Il y a une dizaine de jours, Simon Kean (15-1, 14 K.-O.) perdait sa fiche immaculée chez les pros aux mains de Dillon Carman (14-3, 13 K.-O.).

Simon Kean: «J’ai appris ma leçon»

Trois-Rivières — «Je me suis fait surprendre. C’est de ma faute. Ça faisait longtemps que je n’avais pas perdu, je peux te dire que le feeling n’est pas l’fun du tout. J’ai appris ma leçon.»

Une dizaine de jours après avoir perdu sa fiche immaculée chez les pros aux mains de Dillon Carman (14-3, 13 K.-O.), Simon Kean (15-1, 14 K.-O.) a rompu le silence, dans une entrevue accordée au Nouvelliste.

Sans détour, le poids lourd trifluvien revient sur cette défaite par K.-O. subie au Centre Vidéotron face à un rival qui ne devait pourtant pas tenir bien longtemps devant sa puissance.

«J’ai sous-estimé Carman. Les gens me demandaient tout le temps à quel round j’allais le finir, je me suis laissé prendre par ça. Quand je suis monté sur le ring, je n’avais pas le même feu à l’intérieur. D’habitude, je m’en vais à la guerre. Je me sentais différemment.»

L’olympien s’est rapidement aperçu que la soirée serait plus difficile. «J’ai connu un bon premier round mais en revenant dans mon coin, je me suis dit qu’il était plus difficile à toucher que je ne le croyais. À ce moment-là, j’ai cru qu’il réussirait peut-être à faire la limite. Puis au deuxième, il m’a surpris, il est revenu avec beaucoup d’agressivité. Reste que c’est une erreur technique qui a tout déclenché. Jimmy (Boisvert) me dit toujours de baisser la tête lors qu’on s’accroche, j’ai tendance à ne pas le faire et à être un peu nonchalant, convaincu que l’arbitre va demander qu’on se sépare. Cette fois, ça m’a coûté cher : c’est comme ça qu’il m’a pincé et que je me suis retrouvé au tapis.»

À partir de là, Kean a nagé en plein cauchemar. Il n’a jamais retrouvé ses jambes, seul son instinct de bagarreur était intact. «J’ai fait n’importe quoi! Je ne bougeais plus, je ne me donnais plus d’angles. Même lorsque j’ai envoyé Carman au tapis, je n’ai pas été en mesure de retrouver mon aplomb. Le mal était fait, j’étais sonné…»

Après sa défaite, Kean a pris le chemin de l’hôpital. Camille Estephan et Jimmy Boisvert ont affronté les journalistes à sa place, et ils ont indiqué que le Trifluvien devait faire des changements pour s’assurer de ne plus revivre pareil scénario. Kean est d’accord. «Physiquement, j’ai connu un bon camp. Le problème n’est pas là. Je sais que j’étais plus pesant à la pesée comparativement à mon dernier combat. Mais ça s’explique : face à Braidwood, je n’avais pas bu d’eau le matin, et je m’étais entraîné. Face à Carman, j’ai déjeuné, et je ne me suis pas entraîné. C’est ce qui explique l’écart de poids», justifie l’athlète de 29 ans. «C’est plus au niveau psychologique que ça s’est joué. J’avais trop de choses dans la tête. À quelques jours du combat, je courais encore moi-même les commanditaires. Pour essayer d’ajouter quelques milliers de dollars, j’ai peut-être perdu un million$ avec cette défaite! On pensait à un combat de championnat du monde dans un an et demi, maintenant ça va peut-être en prendre le double. Facile de comprendre que je suis perdant au change pas mal. Mon métier, c’est de boxer. C’est là-dessus que je vais me concentrer à l’avenir.»

Mais pas tout de suite. La commotion cérébrale encaissée le 6 octobre l’incite à la prudence. Il va reprendre le collier quand il sera certain qu’elle ne pourra lui nuire à l’avenir. «Je veux quitter la boxe les poches pleines, avec toute ma tête. Ça ne donne rien d’amasser une tonne de fric si tu ne peux pas en profiter. Pour ça, je vais me donner le temps de guérir. On a parlé d’un horizon de six mois. Ça peut être moins, ça peut être un peu plus, l’important c’est d’être fin prêt quand on va repartir la machine. Quand je serai prêt, ça va être all in.»

Sans surprise, il espère recroiser Carman dès son retour. «Cette décision appartient à mes entraîneurs mais moi, je serai prêt pour lui en partant. N’importe où. Je lui donne le crédit pour notre combat, il était bien préparé. Il a été tranquille dans les semaines avant le combat, puis il a montré à la pesée qu’il avait fait des sacrifices. Bravo. Maintenant, ce n’est pas le même gars qui sera en face de lui la prochaine fois. Il fera connaissance avec le vrai Grizzly.»

Un Grizzly qui ne sent pas le besoin de faire du changement dans sa garde rapprochée. Le tandem Simon Kean-Jimmy Boisvert est là pour durer. «On gagne, et on perd en équipe. Je n’ai rien à reprocher à Jimmy sur la qualité de ma préparation. On va tous apprendre de cette défaite. On va se parler, on va se dire les vraies affaires et on va corriger ce qui doit être corrigé. C’est en équipe qu’on va se relever.»