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Environ un athlète canadien sur deux attend toujours d’obtenir son billet pour les Olympiques, qui auront lieu du 23 juillet au 8 août à Tokyo. Notre délégation devrait miser sur quelque 400 sportifs et autant d’accompagnateurs.
Environ un athlète canadien sur deux attend toujours d’obtenir son billet pour les Olympiques, qui auront lieu du 23 juillet au 8 août à Tokyo. Notre délégation devrait miser sur quelque 400 sportifs et autant d’accompagnateurs.

La course contre la montre du Comité olympique canadien

Louis-Simon Gauthier
Louis-Simon Gauthier
Le Nouvelliste
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Alors que le Japon s’apprête à déclarer l’état d’urgence pour la troisième fois depuis le début de la crise sanitaire, le Comité olympique canadien continue à travailler d’arrache-pied dans ce sprint ultime vers les Jeux de Tokyo. Son chef du sport, Eric Myles de Trois-Rivières, reconnaît que le plus grand stress pour l’organisation demeure la qualification de quelque 200 de nos meilleurs athlètes, toutes disciplines confondues.

Environ un athlète sur deux attend toujours d’obtenir son billet pour les Olympiques, qui auront lieu du 23 juillet au 8 août. Sur la scène internationale, certaines compétitions sont menacées, conséquence des restrictions associées aux voyages.

Même ici au pays, de nouvelles mesures, entre autres en Colombie-Britannique, risquent de nuire au processus des qualifications, comme pour Athlétisme Canada.

Ces jours-ci, il n’y a pas que les athlètes olympiques qui ont intérêt à être en forme. Dans les bureaux du COC, les rencontres s’enchaînent avec l’équipe de mission des Jeux ainsi que les dirigeants des fédérations. Il n’y a pas beaucoup de temps d’arrêt. Des réunions virtuelles sont prévues toute la fin de semaine. Le rythme ne fera que s’accélérer en se rapprochant du 23 juillet.

«Le décompte de moins de 100 jours des Jeux est toujours vécu de manière intense. Le contexte actuel complexifie encore plus les choses», souligne Eric Myles, en contact constant avec l’ambassade du Canada au Japon, de laquelle il collecte de précieuses informations.

Plus confiant qu’il y a un an

Le dimanche 22 mars 2020 en fin de soirée, le Canada, par l’entremise du COC, est devenu le premier pays à annoncer de manière formelle qu’il ne participerait pas aux Jeux de Tokyo à l’été 2020. D’autres nations avaient ensuite emboîté le pas. Sur le coup, certains athlètes avaient plutôt mal réagi à cette décision, la jugeant trop précoce.

«Le temps nous aura donné raison», fait remarquer Myles, pas mal plus optimiste un an plus tard en parlant du sort des Jeux de la XXXIIe olympiade.

La recrudescence des cas de COVID-19 et la lenteur de la campagne de vaccination au Japon auraient pourtant de quoi l’inquiéter, non?

«Je vais reprendre sensiblement les paroles du président du Comité international olympique Thomas Bach: s’il y a un endroit où ces Jeux peuvent être présentés de manière sécuritaire, dans un pays organisé et structuré, c’est le Japon. C’est pour ça que nous allons réussir et que je suis très optimiste pour cet été.»

L’humeur des Japonais

Qu’à cela ne tienne, le peuple nippon, comme le nôtre, est exposé à d’importants défis sur le plan sanitaire.

Au pays du Soleil levant, on note une hausse des cas de coronavirus dans les grandes villes, dont la mégalopole Tokyo. Des épreuves tests des Jeux ont été reportées, les rassemblements autour du relais de la flamme olympique sont réduits, voire interdits dans certains départements du pays. Un cas de COVID-19 lié à ce relais a été déclaré, jeudi.

L’agence de presse nippone Kyodo News révélait cette semaine que 39,2 % des Japonais préféreraient que les Jeux soient annulés, alors que 32,8 % espèrent un report des compétitions. Il existe aussi plusieurs discordances entre les messages véhiculés par le milieu politique, celui de la santé publique ainsi que par le comité organisateur des Jeux.

«Dans les circonstances, on comprend les Japonais de se montrer craintifs. Au Comité olympique canadien, on veut s’assurer que tout le monde respecte les règles. Nous ferons tous les efforts pour minimiser les risques. Au sein de notre équipe d’un peu moins de 900 athlètes et accompagnateurs, personne ne va aller se promener à gauche et à droite. La santé et la sécurité, c’est non négociable.»


« S’il y a un endroit où ces Jeux peuvent être présentés de manière sécuritaire, dans un pays organisé et structuré, c’est le Japon. C’est pour ça que nous allons réussir et que je suis très optimiste pour cet été. »
Eric Myles

…et l’humeur des athlètes

Le chef du sport au Comité olympique canadien, Eric Myles, reconnaît que les défis sont immenses à moins de trois mois du début des Jeux.

Les athlètes de pointe ne sont pas différents de nous. Ils encaissent eux aussi des déceptions, des frustrations.

Le COC déploie des moyens pour leur venir en aide, avec une unité spéciale regroupant des spécialistes de la psychologie sportive.

«On constate une hausse de demandes de 39 % pour du soutien psychologique», signale Eric Myles, bien aux faits que le compliqué processus de qualifications augmente l’angoisse de nos meilleurs sportifs.

«Ils arrivent dans une période où ils doivent atteindre l’apogée dans leur discipline, mais il y a tellement de questions qui demeurent pour l’instant sans réponse. Ce n’est pas une situation unique à notre comité olympique, ça se vit dans les 205 autres comités à travers la planète.»

Moments déchirants

Les équipes nationales doivent être identifiées d’ici la fin du mois de juin, environ trois semaines avant le début des Jeux. «Il y aura bientôt une congestion de qualifications. Ça risque d’être encore plus déchirant cette année pour ceux qui ratent la qualification. Nous, on veut s’assurer que nos meilleurs athlètes aient au moins la chance de se faire valoir et de mériter leur billet olympique. Ce serait vraiment dommage que certains d’entre eux n’aient même pas l’occasion de livrer une performance.»

Myles cite les exemples du plongeon et du canoë-kayak, deux sports où des Québécois caressent de grandes ambitions, lire des médailles.

«En plongeon, il nous reste la moitié de l’équipe à qualifier. Nos athlètes devaient se rendre au Japon pour une Coupe du monde ce mois-ci, sauf que la compétition a été annulée. Elle est remise en mai, ils partent pour l’Asie dans les prochaines heures. Les procédures de nominations olympiques, en temps normal, c’est gelé dans le béton un an avant les Jeux. Dans le contexte actuel, ça change au quotidien!»

Pour le canoë-kayak, la fédération nationale espère toujours pouvoir qualifier l’embarcation féminine du C-2, avec Katie Vincent et Laurence Vincent Lapointe. Des démarches ont été entreprises auprès de la fédération internationale, après que la compétition continentale prévue au Brésil ait été annulée, en raison de la pandémie.

Le président de l’association panaméricaine régissant les compétitions de canoë-kayak, João Tomasini Schwertner, est d’ailleurs décédé après avoir contracté la COVID-19. Myles et lui s’étaient échangés des messages une semaine avant son décès.

«Canoë-Kayak Canada concentre beaucoup d’énergie sur le dossier du C-2 féminin. C’est un des 23 sports où on doit finaliser le processus de qualifications, d’autant plus que nous avons de bons espoirs de médailles.»

Vaccinés cet été?

Le Canada souhaite qu’une première dose de vaccin ait été administrée à tous les Canadiens qui en auront manifesté le désir d’ici le 1er juillet. Au Québec, le premier ministre François Legault vise toujours la date du 24 juin.

Pour le moment, le Japon n’exige pas des athlètes internationaux qu’ils soient vaccinés en arrivant en Tokyo. Par contre, le Comité international olympique l’encourage.

«Vaccin ou pas, le plan sur lequel nous travaillons depuis un an tient la route. Il respecte le concept de bulle proposé par le comité des Jeux. À la lumière de ce qu’on sait par contre, nous sommes confiants que tous nos athlètes auront reçu une dose avant de partir à Tokyo. Le COC n’a jamais milité pour que nos sportifs passent devant les travailleurs de première ligne et les gens vulnérables pendant la campagne de vaccination. On respecte l’ordre des priorités, nous sommes d’accord avec ça.»

Eric Myles est à l’emploi du Comité olympique canadien depuis 2014. Il a vécu ses premiers Jeux olympiques au sein de l’organisation à Sotchi, en Russie. «Chaque fois, j’ai hâte au premier jour des compétitions! Pour l’amour du sport, oui, mais aussi parce que c’est un long marathon avant d’y parvenir.»

C’est encore plus vrai cette année.