La Trifluvienne d’origine Marie-Pier Houle est l’instigatrice d’une lettre signée par des dizaines de boxeurs et entraîneurs, envoyée en début de semaine aux 125 députés de l’Assemblée nationale ainsi qu’au Dr Horacio Arruda.
La Trifluvienne d’origine Marie-Pier Houle est l’instigatrice d’une lettre signée par des dizaines de boxeurs et entraîneurs, envoyée en début de semaine aux 125 députés de l’Assemblée nationale ainsi qu’au Dr Horacio Arruda.

Sports de combat: une Trifluvienne monte au front

TROIS-RIVIÈRES — Marie-Pier Houle s’explique mal le mutisme des autorités dans le dossier des sports de combat et elle prend les moyens pour se faire entendre. Appuyée par des dizaines d’athlètes et entraîneurs, la boxeuse professionnelle de 29 ans originaire de Trois-Rivières a expédié une lettre à tous les députés de l’Assemblée nationale de même qu’au Dr Horacio Arruda, lundi, pour exiger des réponses à une industrie qui ne demande qu’à être entendue.

Pour Houle, le déclic est survenu au début du mois. «Quand la Santé publique avise les promoteurs qu’il pourrait ne pas y avoir de combats organisés au Québec avant l’arrivée d’un vaccin, pour moi, ça ne passe pas. Ce n’est pas quelqu’un d’autre qui décidera quand ma carrière finira», tranche la thérapeute en réadaptation physique, qui demeure maintenant à Terrebonne.

Piquée au vif par cette réponse, elle a commencé à contacter ses amis boxeurs et plusieurs autres gravitant dans l’univers pugilistique. Sans oublier des intervenants des milieux d’autres sports de combat, comme le judo, le karaté, les arts martiaux mixtes et le jujitsu.

«J’ai voulu regrouper tout le monde, voir comment nous pouvions réagir. Cette histoire ne fait aucun sens, alors que les combats reprennent à huis clos à Las Vegas et ailleurs sur la planète, sans cas de coronavirus déclaré. Ici, la grande majorité des sports sont déconfinés depuis la mi-juin. Certains de ces sports causent autant de rapprochements et de contacts entre coéquipiers ou adversaires que la boxe.»

Marie-Pier Houle a créé une communauté sur les réseaux sociaux, qui dépasse désormais les 1500 membres. Sur ce forum, les témoignages de l’importance de la boxe dans le quotidien de ses adeptes pleuvent.

La lettre déposée aux députés de l’Assemblée nationale, au Dr Arruda ainsi qu’à la Régie des alcools, des courses et des Jeux est signée par plusieurs boxeurs professionnels, tels Jean Pascal, Marie-Ève Dicaire, Kim Clavel, Eleider Alvarez, Oscar Rivas, Lucian Bute et Jordan Balmir. Les Trifluviens Simon Kean et Mikaël Zewski s’y ajoutent.

«J’ai discuté avec le président de Judo Québec, avec Ariane Fortin de Boxe Québec. Les gens se mobilisent. On a entendu les promoteurs et les fédérations, mais il fallait aussi donner la parole aux athlètes, à ceux dont la carrière est en jeu. Avec la lettre, je voulais représenter l’opinion des boxeurs, expliquer aux autorités ce dont nous avons besoin pour pouvoir recommencer nos activités et, bientôt on l’espère, reprendre les combats.»

Une cohésion qui étonne

Le journaliste de RDS, Jean-Luc Legendre, est parvenu mardi à orchestrer une entrevue avec les promoteurs Yvon Michel et Camille Estephan, deux rivaux de la boxe au Québec, mais avec des objectifs identiques présentement: convaincre les autorités qu’ils sont en mesure de présenter des événements de boxe à huis clos, et ce, de façon sécuritaire. Pour une rare fois, les deux tenaient le même discours.

Marie-Pier Houle, lors de sa deuxième victoire en carrière chez les pros, au Casino de Montréal en juin 2019.

«On veut simplement ouvrir la discussion, pas se buter à des portes fermées», reprend Marie-Pier Houle, qui a elle-même des échanges parfois passionnés avec des proches sur le sujet.

«Je travaille avec un médecin qui traite des sportifs. Il n’est pas le plus grand fan des sports de combat, par contre, il est d’accord avec moi que c’est injuste, le traitement qu’on reçoit.»

Trois combats annulés, bientôt quatre

Pas facile, s’entraîner pour la boxe sans sparring. Protégée de Jean Zewski, Marie-Pier Houle se rend au club de Wôlinak une à deux fois par semaine pour retrouver son entraîneur.

Depuis le début du confinement, Houle (2-0-1, 1 K.-O. dans la catégorie des mi-moyennes) a vu trois de ses combats être annulés et bientôt un quatrième, en septembre. Sa situation ne se compare pas à celles de Clavel ou Dicaire.

«Je suis en début de carrière, je n’ai pas leur renommée, alors c’est peu probable que je sois appelée pour un gros combat à Vegas. Ce n’est pas intéressant pour les promoteurs américains. J’ai besoin de boxer ici, avec le Groupe Yvon Michel.»

Elle a d’ailleurs paraphé une entente avec GYM, en janvier. «Je ne pense pas seulement aux boxeurs, je pense aussi aux entraîneurs et aux propriétaires des gyms où on s’entraîne. C’est une grosse industrie.»

Depuis le début de la semaine, les entraîneurs peuvent reprendre le travail auprès des athlètes en utilisant les mitaines (pads), avec un masque et une visière.

«C’est un petit pas vers l’avant, mais pour les professionnels, on est encore loin d’un retour au combat», regrette Houle.

«J’ai confiance en notre démarche, nous sommes bien structurés. J’ai eu la confirmation que les lettres ont été reçues. S’ils ne veulent rien savoir, même pas nous entendre, on saura qu’il y a une autre raison derrière leur mutisme. Malheureusement, les sports de combat sont loin de faire l’unanimité...»