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Le Shawiniganais Frédéric Beaulieu est descripteur depuis de nombreuses années.
Le Shawiniganais Frédéric Beaulieu est descripteur depuis de nombreuses années.

Cyberintimidation: une vague de soutien pour le descripteur Frédéric Beaulieu

Sébastien Lacroix
Sébastien Lacroix
Le Nouvelliste
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Pris en grippe par de nombreux internautes qui lui ont reproché son manque d’enthousiasme sur le but marqué par le gardien Thomas Sigouin qui mettait fin aux espoirs des Voltigeurs de Drummondville, vendredi soir dernier, Frédéric Beaulieu a reçu de nombreux appuis au cours des derniers jours.

Plusieurs amateurs, mais également quelques personnalités du milieu tel que Chantal Machabée, Mickaël Lalancette, Steve Turcotte, Pascal Lévesque, Cédrick Blondin, Anthony Marcotte, Nicolas Ducharme et Kevin Dubé l’ont soutenu sur les réseaux sociaux alors que de nombreux commentaires acerbes s’en prenaient au fait qu’il n’avait pas mis assez d’intonation pour saluer l’exploit qui se produisait pour la première fois durant les séries éliminatoires de la LHJMQ. Un fait qu’il ignorait à ce moment-là.

«Je pense que le contrepoids des commentaires positifs, versus les commentaires négatifs, c’est fois 1000, a-t-il admis en entrevue au Nouvelliste, dimanche. Il y avait beaucoup de gens du milieu et ça m’a fait chaud au cœur. Ce n’est pas toujours évident entre collègues des autres médias et j’ai senti une belle solidarité.»

Au départ, le Shawiniganais ne souhaitait pas faire de sortie publique. Il avait simplement décidé de bloquer les notifications entourant cet extrait, mais il a changé d’idée en voyant que la situation affectait son entourage. «Je ne voulais pas avoir l’air de celui qui se plaint, mais quand j’ai vu mon plus petit qui pleurait dans le salon en regardant les commentaires à propos de son père sur sa tablette, c’est là je me suis dit qu’il faudrait peut-être passer un message», a-t-il raconté.

Alors que la poussière retombait tranquillement, dimanche, Frédéric Beaulieu estime qu’il a adopté la bonne attitude par rapport à la situation dans laquelle il s’est retrouvée en adoptant un bon lâcher-prise. «Parce qu’on s’entend que c’est un peu exacerbé avec ce que l’on vit actuellement. Je ne suis pas sûr que si nous n’avions pas été en pandémie, ç’aurait pris une proportion aussi démesurée», continue-t-il.

«Ça m’a affecté les premières heures, mais un moment donné je me suis dit qu’on allait tourner ça de mon bord et essayer de trouver le positif dans tout ça. Je dis mission réussie. Parce que j’ai réussi à poursuivre le débat [sur la cyberintimidation] et il y a des gens qui ont suivi. C’est la chose à faire. Il faut dénoncer ces gens-là et les arrêter. Au lieu de les laisser faire et de se dire que nous n’avons qu’à ne pas les lire.»

Frédéric Beaulieu croit aussi que les partisans devraient penser aux répercussions de leurs propos avant d’écrire sur les réseaux sociaux. «Je pense qu’il y a beaucoup d’impulsivité là-dedans. Les gens constatent des choses et ils pensent qu’ils peuvent faire des commentaires sur n’importe quoi, sur n’importe qui, sans connaître le contexte, ajoute le descripteur. Dans ce cas-là, il y a 21 secondes. Tu n’as pas entendu le début ni la fin. Tu n’as jamais entendu ma description et tu juges mon travail sur 21 secondes. Je trouve ça un peu malheureux.»

Une description locale

L’histoire est partie en vrille après que les Remparts de Québec aient publié l’extrait dans laquelle sa voix traduisait la déception de voir les Voltigeurs être éliminés. Ce qui n’allait pas avec les images des joueurs des Remparts qui jubilaient sur la patinoire, ni avec la hauteur de l’exploit.

Ce qui a visiblement déplu à bon nombre de partisans et déclenché de nombreux messages négatifs. Au point où les Remparts ont retiré la vidéo et écrit un message dans laquelle l’équipe dénonce la cyberintimidation.

La LHJMQ a également dû masquer de nombreux commentaires désobligeants, mais tenait à conserver la publication sur ses réseaux sociaux pour souligner un exploit qui arrive très rarement.

La Ligue explique que c’est la description de l’équipe locale qui est utilisée par défaut lorsqu’elle diffuse les faits saillants sur le Web. «C’est pour ça que les gens qui l’ont vu en reprise ont entendu la description du descripteur de Drummondville», explique le directeur des communications de la LHJMQ, Maxime Blouin.

Les partisans des Remparts avaient tout de même l’option d’écouter la partie avec le descripteur de leur équipe sur la plate-forme de webdiffusion. Parce que celui-ci était sur place. Ce qui n’est pas toujours le cas pour certaines équipes qui n’envoient pas de descripteur sur la route.

La ligue ne souhaite toutefois pas s’immiscer dans le travail des descripteurs pour qu’ils soient plus démonstratifs lors d’un but de l’équipe adverse afin que tous les partisans puissent y trouver leur compte. «Ce n’est pas notre rôle de faire ça, fait valoir Maxime Blouin. On s’assure seulement que ce soit une description qui est sportive et qui est respectueuse envers les deux équipes, mais de là à faire des consignes sur leur intonation ou leur enthousiasme, je ne pense pas qu’on va embarquer là-dedans.»

C’était d’ailleurs l’émotion de l’équipe locale que tentaient de décrire les commentateurs dans la vidéo. «Mettez-vous dans les souliers des joueurs des Voltigeurs. Quand on voit la séquence, eux, ils ont le visage très long. C’est ce que je dois transcender. C’est ce que le partisan des Voltigeurs vit. C’est-à-dire que son équipe est à toute fin pratique éliminée sur ce but-là, plaide Frédéric Beaulieu. J’ai beau ne pas être partisan, j’ai quand même un attachement à cette équipe-là. Ça fait huit ans que je la décris. (…) Je crois que je suis impartial et je ne pense vraiment pas dépasser la ligne.»

Le match était également la fin d’un long marathon de description pour Frédéric Beaulieu qui en était à un sixième match en six soirs, en plus de se lever à 2h45 pour son travail dans l’émission du matin sur les ondes de la station ÉNERGIE 102.3 Mauricie.

«Je n’ai pas décrit seulement les Voltigeurs cette année. J’ai décrit le Drakkar, les Foreurs et les Huskies. On était rendu au bout du rouleau. C’était en fin de soirée et je fais l’émission du matin. Ce n’est pas une raison, mais c’est pour remettre en contexte, souligne-t-il. Que j’ai été fatigué ou pas, je n’aurais pas eu une réaction à sauter de joie. Parce que quand Thomas Sigouin marque, je ne sais pas que c’est la première fois que ça arrive en séries. Je ne connais pas tous les records par cœur.»