaisiste, les voitures et le soccer. «Les règles au Québec sont strictes, on ne peut pas encourager la violence avec l’utilisation d’armes qui semblent réelles, du moins pas dans notre organisation. C’est pour ça que les univers s’inspirent du fantastique.»

Une équipe tissée serrée

Les eSports visent à se faire reconnaître comme une discipline sportive. Pour les adeptes, ça va de soi.

«On représente le Collège Shawinigan, mais c’est clair que nous ne sommes pas perçus comme une équipe Électriks chez la majorité», regrette Félix Girard-Boyer, dont les propos sont repris par ses coéquipiers. On sent d’ailleurs un esprit de camaraderie bien sincère entre eux. Aucun doute, les sports électroniques ont créé de nouvelles amitiés.

Le jeu League of Legends est celui utilisé par les étudiants des É-lectriks.

«C’est un véritable travail d’équipe, les eSports», fait valoir Simon Cormier. «Nos jeunes planchent sur des stratégies, il y a de la communication, chacun doit assumer son rôle pour les succès collectifs. Dans League of Legends, les personnages sont différents entre eux. Ça ressemble à une équipe de cyclisme sur route. Pour gagner, ça prend l’implication de tous.»

Les sports électroniques n’ont pas toujours eu bonne presse. Si l’émergence de tournois internationaux et la découverte de plusieurs vedettes sur les différentes plates-formes ont permis à l’industrie de passer à un autre niveau, certains préjugés persistent.

Les jeux vidéos sont souvent associés à la cyberdépendance, au décrochage scolaire, au manque d’activité physique ainsi qu’à la violence gratuite. La fédération vise à contrer cette image négative, malheureusement entretenue pour plusieurs. L’encadrement scolaire change pourtant la donne, estiment les intervenants de la FQSE.

«On souhaite développer les sports électroniques de manière saine, soutient Maryse Landreville, directrice du service étudiant. On demande l’avis de professionnels de la santé, que ce soit des ergothérapeutes ou des physiothérapeutes, en plus de fortement recommander aux écoles participatives de maintenir les standards académiques.»

C’est ce que fait le Collège Shawinigan. «Nos joueurs des É-lectriks doivent boucler deux heures d’activité physique par semaine et réussir leurs cours. Loïc Sauvageau, un professeur au département d’informatique, les encadre dans le processus.»

Il y a aussi une diversité dans les types de personnalités au sein de l’équipe. «On passe du nageur compétitif à l’étudiant en surpoids. Les jeunes proviennent de plusieurs programmes, pas seulement de celui en informatique.»

Ces étudiants ont également des comptes à rendre dans leur communauté. Des ateliers parascolaires ainsi que des conférences sont élaborés avec des écoles de la région, dont le Shawinigan High School, l’école secondaire Des Chutes ou le Séminaire Sainte-Marie, qui a dévoilé le démarrage d’un projet pilote en sports électroniques pour l’automne 2019.

Objectif reconnaissance

Il reste maintenant à savoir si le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport reconnaîtra les eSports comme une discipline sportive officielle. Au Cégep de Trois-Rivières et au Collège Laflèche, les sports électroniques suscitent la curiosité. Sur la scène universitaire, certains campus sont déjà engagés dans des tournois importants.

«Je pense qu’il faut redéfinir ce qu’est un sport au 21e siècle. Notre équipe s’entraîne et évolue dans un cadre compétitif, ça va durer dans le temps. Pour moi, c’est un sport», tranche Simon Cormier, qui n’est pas le seul à penser ainsi. En fait, ils sont de plus ne plus nombreux. «Les écoles s’unissent, des cafés électroniques existent dans les grandes villes et verront le jour dans les régions. La tendance est forte et ne devrait pas diminuer.»