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Robert Rousseau manie davantage les pinceaux que ses bâtons de golf depuis quelques mois.
Robert Rousseau manie davantage les pinceaux que ses bâtons de golf depuis quelques mois.

Robert Rousseau: les pinceaux comme thérapie

Steve Turcotte
Steve Turcotte
Le Nouvelliste
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Au grand bonheur des mordus de la petite balle blanche, le début de la saison du golf est hâtif au Québec.

Normalement, les membres des clubs de Louiseville et Grand-Mère auraient la chance de faire un brin de jasette avec Robert Rousseau, ex-Canadien dont la famille opère les deux terrains en Mauricie. Maintenant âgé de 80 ans, l’ancien attaquant étoile s’est retiré depuis plusieurs années des activités quotidiennes du club, mais ça ne l’empêchait pas d’être présent pour saluer les golfeurs. Surtout à Louiseville, car la maison centenaire qu’il habite avec sa belle Huguette est située à un jet de pierres.

Ce rôle d’ambassadeur, Rousseau ne peut plus le remplir. La maladie d’Alzheimer s’est installée, et gruge peu à peu du terrain. Il a encore les yeux brillants, le passé est assez clair dans son esprit, mais le présent est en train de glisser sous ses pieds. Aussi doucement que sournoisement.

Celui qui a grandi à Saint-Hyacinthe est toutefois déterminé à se battre pour préserver sa qualité de vie le plus longtemps possible. La semaine passée, il a fait une première sortie sur les verts, en jouant quatre trous. Le golf va demeurer une passion.

Mais depuis quelques mois, c’est un autre passe-temps qui a pris le dessus, et qui lui sert de thérapie : la peinture.

«Il a toujours aimé ça. Quand il a quitté les Rangers de New York, l’équipe lui a remis une somme d’argent pour qu’il se choisisse des tableaux à son goût. On a donc deux belles toiles de René Richard dans la maison», souligne Huguette Rousseau.

Quand il a entendu le nom du peintre, le visage de l’ex-hockeyeur s’est illuminé. «René Richard, quel peintre! Je suis allé le rencontrer dans son atelier à Baie-Saint-Paul, il m’avait drôlement impressionné! J’aime la peinture depuis mon enfance. J’ai arrêté l’école en neuvième année. Je n’ai jamais été très assidu sur les bancs d’école. Quand ce que le professeur racontait ne m’intéressait pas, je dessinais dans mon cahier. Disons que j’ai dessiné pas mal!»

C’est toutefois après sa carrière de hockeyeur, dans les années 80, qu’il a utilisé ses premiers pinceaux.

Il ne les a jamais quittés depuis. Et depuis quelques mois, son rythme de production a décuplé. «Il peut faire une toile par jour. Des fois deux!», sourit sa petite-fille Isabelle, une préposée aux bénéficiaires qui a accepté de s’occuper de son grand-papa à la maison. «Je suis chanceuse, j’ai le meilleur professeur de golf à mes côtés chaque jour», ajoute-t-elle avec le regard complice.

Rousseau peint des maisons, des paysages, des fleurs. Le hockey? Pas sa tasse de thé! «Il a déjà essayé, il n’aimait pas le résultat. Alors il a mis ça de côté», explique Hughette Rousseau.

De toute façon, le hockey, élément central à une certaine époque de leur vie, occupe moins de place pas mal. Ils regardent encore un peu le Canadien, suivent avec intérêt le parcours de leur petit-fils William qui est gardien de but chez les Remparts de Québec, mais pour le reste, c’est un univers qu’ils fréquentent peu. Surtout que la pandémie a freiné les quelques occasions annuelles où les Anciens Canadiens avaient l’habitude de fraterniser.

Souvenirs de New York

«On chérit quand même d’excellents souvenirs. Les années à Montréal ont été fantastiques. Quand nous avons dû partir pour New York, nous avions le cœur brisé, mais en bout de ligne, ce fut une expérience tellement enrichissante. Les enfants ont découvert une autre culture, ils ont appris l’anglais. Et puis New York, c’est quelque chose», lance Huguette Rousseau. «Nous résidions à Long Beach sur le bord de l’eau, c’était très joli. Nous étions voisins notamment… de la famille Gambino! Un enfant était souvent dans leur cour, à jouer seul, et il invitait constamment notre fils Richard à le rejoindre. Un jour, j’ai accepté, mais j’ai dit à Richard: ne t’obstine pas avec lui et laisse-le gagner!», éclate-t-elle de rire!

À l'encan

Robert Rousseau écoute ces vieux souvenirs en hochant de la tête. Il n’a pas oublié le Big Apple, pas de doute là-dessus. Mais les détails sont de plus en plus flous…

Ce qui est clair toutefois, c’est sa volonté, une fois la pandémie sous contrôle, de mettre sur pied un encan avec certaines de ses toiles pour amasser des dons pour le hockey mineur.

Il en parle constamment.

Huguette est bien d’accord. Après tout, des toiles, il y en a partout chez les Rousseau! Les enfants du couple ont fait des provisions, les petits-enfants ont eux aussi pigé allègrement dans la collection. Malgré ça, avec un rythme de production aussi infernal, il en reste en masse pour soutenir un encan! «Je ne sais pas combien on peut amasser, mais chaque dollar peut donner un coup de pouce. À mon époque, quand j’étais jeune, il y avait des organismes qui donnaient un coup de main. Tant mieux si je peux faire ma part. Le sport, c’est tellement important pour les jeunes. Ça m’attriste de savoir que bien peu ont pu pratiquer leur sport au cours de la dernière année», lance-t-il.

***

Temple de la renommée: la famille cherche des alliés

Avec ce fichu crabe qui gagne du terrain, la famille de Robert Rousseau a accentué ses efforts ces derniers mois pour tenter de convaincre le Temple de la renommée du hockey d’étudier sa candidature. «Il y a au moins une vingtaine de membres dont le palmarès est comparable à celui de papa. C’est sûr que s’il y a quelque chose à faire, ce serait bien que ça se matérialise rapidement…», explique Pierre Rousseau.

Seul Québécois à avoir gagné la Coupe Memorial, la Coupe Stanley et une médaille olympique, Rousseau a été intronisé au Panthéon des sports du Québec en 2007. Rousseau vient au 20e rang des marqueurs de l’histoire du Canadien, même s’il n’a joué que neuf saisons à Montréal. En carrière, il totalise 703 points (245-958) en 942 matchs, quatre Coupes Stanley, le trophée Calder offert à la meilleure recrue, une médaille d’argent aux Jeux olympiques de 1960 et la Coupe Memorial. Il a aussi fait partie des pionniers qui ont décidé de porter le casque protecteur en permanence.

Appelé à se prononcer sur le dossier de Rousseau avant sa mort, Gerry Rochon avait jugé que la quête de la famille était justifiée. «Ils ont une bonne cause», expliquait l’historien sportif à propos des enfants de l’ex-hockeyeur. «En toute objectivité, il a les chiffres et le palmarès pour accéder au Temple de la renommée du hockey. Il est sur la ligne, comme on dit. Remarque, il n’est pas le seul… Il y a de bonnes candidatures qui ont été écartées et les raisons ne sont pas toujours évidentes», faisait remarquer Rochon.

Un peu de politique

Pierre Rousseau est conscient qu’il y a parfois de la politique derrière les nominations pour ce genre de reconnaissance. Rappelez-vous la croisade de Ron Fournier pour mousser la candidature d’Émile Butch Bouchard afin que son gilet soit retiré par le Canadien. Fournier en a parlé pendant des années sur sa tribune avant d’avoir gain de cause. Rousseau n’a pas ce genre de publicité. De plus, comme il a préféré le monde du golf à celui du hockey lorsqu’il a mis un terme à sa carrière, il n’a pas tellement cultivé ses contacts, à l’exception de ceux tissés avec ses anciens coéquipiers tricolores. «Le Temple de la renommée semble moins enclin ces derniers temps à admettre des vétérans, soupire Pierre Rousseau. On a encore de l’espoir. Mais c’est sûr que si on avait un coup de main, nos chances seraient meilleures», conclut-il. 

Robert Rousseau en bref

  • Né à Montréal le 26 juillet 1940
  • Il a grandi à Saint-Hyacinthe
  • Gagnant de la Coupe Memorial avec les Canadiens juniors de Hull-Ottawa en 1958
  • Médaille d’argent avec Équipe Canada aux Jeux olympiques de 1960
  • Trophée Calder (recrue par excellence dans la LNH) en 1961-62
  • 15 saisons dans la LNH
  • 707 points en 902 matchs dans la LNH
  • 4 Coupes Stanley