Née en République centrafricaine, Silosina Nekingame laisse déjà sa marque avec la formation cadette du Vert et Or du Séminaire Saint-Joseph en plus de s’être fait une place sur l’équipe du Québec des moins de 15 ans.

«Silo», la petite sœur venue de loin

Trois-Rivières — À 13 ans, Silosina Nekingame a déjà vécu plus d’épreuves dans sa vie que bien des adultes. Souriante, débrouillarde, attachante et mature: voilà comment son entraîneur de basketball au Séminaire Saint-Joseph décrit cette petite perle venue du Cameroun, débarquée à Trois-Rivières avec plusieurs membres de sa famille, il y a quelques années, en provenance d’un camp de réfugiés.

Pour les joueuses de son équipe, c’est «Silo». Elle est la petite sœur du groupe chez le Vert et Or cadet féminin. Les filles sont presque toutes en secondaire 3, sauf elle, qui a commencé ses études secondaires en septembre.

Bien qu’elle soit deux ans plus jeune que le reste du groupe, elle figure parmi les meilleures athlètes de la cohorte. En fait, rares sont les joueuses qui sont parvenues à impressionner autant les coachs au SSJ dans les dernières décennies. «Silo» a un talent brut et une histoire peu banale.

«Une joueuse qui réussit à faire l’équipe du Québec des moins de 15 ans en secondaire 1, je n’ai jamais vu ça», affirme le coach Jean-François Harvey, pourtant impliqué depuis plus de 30 ans dans les gymnases de la région. «Ce n’est pas une blague, les adversaires en ont peur! C’est une bête au rebond et elle est très athlétique.»

Pourtant, elle a bien failli ne jamais faire de sport.

Pas pour les filles

Silosina Nekingame est née en République centrafricaine. Très jeune, elle devenait orpheline. «Je ne me souviens pas de mes parents. Je n’ai pas de photos d’eux non plus. Je sais peu de choses de leur vie. On m’a dit que mon père était très grand», sourit l’adolescente de 5 pieds 7 pouces.

Son papa est décédé durant la guerre civile ayant ravagé le pays d’Afrique centrale dans les années 2000. Peu de temps après, sa mère trouvait la mort de façon dramatique. Son oncle et sa tante l’ont adoptée. Les années suivantes, elle les passerait dans un camp de réfugiés au Cameroun.

Ce camp de réfugiés n’en était pas un de l’ONU: les conditions y étaient pénibles. À l’âge de 5 ou 6 ans, au moment où, au Québec, les enfants commencent l’école, Silosina vendait des arachides pour subvenir aux besoins de sa famille élargie.

«Chez nous, c’était un repas par jour, un repas que j’aidais à préparer pour environ 12 personnes. Mon temps était séparé entre l’école, la maison et l’église. Le sport, ce n’était pas pour les filles», explique-t-elle, sans retenue. «Il fallait parfois quêter pour se mettre quelque chose dans le ventre.»

Vers une nouvelle vie

Son oncle tentait depuis un moment de quitter le camp de réfugiés pour immigrer au Canada. Tout se faisait en cachette, sous peine de représailles.

Un jour, l’appel tant attendu est arrivé. «J’ai quitté sans dire au revoir à mes amis. C’était trop dangereux de se dévoiler. Des personnes jalouses auraient pu nous tuer. Il faut comprendre que nous n’étions pas les seuls à vouloir partir pour un endroit meilleur.»

À 9 ans, Silosina est donc arrivée au Québec, accompagnée de nombreuses personnes de sa parenté. Elle se souvient encore de sa première nuit à l’hôtel Urbania, à Trois-Rivières.

«Je mangeais tout ce que je trouvais! Nous sommes arrivés dans la neige et la glace. Je suis tombée plusieurs fois. Je tombe encore aujourd’hui et ça fait toujours rire mes coéquipières», lance-t-elle en riant de bon cœur.

Choc culturel

À l’instar d’une majorité de nouveaux arrivants qui posent les pieds à Trois-Rivières, notre future joueuse étoile de basket a d’abord fréquenté l’école Sainte-Thérèse, puis l’école Cardinal-Roy. Là-bas, elle a touché à presque tous les sports.

La marraine de Jean-François Harvey, Francine Gélinas, est très impliquée dans la cause des immigrants en Mauricie. Elle a vite reconnu les aptitudes athlétiques de la petite Nekingame. Aptitudes confirmées ensuite par Harvey lui-même.

«Elle m’a ébahi en basketball! À la fin de son primaire, elle s’est mise à jouer plus sérieusement.»

En sixième année, Silosina a été sélectionnée pour représenter la Mauricie aux Jeux du Québec. C’est plutôt rare que les entraîneurs fassent appel à des jeunes du primaire pour les Jeux. Les filles sont revenues de Thetford Mines avec la médaille d’argent, en partie grâce à sa contribution.

«Le basket m’a permis de m’intégrer plus vite, estime la principale concernée, une membre du Vert et Or depuis quelques mois. Les premières semaines ont été difficiles à l’école, mais je suis de plus en plus autonome. Et puis, les joueuses de mon équipe sont plus vieilles, elles peuvent m’aider dans certaines matières!»

Celles-ci sont bien au fait de tout ce que «Silo» a dû traverser comme épreuves au fil du temps. «Je n’avais jamais vraiment lu de livre avant de changer de pays. Aujourd’hui, je suis à jour dans mon agenda, je pense que je suis bien organisée.»

Paroles confirmées par son entraîneur, qui est aussi son professeur d’histoire, une de ses matières favorites. «Elle est studieuse et à son affaire, pas mal plus que bien des élèves de son âge! Elle travaille fort et les notes commencent à suivre.»

Au Séminaire, la jeune fille se voit encadrée par bon nombre d’intervenants. Un programme de bourses lui permet, en plus, de recevoir un appui financier.

«C’est un beau projet, ça en vaut la peine. Oui, elle excelle au basketball, mais c’est une petite fille qui en vaut la peine et qui veut réussir. De la voir progresser, ça ne peut que nous motiver. Je lui répète que pour jouer au basket, il faut aller à l’école. Elle se fixe des objectifs en ce sens.»

Silosina espère effectivement continuer au collégial AAA dans quelques années, puis graduer sur la scène universitaire.

«Mon rêve, c’est de jouer dans la WNBA, la ligue professionnelle de basketball en Amérique du Nord pour les femmes.»

D’ici là, elle et ses amies ont les yeux rivés sur leur prochain objectif, les Championnats provinciaux scolaires de basketball. Les cadettes du Vert et Or affronteront le Séminaire Saint-François de Québec en demi-finale, ce vendredi 5 avril à 12 h 30 sur le parquet du Séminaire Saint-Joseph.

Les joueuses juvéniles des Estacades seront aussi de la fête, le samedi 6 avril à 11 h.