Le Bellemare de Louiseville était en bonne position pour atteindre de nouveau la finale de la Ligue de hockey senior AAA du Québec, avant l’interruption des activités.

Senior AAA: des séries... cet été?

TROIS-RIVIÈRES — Joueurs, entraîneurs et gouverneurs de la Ligue de hockey senior AAA du Québec devront bientôt statuer à savoir s’ils poursuivent ou non leurs séries. Conscients que les maux du circuit figurent loin derrière les préoccupations des amateurs, certains dirigeants proposeront l’idée de terminer les éliminatoires plus tard cet été, si bien sûr les rassemblements sont permis.

Contrairement à la LHJMQ ou la Ligue nord-américaine de hockey, les bonzes de la LHSAAAQ préfèrent encore se garder une marge de manœuvre avant de faire un trait sur 2019-20. Les demi-finales étaient commencées au moment où le gouvernement Legault a déclaré l’état d’urgence sanitaire.

Le 16 mars, la ligue annonçait la suspension du carré d’as jusqu’au 31 mars. Depuis, des partisans remettent en question cette démarche, considérant que la glace dans certains arénas est déjà fondue. C’est notamment le cas à Louiseville et La Tuque, où le Bellemare et les Loups tentaient d’obtenir leur billet pour la finale avant que la société ne se mette en pause.

«La vérité, c’est qu’il n’y a pas encore urgence de prendre une décision. Nous ne sommes pas dans la même situation que la LHJMQ ou la LNAH, ce ne sont pas les mêmes budgets d’exploitation», mentionne le président de la ligue, Dominic Lussier.

La Ligue de hockey senior Richelieu se retrouve dans une situation similaire: ces deux circuits seniors voudraient distribuer un trophée avant de plancher sur leur repêchage respectif. Quitter à jouer les matchs à huis clos, au beau milieu de l’été, dans un aréna «neutre», qu’il soit public ou privé.

«Aux dernières nouvelles, les gars voulaient finir l’année. Est-ce que le discours a changé? L’actualité évolue d’heure en heure avec le coronavirus, il faudra qu’on en discute avec les gouverneurs. C’est pour bientôt. En ce moment, il y a d’autres priorités, sauf que nous ne voulons pas tout arrêter. Du moins pas pour l’instant», de dire Lussier, qui travaille pour une entreprise produisant du matériel destiné au milieu de la santé.

«Le but, c’est de finir les séries»

À Louiseville, Dean Lygitsakos espère que le scénario des séries estivales se matérialisera. Après avoir encaissé le choc en saison avec des foules «très décevantes», l’organisation du Bellemare accueillait plusieurs centaines de spectateurs à ses matchs de demi-finale.

«On va perdre des sous avec nos partenaires, que l’on complète les séries ou non», tranche Lygitsakos, pour qui l’annulation n’est pas une option. Son Bellemare menait sa demi-finale 2-0 contre Joliette et était en voie de se qualifier pour une sixième finale en sept ans.

«On veut l’offrir pour nos joueurs et nos partisans. J’y crois dur comme fer. En quatre à cinq semaines, si les mesures de confinement prennent fin au printemps, je pense que c’est possible de jouer jusqu’en juillet. Ça peut être un dimanche midi ou un lundi soir, peu importe. Pour moi, et je ne suis pas le seul à le dire, c’est important que ce soit fait.»

Lygitsakos ne s’improvise pas expert en santé publique. Au contraire, il se rangera derrière les recommandations des gouvernements.

«Je veux être clair, on va jouer si la courbe de la pandémie le permet! Jamais on ne mettrait en danger la santé et la sécurité de nos joueurs, du personnel ainsi que de nos proches», assure le père de trois enfants.

Des matchs sans foule et webdiffusés?

L’option des rencontres à huis clos, dans un aréna neutre et centralisé, constitue donc une piste de solution étudiée par la Ligue de hockey senior AAA du Québec.

Afin que les partisans puissent suivre leurs favoris, on plancherait aussi sur un système de webdiffusion. «C’est un plan B, voire un plan D», reconnaît Lygitsakos.

«On s’entend que ce n’est pas l’idéal, sauf que contrairement à d’autres ligues au Québec qui ont déjà cessé leurs activités, nous avons des dépenses et des revenus moins importants. On peut sûrement se le permettre, quitte à engager des officiels et du personnel. Il y a sûrement moyen de limiter ça à moins de 100 personnes. De toute façon, je crois que le virus aura laissé un goût amer à tout le monde, peu importe la décision qu’on prend. Alors, pourquoi ne pas tout mettre en œuvre pour couronner un champion?»

Moins confiants

Dans la LHSAAAQ, les hockeyeurs jouent par pure passion alors qu’officiellement, ils ne sont pas payés. Ce sont tous des travailleurs ou des étudiants. En ce moment, certains d’entre eux se retrouvent sur le chômage, la majorité est en confinement.

Plus le temps avance, plus la fenêtre d’opportunité pour les séries rétrécit. Le président Lussier a même avancé l’idée de conclure les séries à la fin de l’été, vers août ou septembre.

Des joueurs consultés par Le Nouvelliste n’y croient pas. En fait, ils sont de moins en moins convaincus que cette saison 2019-20 connaître un dénouement.

«Des joueurs s’engageront dans la LNAH, en Europe ou dans un autre circuit senior. Déjà que le calendrier est demandant sur le plan professionnel et familial, d’y ajouter quatre ou cinq fins de semaine, ça commence à faire beaucoup», nous a dit l’un d’eux.

Le président des Loups de La Tuque, Gilles Veillette, se range quant à lui à l’idée que les séries risquent d’être annulées.

«Ce n’est pas mon souhait, mais dans mon livre à moi, la saison est finie», de dire le copropriétaire de la boucherie Albert Veillette de St-Tite, qui en a plein les bras par les temps qui courent. Le hockey passe en deuxième, disons.

Qu’il y ait des séries ou pas d’ici l’été, l’avenir des Loups de La Tuque n’est pas compromis, selon le président Gilles Veillette.

«Ça va devenir compliqué de penser au hockey senior. La crise aura un impact majeur sur tout le monde et je ne vois pas comment nous pourrons organiser des séries. Par contre, ça ne met aucunement en danger la survie des Loups à La Tuque», assure-t-il, en vantant la passion des partisans. «On a vendu 94 chandails officiels à 125$ chacun! Je n’ai jamais vu ça dans le hockey senior.»

Des séries à l’été, ce serait aussi du jamais vu. «On verra ce que nous déciderons entre propriétaires», de conclure Gilles Veillette.